Édition du 29 novembre 2022

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Canada

Une récession dont nous nous nous passerions bien

L’approche orthodoxe de la Banque du Canada en matière d’inflation risque d’entraîner le Canada dans une récession qui pourrait être évitée.

4 octobre 2022 | tiré de rabble.ca

photo :Billets de banque canadiens. Droit d’auteur : Rick / Flickr

traduction : Johan Wallengren

L’exposé qui suit se fonde sur une intervention devant le Comité sénatorial permanent des banques, du commerce et de l’économie présenté le 29 septembre dernier. Un enregistrement vidéo de la présentation complète (comprenant les questions et la discussion) est disponible ici. Jim Stanford est économiste et directeur du Centre for Future Work (centre pour le travail futur), dont le siège se trouve à Vancouver.

Le Canada entre dans une période de vulnérabilité, à un moment périlleux de son histoire économique.

Les données s’accumulent pour indiquer que notre pays est proche de sombrer dans une grave récession économique, qui risque de perdurer. En fait, le ralentissement pourrait être déjà amorcé. L’emploi au Canada a déjà connu trois mois consécutifs de baisse, de fin mai à fin août (pour des pertes cumulatives totales de plus de 110 000 emplois). Jamais auparavant une telle baisse ne s’était produite sans qu’il y ait récession. Une multitude d’autres signes de contraction sont par ailleurs enregistrés.

Ces perspectives négatives sont d’autant plus décevantes qu’elles arrivent directement à la suite de ce qui est digne d’être considéré comme l’une des interventions les plus réussies de l’histoire des politiques publiques : la mission de sauvetage macroéconomique du début de la pandémie de COVID-19.

À la base, le danger est de transformer une grande victoire en défaite majeure.

Certains des facteurs à l’origine de la faiblesse actuelle découlent de l’évolution de la situation mondiale (y compris la guerre en Ukraine et les événements sans précédent survenus au Royaume-Uni). Reste que dans une large mesure, la crise macroéconomique qui nous menace est auto-infligée, puisqu’elle est le résultat prévisible et évitable de l’application inappropriée de la politique monétaire classique à une situation (en temps de pandémie mondiale) qu’aucun manuel d’économie n’a encore décrit.

Comme on le sait, la contraction économique associée aux restrictions sanitaires visant à stopper la propagation de la COVID en 2020 a entraîné le repli le plus subit et prononcé du PIB et de l’emploi au Canada de tous les temps. Cependant, les interventions budgétaires et monétaires rapides et vigoureuses mises en œuvre par le gouvernement du Canada, et par la plupart des autres gouvernements dans le monde, ont empêché ce choc de se transformer en une récession prolongée - ou, plus probablement, en une dépression.

La production et l’emploi ont rebondi plus rapidement que ce que presque tous les économistes, moi y compris, avaient prédit. Ce rebond a été rendu possible par le surplus de pouvoir d’achat provenant des mesures exceptionnelles de soutien au revenu personnel, par la stabilité des relations d’emploi à laquelle ont contribué les subventions salariales et, surtout, par l’effort de santé publique relativement efficace du Canada, qui a permis de limiter la contagion, les cas symptomatiques et le nombre de morts.

La politique sanitaire du Canada a été la deuxième plus efficace du G7 sur la base du taux de mortalité excédentaire. Après tout, l’économie est composée d’êtres humains - des gens qui se lèvent le matin, vont au travail, produisent, génèrent des revenus et paient des impôts. Donc, garder les humains en santé est la première et principale condition préalable à la réussite économique. Et la réponse du Canada en matière de santé publique, bien qu’imparfaite, a été impressionnante. Elle a permis de sauver des dizaines de milliers de vies et de positionner l’économie de manière à lui permettre de rebondir.

Le fait que l’économie canadienne ait pu retrouver si rapidement les niveaux d’emploi et de production d’avant la COVID est une victoire étonnante que les économistes pourront passer des décennies à étudier.

