Édition du 18 juin 2019

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Amérique centrale et du sud

Venezuela : Le condor de Washington veut intervenir à Caracas

Juan Guaido, l’homme lige des États-Unis, a tenté de rallier l’armée à son « opération Liberté », mais n’a pas été suivi. Les menaces militaires de Trump se précisent. Le chef de la garde présidentielle a réitéré son soutien à Nicolas Maduro.

tiré de : L’Humanité, France, le jeudi 2 mai 2019

Les États-Unis et leurs hommes liges sur le cône sud du continent américain ont décidé de passer à la vitesse supérieure pour tenter d’éradiquer tous ceux qui représentent un obstacle à leur stratégie économico-politique. À commencer par le Venezuela. En témoigne la tentative de ce qui s’apparente à un coup d’État de la part du président autoproclamé Juan Guaido, mardi. À l’aube, dans une vidéo tournée depuis la base militaire de La Carlota, Guaido avait annoncé sur les réseaux sociaux avoir le soutien d’un groupe de « soldats courageux » pour son « opération Liberté ». Il était entouré d’un petit groupe d’hommes en uniforme mais également de Leopoldo Lopez, son mentor, lui-même auteur d’une tentative de coup d’État contre Hugo Chavez et qui se trouvait jusque-là en résidence surveillée. Ça a été un flop, transformant ce qui devait être, hier, la marche triomphale du 1er-Mai, en une simple démonstration d’opposants, face à des milliers de soutiens de Nicolas Maduro, le président du pays.

La Maison-Blanche vise le changement de régime

« C’est le moment ! Les 24 États du pays se sont engagés sur le même chemin : il n’y a plus de retour en arrière. L’avenir nous appartient : le peuple et l’armée unis pour mettre fin à l’usurpation », tweetait Guaido, mardi matin. Pensant rallier toutes les casernes, il n’a eu la préférence que de quelques soldats. Des manifestations se sont déroulées à Caracas (où un véhicule blindé a foncé sur un groupe de manifestants de l’opposition et un soldat loyaliste a été blessé par balle) et dans d’autres villes du pays, mais on était loin du raz-de-marée escompté par l’opposition et ses soutiens états-uniens. Ces derniers n’ont pourtant pas ménagé leur peine ces dernières heures. L’Organisation des États américains (OEA), que le Venezuela a quittée le 27 avril, a pris fait et cause pour Guaido. Donald Trump a durci le ton contre La Havane, menaçant la Grande Île d’un « embargo total » si « les troupes et les milices cubaines » ne cessaient pas immédiatement leurs opérations militaires au Venezuela. Son conseiller à la sécurité, John Bolton, affirmait dans le même temps que des « figures clés » du régime vénézuélien avaient mené, en secret, des discussions avec l’opposition ces dernières semaines en vue d’un changement de régime, leur lançant du même coup un ultimatum. « Votre heure a sonné. C’est votre dernière chance ! » lançait-il à l’adresse du ministre de la Défense Vladimir Padrino, du chef de la garde présidentielle Ivan Hernandez et du président de la Cour suprême, Maikel Moreno. En guise de réponse, Padrino, entouré de son état-major, a réitéré publiquement son soutien à Maduro. Quant au secrétaire d’État, Mike Pompeo, il affirmait que le même Maduro avait tenté de fuir vers Cuba mais qu’il en avait été empêché par les Russes ! Les scénaristes d’Hollywood n’ont qu’à bien se tenir !

Finalement, le président vénézuélien est apparu en grande forme sur les écrans de la télévision nationale pour se moquer des États-Unis et rappeler qu’il avait le soutien des plus hautes autorités militaires. En revanche, on ne sait pas exactement où se trouve le président autoproclamé. Leopoldo Lopez, lui, s’est réfugié d’abord à l’ambassade du Chili puis, finalement, à celle d’Espagne, ce qui atteste bien de l’échec du putsch.

« L’opposition radicale au Venezuela a une fois de plus recours à une confrontation par la force », a accusé Moscou, appelant à des pourparlers pour éviter l’effusion de sang. L’Union européenne a de son côté appelé à la « plus grande retenue », soulignant « qu’il ne peut y avoir qu’une solution politique, pacifique et démocratique ». Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a exhorté « toutes les parties à éviter de recourir à la violence ».

Depuis des années, Washington tente de faire chuter le pouvoir chaviste et ne recule devant rien. Dès août 2017, déjà, Donald Trump avait imposé une mesure de sanctions économiques sévères. Celles-ci s’étaient notamment traduites par une limitation de l’accès du Venezuela aux marchés financiers internationaux, aggravant ainsi la crise économique que connaissait le pays. Pour faire bonne mesure, il évoquait également une possible intervention militaire, tentant de débaucher, sans succès, des cadres militaires vénézuéliens.

Au mois de janvier dernier, la Maison-Blanche et le Pentagone ont sans doute estimé que l’arrivée de Juan Guaido et de son parti Volonté populaire (droite extrême) à la tête du Parlement (selon un accord passé entre les diverses formations de l’opposition) constituait une opportunité à ne pas manquer pour faire basculer la situation une fois pour toutes, alors que le Brésil voisin passait dans les mains du populiste Jair Bolsonaro.

On comprend mieux, après la tentative manquée de mardi, pourquoi Washington a mis en vigueur, dimanche, un embargo qui interdit à toute entreprise américaine d’acheter du pétrole à la compagnie pétrolière publique PDVSA ou l’une de ses filiales, et à toute entité étrangère d’utiliser le système bancaire américain pour se fournir en or noir vénézuélien. Des mesures qui visent à aggraver le quotidien des Vénézuéliens alors que le pays connaît notamment de graves pénuries de médicaments et de produits de première nécessité. Selon Nicolas Maduro, qui vient d’annoncer le doublement du salaire minimum, les sanctions économiques ont déjà causé 30 milliards de dollars de dommages à l’économie, qui tire 96 % de ses revenus du pétrole.

Sans vergogne, le représentant spécial des États-Unis pour le Venezuela, Elliott Abrams, a promis la semaine dernière « des dizaines de milliards de dollars » pour relancer l’économie du pays, « lorsqu’il y aura un gouvernement d’ouverture représentant tous les Vénézuéliens ». Et John Bolton s’épanchait sur la chaîne Fox News en ces termes : « Économiquement parlant, cela ferait une grande différence pour les États-Unis si nous pouvions voir des entreprises pétrolières américaines investir dans le potentiel pétrolier du Venezuela. » Hier, Mike Pompeo a fait savoir qu’« une intervention militaire est possible. Si c’est nécessaire, c’est ce que feront les États-Unis ». C’est sans doute ce que Trump appelle se tenir « aux côtés du peuple vénézuélien ».

Pierre Barbancey, l’Humanité, 2 mai 2019

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