Édition du 18 février 2020

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Opinion

« Pachamama »

"La vie et la dignité de tout humain sont sacrées. Vivre, ce n’est pas un droit, ni un dû. C’est un acquis sacré, non cessible et inaliénable. Nul n’a le droit de tuer, et rien ne peut justifier d’enlever la vie à qui que ce soit. Nul ne peut, soit-il faible, légitimer le pouvoir ou s’arroger le droit de supprimer une vie. Tuer est aussi lâche que barbare. Qu’il faille prévenir ou punir, corriger ou venger, redresser ou modeler, l’efficacité est mille fois mieux servie (par la communication) que par le sang."

Francois Munyabagisha (Rwanda : Faces cachées de la tragédie, Head 1998, inédit).

Et, pendant qu’ici nous sommes occupés à élaborer des théories sur les horreurs de 94, au Rwanda chaque jour fait le lot de plusieurs milliers de victimes qui perdent la vie ou la dignité dans le déni absolu des droits, sous le joug de gouvernements criminels que notre silence cautionne à notre insu.

Dans le bulletin du 5 février 2010 de la COACS (coalition pour une action citoyenne et solidaire, www.coacs.ca), Eric Perreault nous fait visiter l’Équateur, où des droits inaliénables dévolus à « Pachamama » sont depuis 2008 enchâssés dans la constitution. Quelle belle leçon de sagesse et d’intelligence : Pachamama, Mère Terre ! Sous un autre ciel, aux sons d’une autre culture, elle est l’Alma Mater, ou Mère nourricière. Oui, la terre est notre mère. C’est d’elle qu’est venu la vie, ou sur elle qu’elle est apparue. Et la vie se nourrit principalement d’elle.

Dans le même numéro, Annick Corriveau fait un clin d’ oeil à Buckminster, à son idée de vaisseau Terre. Peut-on penser à ces mères d’antan, à nos mères et au port d’enfants dans le dos ? Aujourd’hui encore, sur terre, des mères portent des enfants, en leur sein, sur la poitrine ou dans le dos. La terre est la mère de l’humanité. Elle nous porte et nous nourrit, généreusement sans facture. Hélas, voici que nous sommes devenus des bébés gloutons. Nous injectons des hormones dans les seins de notre mère, pour avoir rapidement plus de lait que de besoins. La ferme n’a plus rien de naturel, bientôt les catastrophes n’auront elles non plus rien de naturel. Tel est le cas de la biodiversité, du réchauffement climatique. Pire encore, nous coupons les tétons, pour extraire tout le lait. Voyez ces coupes à blanc des forêts naturelles. Comme cela ne suffit pas, nous ouvrons des mines sans égards aux générations futures, construisons des tours carburant aux ressources non renouvelables, sans nul souci autre que pour le profit immédiat. Ces usines, ces commerces consuméristes et ces conforts gargantuesques, font pression sur la terre qui ne saurait répondre indéfiniment et équitablement à la demande. Un jour, si rien n’est fait, plutôt si nous ne faisons pas demi-tour, ces tours vont s’écrouler dans le tumulte sans tremblement de terre.

Le changement climatique est un signal avancé de l’erreur de la modernité. Et ce que les environnementalistes demandent n’est qu’un minimum. Avec le capital de savoirs et d’intelligence, les humains devrions être en mesure d’inventer la formule de la transformation et de la consommation optimales qui préservent la terre, Pachamama des générations suivantes. Ca nous prendra des lois et des coalitions, des solutions intelligentes contre l’égoïsme capitaliste. Pensez coopératives, la révolution arrivera à temps et sans armes, citoyens.

Francois Munyabagisha

Drummondville, 07 fev. 2010

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