Certains prétendent aujourd’hui que les décideurs canadiens sont allés trop loin dans cet effort de sauvetage, relevant par exemple que le revenu total des ménages a augmenté durant la pandémie du fait que les mesures de soutien au revenu ont plus que compensé la baisse du revenu d’emploi pendant la récession en début de COVID. Je m’oppose à cette interprétation. On ne peut dissocier les interventions des décideurs du rebond subséquent du PIB et des revenus avant-impôts-et-subventions. Lesdites interventions ont fait en sorte d’éviter une contraction plus prononcée et prolongée de l’économie et, sans celles-ci, les revenus des ménages seraient beaucoup plus faibles aujourd’hui - et le prétendu « excès de relance » serait resté virtuel.

Les arguments selon lesquels la Banque du Canada en a fait trop avec ses mesures de stimulation monétaire peuvent tout autant être contrés. L’économie s’est redressée plus fortement et avec plus de vélocité que ce qu’on pouvait prévoir en début de pandémie. Or, on ne peut parler d’une « erreur » de prévision ; c’était au contraire le résultat de l’effort de sauvetage budgétaire et monétaire consenti. Que la Banque du Canada n’ait pas pu prévoir ce rebond rapide du PIB, de l’emploi et des dépenses (ce serait beaucoup demander) est une chose, mais une autre, plus importante, est que les mesures prises par notre banque centrale ont contribué à ce redressement plus prononcé que prévu.

Si les politiques budgétaire et monétaire avaient été moins agressives en 2020, chose que prônent ceux qui prétendent voir parfaitement clair dans le rétroviseur, cette reprise dynamique (qui a pu sembler indiquer qu’on aurait dû se contenter de moins de soutien) n’aurait pas eu lieu.

Il ne faut pas s’étonner que ces événements sans précédent provoquent par ricochet de nouvelles perturbations et de nouveaux défis, dont au premier chef l’accélération de l’inflation au cours de l’année passée.

Pierre Poilievre, à l’instar d’autres démagogues, soutient que le premier ministre est personnellement responsable de l’inflation qui a été générée, quand il ne considère pas que la Banque du Canada est à blâmer pour avoir « fait marcher la planche à billets ». C’est de la désinformation pure et simple.

L’accélération de l’inflation est un phénomène mondial. Elle a de toute évidence été produite par des facteurs de tension extraordinaires dus à la pandémie, dont on peut citer les suivants :

• des perturbations des chaînes d’approvisionnement dus à l’impact de la COVID sur les activités économiques et les répercussions de celles-ci (dans des secteurs stratégiques comme ceux des semi-conducteurs, de l’automobile, des matériaux de construction, etc.) ;
• des perturbations connexes dans les activités de transport et d’expédition également dues aux restrictions sanitaires et aux contrôles aux frontières, qui ont provoqué des hausses importantes mais temporaires des coûts de transit et des dépenses de logistique ;
• une baisse relative des dépenses de consommation dans les services (dont la demande a été limitée en raison des restrictions sanitaires), qui a donné lieu à une réorientation vers les biens, ce qui a initialement provoqué des soubresauts dans les prix des marchandises dans plusieurs catégories de produits.
• les pics atteints par les prix de l’énergie, soi-disant en raison de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, mais qui sont en fait le produit de la spéculation et de la financiarisation des marchés à terme de l’énergie. L’offre mondiale de pétrole a augmenté depuis l’invasion, et non diminué - mais les marchés spéculatifs mondiaux ont néanmoins généré de fortes augmentations de prix qui se répercutent sur ceux pratiqués au Canada (même pour les ressources extraites, raffinées et consommées ici).

Il faut souligner qu’il n’existe aucun lien entre l’ampleur des déficits publics et l’inflation. Certains pays ayant des déficits plus importants ont connu une inflation plus lente (comme dans le cas du Japon), tandis que d’autres ayant des déficits moins importants ont dû composer avec une inflation plus vive (comme dans le cas de l’Allemagne). Tout se passe au niveau mondial.

Il est indéniable que l’inflation constitue une préoccupation : c’est l’un des nombreux défis macroéconomiques existant dans l’environnement actuel. Parmi les autres défis à relever, on note la création et le maintien d’emplois décents, la lutte contre les inégalités, ainsi que la lutte contre les changements climatiques et l’adaptation à ceux-ci. L’inflation n’est pas la seule préoccupation à laquelle nous sommes confrontés, ni la plus importante.

