Édition du 3 février 2026

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Canada

Les raisons qui justifient la décroissance au Canada

Réviser nos conceptions de la croissance est fondamental devant les effets destructeurs des changements climatiques.

Commençons pas rappeler les derniers événements climatiques : des incendies fulgurants traversent Los Angeles consument des hectares de terrains et réduisent des centaines de maisons en cendres, à Valence en Espagne les inondations submergent des quartiers entiers, emplissent les maisons de boue et les autos se retrouvent empilées les unes sur les autres. Plus près de nous, Jasper a été réduite en ruines fumantes, ses meilleurs attraits anéantis.

Omer Tayyab, Canadien Dimension, 15 août 2025
Traduction, Alexandra Cyr

En plaçant ces événements dans un contexte plus large, nous voyons qu’autour de la planète, les écosystèmes s’effondrent. Chaque jour qui passe nous éloigne des buts de l’accord de Paris qui visait à limiter la progression du climat à 1,5 degrés Celsius. Nous vivons dans une époque d’extinction de masse où la biodiversité diminue à un rythme alarmant. Le courant de circulation méridienne de retournement de l’Atlantique, un courant déterminant pour la civilisation humaine, est au bord de l’effondrement.

Ces développements ne se produisent pas dans le vide. Leur sévérité est liée à notre système mondial de production et de consommation qui est déterminé par la croissance de l’économie (mesuré par le PIB) pour rester viable. D’autres effets négatifs sur l’environnement ont été étroitement liés à la croissance du PIB qui signifie toujours une ponction plus dure sur la planète. Les scientifiques ont identifié neuf lignes à ne pas dépasser ; six d’entre elles l’ont déjà été avec cette recherche constante de la croissance (économique) sur une planète limitée (en ressources).

De toute urgence il nous faut une nouvelle approche économique, une qui ne repose pas sur une croissance sans fin et qui respecte les besoins humains et l’environnement.

La décroissance offre ce genre d’alternative : une économie assise sur la juste satisfaction des besoins, où la production est orientée sur cet objectif et qui promeut le bien-être dans l’harmonie avec la nature. Pour y arriver il faudra réduire notre consommation matérielle et d’énergie. Ainsi nous serons en phase avec les limites écologiques planétaires.

La logique de la décroissance met fin aux productions moins nécessaires et dommageables. La mode éphémère, l’obsolescence programmée, la publicité, les ventes d’armes, les jets privés, les yachts privés et les VUS deviennent hors-jeu pendant que les biens de première nécessité comme l’alimentation, le logement, les soins de santé, sont assurés par une production en accord avec l’écologie. La recherche a démontré que des fondements solides pour une bonne vie pour tous et toutes est possible avec une empreinte écologique bien moins importante.

La plus grande partie de la consommation d’énergie et matérielle est le fait d’une minorité riche. Cela veut dire qu’une décroissance planifiée aurait peu d’impact sur la majorité des populations. Par exemple au Canada, en 2024, les 20% des foyers les plus aisés disposaient de sept fois plus de revenus que les 20% les moins riches. Cela prouve que l’idée répandue que la décroissance est politiquement irréaliste et invraisemblable ne tient pas puisque les réductions n’affecteraient principalement que les plus riches.

La décroissance est aussi réaliste technologiquement puisqu’elle repose sur les ressources et les infrastructures que nous avons déjà plutôt que se fier à des ajustements techniques spéculatifs ou non encore mis à l’épreuve. Alors que les techniques de captures et séquestrations du carbone et de la géo ingénierie promues par les optimistes de la technologie sont toujours expérimentales et incertaines, la décroissance vise la réduction de la consommation d’énergie et des matériaux par des moyens pratiques qui ont fait leurs preuves comme l’efficacité énergétique, l’agriculture durable et la production localisée.

Aujourd’hui, toute critique de la croissance est perçue comme sacrilège parce que la croissance de PIB est devenue synonyme de meilleurs standards de vie. C’est pourquoi les économistes se sont rabattus.es sur une solution improbable pour pousser la croissance du PIB : la productivité ouvrière. Ils font ainsi une grave erreur parce que le PIB est devenu une mauvaise mesure de la richesse des nations. Il se peut que la croissance soit un moyen acceptable dans les pays pauvres mais pas dans un pays comme le Canada.

Le PIB et la productivité n’ont jamais été conçus pour mesurer le bien-être humain et social. On en a un exemple criant aux États-Unis. Dans les discussions au Canada on les présente souvent comme un modèle de productivité du travail. Mais leurs performances sont bien pires qu’au Canada quant à plusieurs indicateurs déterminants dans le bien-être social. Par exemple, dans le développement humain, pour les inégalités et le niveau de santé, malgré un bien plus important PIB per capita et une croissance bien plus élevée au cour des années récentes (que celle du Canada). Cela s’explique parce que le PIB mesure la productivité, le volume et l’efficience de la production, pas son contenu. En d’autres mots, ces mesures présentent des apparences de production « meilleure » que celle de la médecine parce ce qu’elles génèrent plus de profits pour la même quantité de travail.

La focalisation sur la croissance du PIB a bien sûr généré des politiques nuisibles. Ainsi, le précédent gouvernement fédéral a investi 34 milliards de dollars dans l’expansion de l’oléoduc Trans Mountain sans tenir compte des revendications des Premières nations, de l’écologie des environs et de l’augmentation des gaz à effet de serre découlant de l’augmentation de la production des énergies fossiles. L’actuel gouvernement a déclaré être dans une approche semblable et a promis plus de ressource pour l’extraction et un assouplissement de la régulation. Et cela se produit alors que la recherche scientifique montre clairement qu’il faut réduire cette production et renforcer le système de santé pour venir à bout de la crise climatique. Mais la poursuite sans fin de productivité et de croissance nous dirige directement dans le sens contraire.

Nous pouvons choisir de réorienter notre système économique dès maintenant et avoir une planification démocratique. Autrement, les crises de notre époque vont nous submerger. Nous ne pouvons nous payer le luxe de perdre du temps avec des distractions comme les débats sur la productivité tout comme nous ne devons pas tomber dans la propagande du « green washing » que nous servent les producteurs.trices des énergies fossiles.

La seule voie raisonnable pour avancer est la décroissance.

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