Le rapport Résister au règne des plus riches : Défendre la liberté contre le pouvoir des milliardaires est rendu public au moment où l’élite économique et politique se réunit au Forum économique mondial de Davos, en Suisse. L’analyse présente des données saisissantes sur l’enrichissement exponentiel des ultrariches et montre comment ceux-ci accaparent le pouvoir politique pour façonner les règles économiques et sociales au service de leurs propres intérêts, au détriment des droits, des libertés et du bien-être économique des populations à travers le monde.
La hausse spectaculaire de la fortune des milliardaires coïncide avec des politiques résolument orientées en faveur des plus riches aux États-Unis. L’administration Trump a réduit les impôts des ultrariches, sapé les efforts concertés dans le monde pour taxer avec un impôt minimal les grandes entreprises, fait échouer les tentatives visant à lutter contre les monopoles et contribué à la croissance des activités liées à l’intelligence artificielle et aux industries extractives, véritable aubaine pour les investisseurs fortunés du monde entier.
La montée de l’oligarchie dans les démocraties dépasse les frontières des États-Unis. Selon l’analyse d’Oxfam, l’accroissement des inégalités économiques joue un rôle majeur dans l’érosion des principes démocratiques et crée un terrain fertile pour l’autoritarisme. Le rapport fait ressortir plusieurs constats inquiétants :
* Les milliardaires ont 4000 fois plus de chances d’occuper un poste politique que les citoyennes et citoyens ordinaires.
* Les milliardaires possèdent plus de la moitié des plus grands médias du monde, et la totalité des principaux réseaux sociaux.
* Les risques de recul démocratique, par exemple à travers l’érosion de l’état de droit ou la compromission des élections, sont sept fois plus élevés dans les pays où les inégalités sont plus prononcées.
La fortune cumulée des milliardaires a bondi de 2500 milliards de dollars l’année dernière, soit presque l’équivalent de la richesse totale détenue par la moitié la plus pauvre de l’humanité (4,1 milliards de personnes). Il suffirait de seulement 65 % de cette fortune acquise au cours de l’année écoulée pour mettre fin à la pauvreté dans le monde, calcule Oxfam.
Le Canada n’est pas épargné
Au Canada, la richesse totale des milliardaires a augmenté de 10 % en un an. Il faut seulement 47 minutes à un milliardaire canadien pour empocher le revenu annuel moyen d’un Canadien ou d’une Canadienne.
Le Canada compte 12 milliardaires de plus qu’en 2024, pour un total de 77, dont la fortune cumulée s’élève à 561 milliards de dollars. Leur emprise se fait particulièrement sentir dans la distribution alimentaire et les télécommunications, des secteurs essentiels de l’économie dominés par un nombre restreint d’acteurs. Dans le même temps, l’insécurité alimentaire monte en flèche à travers le pays : en 2025, plus d’un Québécois sur trois vivait une forme d’insécurité alimentaire, et la hausse a été particulièrement marquée au sein de la classe moyenne.
Le fossé grandissant entre les riches et le reste de la population se traduit par un déficit démocratique insoutenable. Les gouvernements font de mauvais choix pour satisfaire l’élite et favoriser les grandes fortunes, plutôt que d’investir dans la qualité des soins de santé, la lutte contre la crise climatique et l’équité fiscale.
« Le Canada glisse vers une économie d’oligarques. On le voit à travers la concentration inquiétante du pouvoir économique dans des secteurs clés, l’accroissement des fortunes privées influentes, une forte inflation en partie causée par les oligopoles, une érosion du filet social et des mesures fiscales inéquitables. Nous devons prendre des mesures ici avant qu’il ne soit trop tard, et ces mesures passent par une économie qui ne laisse personne de côté », affirme Béatrice Vaugrante, directrice générale d’Oxfam-Québec.
« Des solutions existent, il faut les mettre en œuvre. Les gouvernements doivent investir dans l’économie sociale et l’économie de soins, soutenir le développement de la finance durable et défendre le respect de l’état de droit et du droit international. »
Oxfam-Québec appelle les gouvernements canadien et québécois à :
* Imposer efficacement les ultrariches par des mesures telles qu’un impôt progressif sur la fortune et l’augmentation de la part imposable des gains en capital, dont les revenus serviraient à financer et à renforcer les services publics essentiels à la population – santé, logement, éducation – et la transition juste.
* S’assurer que les grandes entreprises fassent leur juste part, notamment en instaurant un impôt permanent sur leurs profits excédentaires et en imposant un plafond aux marges de profit des grandes chaînes d’alimentation sur les produits essentiels et aux entreprises polluantes comme le secteur des énergies fossiles.
* Mettre en place des mesures fortes pour protéger la sphère politique de l’influence des ultrariches et pour maintenir un espace civique ouvert et démocratique, en renforçant la réglementation sur le lobbyisme et le financement politique et en assurant un financement public indépendant et la liberté d’expression des organisations de la société civile.
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