Ce n’est d’ailleurs pas l’inflation en tant que telle, mais plutôt les interventions qu’elle risque de susciter, qui menacent aujourd’hui de provoquer une nouvelle crise économique. Les banques centrales du monde entier, meurtries par les critiques injustifiées selon lesquelles elles auraient « gonflé » les mesures de stimulation monétaire au cours des premiers mois de la pandémie, et/ou auraient été « trop lentes » à réagir à l’inflation lorsqu’elle a émergé, ont maintenant redécouvert la vraie doxa de l’orthodoxie.

Pour tenter de sauver leur réputation en montrant qu’elles combattent toujours avec ardeur l’inflation, elles appliquent avec détermination mais de manière inappropriée les remèdes classiques à l’inflation post-COVID. Elles utilisent l’arme indiscriminée de la hausse des taux d’intérêt, appliquée sans discernement à tous les secteurs, afin de mettre en veilleuse la demande intérieure, d’apaiser les tensions sur le marché du travail et, on ose l’espérer, de réduire les pressions sur les prix.

La Banque du Canada prétend que l’inflation actuelle est causée par une demande intérieure excessive. C’est une affirmation fallacieuse et un argument qui tourne à vide. Dans les données du PIB du deuxième trimestre de 2022, de nombreux éléments étaient déjà visibles pour indiquer que la demande intérieure au Canada n’avait rien d’excessif (en fait, plusieurs composantes clés sont présentement déjà en décrue, notamment l’investissement résidentiel, la demande de biens de consommation durables et les services et investissements gouvernementaux). On a par ailleurs assisté au deuxième trimestre à la plus grande accumulation de stocks de l’histoire du Canada, signe sans équivoque de l’affaiblissement de la demande. En fait, sans cette accumulation de stocks, la croissance du PIB serait déjà en territoire négatif.

L’argument concomitant selon lequel l’inflation résulte d’une surchauffe du marché du travail national, de « pénuries de main-d’œuvre » et d’une augmentation des coûts de la main-d’œuvre représente également une distorsion des faits. En effet, les augmentations des salaires nominaux sont restées très en deçà de l’inflation, les salaires réels ayant chuté de plus de 3 % (cette érosion devrait se poursuivre) et la part du travail dans le PIB ayant diminué de plus de deux points de pourcentage depuis que la pandémie a frappé. Aucun de ces indicateurs n’est compatible avec l’hypothèse d’une « spirale salaires-prix » tant appréhendée par les dirigeants des banques centrales. Ces retombées sont à l’opposé de ce qui s’est produit dans les années 1970 – période de l’histoire qu’invoquent ces mêmes dirigeants pour justifier leurs actions actuelles.

Une chose qui ressort clairement des données économiques est que les marges bénéficiaires des entreprises canadiennes ont été en expansion tout au long de l’épisode inflationniste actuel. Les bénéfices des sociétés après impôts ont évolué à la hausse, atteignant au deuxième trimestre la plus forte proportion du PIB jamais observée (près de 20 % de celui-ci), en hausse de près de cinq points de pourcentage depuis que la pandémie s’est déclarée. Il s’agit là d’une preuve solide de l’existence d’une « inflation des prix imputable aux bénéfices », qui n’a rien à voir avec une « inflation des prix attribuable aux salaires ». Qu’à cela ne tienne, la politique monétaire continue de mettre l’accent sur la minoration des revenus et du pouvoir d’achat des travailleurs ordinaires, illustrant à quel point elle peut être inefficace et injuste.

Nonobstant cette preuve empirique, l’application à la lettre de remèdes théoriques vieux de plusieurs décennies au défi inédit de la reprise post-pandémique reste d’actualité. Les mesures prises par la Banque du Canada font écho à celles prises dans le monde entier sous la forme d’un brusque et considérable resserrement de la politique monétaire par les banques centrales. À noter cependant que le resserrement opéré par la Banque du Canada a été parmi les plus drastiques de toutes les banques centrales (son action a été plus radicale que celle des banques centrales en Europe, au Royaume-Uni, en Asie et en Australie).

Nous commençons seulement à voir les effets délétères de ces interventions. La chute du prix des actifs boursiers, financiers et immobiliers est une conséquence directe de celles-ci. L’alourdissement des remboursements de dette (les versements hypothécaires de nombreux ménages sont sur le point d’être multipliés par deux ou plus) sape les dépenses de consommation. Les dépenses sensibles aux fluctuations des taux d’intérêt, que ce soit celles des consommateurs ou des entreprises, ralentissent déjà.

