Édition du 16 juin 2020

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Retraites

Retraites : les promesses brisées

Imaginez que vous souscrivez à une assurance-vie. En échange de payer les primes d’assurance déterminées dans votre contrat, l’assureur s’engage, suite à votre mort, à donner un montant d’argent prévu au contrat à vos héritiers. L’assureur vous fait une promesse : vous payez aujourd’hui, il vous promet de payer dans le futur. Des milliers de contrats impliquant ce genre de promesse se signent au Québec à chaque jour.

Vous avez respecté votre part du contrat et avez payé rubis sur l’ongle toutes vos primes. Lorsque vient le temps pour l’assureur de remplir sa part du contrat et de payer vos héritiers, celui-ci trouve que ça lui coûte beaucoup trop cher. Il décide donc de lancer une campagne de relations publiques pour demander au gouvernement de pouvoir rouvrir votre contrat d’assurance-vie pour pouvoir ne respecter qu’une partie de sa promesse tout en gardant toutes vos primes payées.

Imaginez maintenant que, suite à plusieurs articles dans les journaux vous dépeignant comme un profiteur qui coûte trop cher à l’assureur, le gouvernement du Québec décide d’accepter la demande de la compagnie d’assurance et de déposer un projet de loi pour vous enlever les bénéfices de l’assurance-vie que vous avez payée. Comment vous qualifieriez ce projet de loi qui saperait la sécurité financière de vos héritiers ? Probablement de vol légalisé.

C’est pourtant ce que le gouvernement du Québec, autant sous les péquistes de Pauline Marois que sous les libéraux de Philippe Couillard, s’apprête à faire aux employés municipaux du Québec. Ceux-ci ont accepté d’avoir moins de salaire durant leur carrière en échange d’une promesse que les municipalités allaient leur payer une rente de retraite qui leur garantirait une sécurité financière pour leurs vieux jours.

Pendant des années, les travailleurs municipaux ont respecté leur part du contrat en travaillant et en payant leur promesse de retraite avec une partie de leur rémunération. Maintenant que les régimes de retraite coûtent plus cher que les municipalités ne le souhaitent, le gouvernement du Québec s’apprête à répondre à leur campagne de relations publiques et à légaliser le fait qu’elles brisent leur promesse.

Ce projet de loi est très inquiétant parce qu’il crée un précédent important. Si le gouvernement du Québec s’apprête aujourd’hui à légaliser le bris des promesses faites aux travailleurs municipaux, qu’est-ce qui l’empêcherait demain de transformer d’autres promesses inscrites à des contrats en « promesses de politiciens » ?

Une société se bâtit sur la confiance entre les citoyens. Cette confiance ne peut pas exister si on n’accorde aucun respect à la parole donnée. La seule chose juste à faire pour le gouvernement du Québec est d’encourager le dialogue entre les municipalités et leurs travailleurs pour négocier un compromis qui conviendra à tous dans le contexte actuel. Permettre aux municipalités de se soustraire unilatéralement à leurs obligations, c’est tuer cette négociation en permettant aux municipalités de voler leurs travailleurs en toute légalité.

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