Le remède de cheval administré suffira-t-il à juguler l’inflation ? Comme la hausse des prix actuelle ne résulte pas principalement de facteurs liés à la demande intérieure, ces mesures douloureuses n’ont rien d’une pilule à effet rapide contre l’inflation. On peut certes s’attendre à une certaine modération à court terme de l’inflation grâce à l’inversion de certains des facteurs mondiaux qui l’ont conditionnée, comme les récentes baisses des frais de transport, des prix des produits agricoles et de certains coûts énergétiques, mais ces baisses ne sont pas le résultat des hausses de taux d’intérêt ; elles se seraient produites de toute façon. Parallèlement, des effets secondaires involontaires de la hausse des taux d’intérêt entraînent certaines composantes du panier de l’IPC à la hausse, et non à la baisse, c’est notamment le cas des loyers et des coûts totaux d’accession à la propriété (qui augmentent, même si les prix de l’immobilier se sont mis à baisser, en raison de la flambée des taux d’intérêt).

Comme l’ont montré les événements au Royaume-Uni, le choc provoqué à l’échelle mondiale par le mouvement des taux d’intérêt produit également une réaction en chaîne déstabilisante pour la sphère financière, avec des effets imprévisibles et potentiellement très destructeurs. Certaines institutions financières d’envergure mondiale (comme le Crédit Suisse ou la Deutsche Bank) sont déjà confrontées à des crises de confiance aussi graves que celles qui ont déclenché la crise de 2008-2009. En raison des interconnexions insondables entre l’endettement, les stratégies d’investissement à effet de levier et les prix des actifs, des défaillances financières en cascade touchant tant les institutions financières que les ménages ordinaires se manifesteront probablement au cours des volatils mois à venir - ce qui risque de provoquer une crise de confiance plus étendue et contagieuse.

Ces évolutions macroéconomiques et financières inquiétantes créent des mouvements qui divisent la population et un climat qui érode la démocratie dans de nombreuses régions du monde. Le résultat des récentes élections en Italie n’est que la manifestation la plus récente de cette tendance. La douleur et la dislocation résultant d’une récession auto-infligée créent un terreau fertile pour de telles sensibilités. Nous savons que nous ne sommes pas à l’abri du risque d’extrémisme de droite anti-démocratique, et même violent, ici au Canada.

C’est une sombre perspective que nous entrevoyons, mais notre diagnostic se fonde sur une analyse réaliste des conditions actuelles et des paramètres de politique économique. Pire encore, la Banque du Canada (et d’autres banques centrales) ont prévenu qu’elles ne seront pas dissuadées de continuer à resserrer les conditions monétaires, même si l’économie entre en récession, tant que l’inflation ne sera pas redescendue au niveau du taux-cible (ce qui prendra probablement des années). Dans ces conditions, la récession vers laquelle nous nous dirigeons ne sera ni courte ni superficielle, car les banques centrales garderont le pied sur la pédale de frein longtemps après le début de celle-ci.

Il n’est pas trop tard pour que les décideurs changent le cours des choses, qui s’annonce sinon désastreux. Et même s’ils prêtent la sourde oreille aux critiques, comme les gens des banques centrales ont tendance à le faire, et qu’ils continuent de nous traîner vers une récession inutile, il est important que les progressistes présentent une explication claire de la crise à venir et des moyens de l’éviter. Cela aidera les Canadiens à se protéger contre le populisme et à ne pas céder à la recherche de boucs émissaires orchestrée par les forces de droite, qui désigneront les impôts, les mesures de santé publique et les dépenses gouvernementales comme responsables du gâchis, alors qu’il y aurait lieu d’incriminer les politiques macroéconomiques hostiles aux travailleurs - et les élites financières et commerciales qui en auront profité pendant des décennies.

Il ne fait aucun doute que la montée de l’inflation fait mal au budget des travailleurs et des ménages à faible revenu, mais nous devons rejeter tout « remède » qui serait pire que le mal. Une stratégie anti-inflationniste plus progressive et équilibrée aurait l’avantage de prendre en compte l’ensemble des facteurs à l’origine de l’inflation actuelle, plutôt que de présupposer qu’elle est alimentée par une surchauffe de la demande intérieure et les conditions du marché du travail.

Les politiques publiques devraient servir à agir sur les causes réelles de l’inflation. Les problèmes de perturbation des chaînes d’approvisionnement et d’insuffisance des infrastructures devraient être résolus en investissant dans de nouveaux moyens logistiques et structurels - mais en poussant les taux d’intérêt à la hausse, on nuit aux efforts en ce sens, plutôt que de les soutenir. Agir contre les hausses de prix excessives et taxer les bénéfices excédentaires dans les principaux secteurs inflationnistes (en particulier l’énergie et le logement) représentent des solutions susceptibles de modérer directement les pressions sur les prix. La réduction des frais de services publics (tels que ceux de l’éducation à la petite enfance, des transports en commun et des soins de santé complémentaires, y compris les frais dentaires) peut également faire progressivement reculer l’inflation.

Les politiques publiques doivent également servir à protéger les Canadiens contre les effets de l’inflation en attendant que les véritables causes de celle-ci soient traitées. Les programmes de soutien du revenu doivent être bonifiés, en particulier les programmes provinciaux d’aide sociale non indexés. Quant aux mesures ciblées, comme le crédit pour la TPS et la prestation canadienne pour le logement, il faut accroître leur portée. De telles mesures peuvent être financées par des impôts sur les bénéfices excédentaires et d’autres prélèvements visant ceux qui ont profité de l’inflation.

Les travailleurs doivent avoir la liberté et le pouvoir de négocier des augmentations de salaire permettant de suivre l’inflation. Et il ne suffit pas de « coller » à l’inflation : en tenant compte de la croissance de la productivité, les salaires nominaux qui se contentent de suivre l’inflation sont en fait désinflationnistes (sachant que les coûts salariaux unitaires augmentent moins vite que les prix). Et un jour, les marges bénéficiaires dopées dont se gratifient actuellement les entreprises devront revenir sur terre – le moyen d’y arriver sera de forcer les sociétés à absorber une partie de l’impact de la hausse des coûts de la main-d’œuvre et des intrants, plutôt que de les répercuter (non sans exagération) sur les prix aux consommateurs, comme cela s’est vu dans la dernière année.

Lorsque l’économie entrera en récession – car cela semble quasi-inévitable - la politique budgétaire devra reprendre son essor pour soutenir les emplois, les revenus et le pouvoir d’achat. À l’heure actuelle, nonobstant les coups de gueule de Poilievre contre les dépenses publiques qu’il juge excessives, la politique budgétaire est en fait fortement restrictive : les dépenses des programmes fédéraux pour l’exercice en cours, par exemple, sont en diminution de 50 milliards de dollars, après une réduction de 130 milliards de dollars l’an dernier. Avec une récession à l’horizon, le gouvernement dispose d’une grande marge de manœuvre économique et budgétaire pour s’attaquer à une longue liste de priorités urgentes : renforcer notre système de santé qui s’effiloche, développer les services vitaux et de soins à la population (on pense notamment au déploiement de programmes d’éducation de la petite enfance) et accélérer la transition vers l’énergie verte (ce qui contribuerait également à nous protéger des fluctuations sur les marchés pétroliers mondiaux).

Nous en venons ainsi à la conclusion que nous devrions tout simplement vivre avec l’inflation qui est en train de s’installer jusqu’à ce que certains de ses facteurs causaux plus transitoires s’atténuent dans les années à venir, processus qui est déjà amorcé. Une inflation dans les 5 % n’est pas nécessairement une catastrophe économique, tant que les Canadiens (en particulier les personnes à faible revenu et le monde ouvrier) sont protégés de ses pires effets.

La patience, la compassion et une compréhension plus nuancée et multidimensionnelle des causes de l’inflation et des solutions les plus prometteuses pour la maîtriser sont susceptibles d’aider le Canada à traverser les dangereux mois à venir. Une telle approche nous permettrait de cimenter les victoires économiques historiques remportées plus tôt dans la pandémie - au lieu de les dilapider sur l’autel de la politique monétaire orthodoxe. Par contre, faire sombrer l’économie dans une récession douloureuse, évitable, inégalitaire, déstabilisante et auto-infligée, tout cela pour « sauver les apparences » d’une cible d’inflation qui était arbitraire et unilatérale au départ, constituerait une erreur stratégique de tout premier ordre.

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