Édition du 1er décembre 2020

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

États-Unis

Du pareil au même

Le candidat démocrate vient de remporter l’élection présidentielle mais il s’agit d’un président de transition, il représente avant tout l’aile droite du parti. Il y aura cependant une chose d’inchangée, on peut en être sûr : la gestion du dossier épineux des relations israélo-palestiniennes.

Cette gestion est marquée par une lassante et choquante continuité de soutien sans failles à l’État hébreu de la part de la classe politique américaine. Donald Trump l’avait poussée jusqu’au grotesque avec un ¨plan de"paix" qui n’en n’avait que le nom, puisqu’il était outrageusement pro-israélien. Ce faisant, il ne faisait que caricaturer l’appui constant de tous les gouvernements américains à Israël depuis des décennies, démocrates et républicains confondus.

Biden va sans doute répudier le plan de paix de son prédécesseur et en proposer un de son cru. Peut-être aussi fera-t-il pression sur le gouvernement de Benjamin Netanyahou pour qu’il renonce à l’annexion de la vallée du Jourdain, qu’il mette la pédale douce sur la colonisation israélienne en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. Mais on peut douter qu’il innove en mettant sur la table un plan de paix audacieux assorti de sérieuses sactions contre Tel-Aviv si Netanyahou refuse de s’y conformer. Tout au plus arrachera-t-il peut-être un ralentissement de la colonisation. Par ailleurs,il ne fera certainement rien pour qu’Israël allège ou annule son blocus contre Gaza.
De toute manière, l’ensemble de son parti et celui des républicains sont fanatiquement pro-israéliens. Même la plupart des membres du Parti démocrate bloqueraient ou amoindriraient les dispositions de cet éventuel plan qu’ils jugeraient trop pro-palestiniennes au nom de ¨l’équilibre à préserver¨ entre les deux parties en conflit.

A première vue, tous les plans de paix américains imaginés pour régler le conflit israélo-palestinien paraissent équilibrés et reposer sur la modération : proposer des négociations entre les deux nations. Que peut-on trouver à y redire ?

Bien des choses. Ils souffrent tous d’un défaut essentiel : celui de faire dépendre la libération de la Palestine de négociations hasardeuses où Israël tient le gros bout du bâton parce que l’État hébreu bénéficie du soutien massif des États-Unis,son indéfectible allié. Bref, le protecteur américain est à la fois juge et partie.

On feint d’oublier que la liberté ne se demande pas, mais se conquiert. Après tout, les États américain et hébreu ont vu le jour grâce à l’utilisation de la violence, anti-britannique dans le premier cas, anti-britannique et anti-arabe dans le second. Mais quand les Palestiniens et Palestiniennes ont pris les armes à leur tour pour reconquérir leur patrie ou, à défaut se tailler un État en Cisjordanie, ils se sont fait traiter de ¨terroristes¨. Leur lutte légitime a été par le fait même criminalisée.

Pourtant, comme préalable à des négociations directes avec eux, les gouvernements américains et israéliens successifs ont exigé la reconnaissance prélable de la légitimité de l’État hébreu, c’est-à-dire celle de leur dépossession de 1947-1948 ; en échange de cette concession énorme, ils ont proposé à la partie palestinienne de simples négociations inégales à l’issue incertaine.

Cette orientation constituait une manière bien-pensante de nier leur droit à l’autodétermination, mais qui cachait en fait une grande violence.
Si L’Autorité palestinienne, même dirigée par le mol Mahmoud Abbas s’avisait de proclamer devant le blocage israélien un État indépendant, elle se heurterait tout de suite à l’opposition forcenée d’Israël et des États-Unis.

Dans tout ce contexte défavorable, un énième ¨plan de paix¨ américain ressemblera sans doute comme deux gouttes d’eau aux précédents. Biden lui-même est très centriste, conformiste et plus ou moins prisonnier des différentes factions de sa formation politique, en particulier de l’aile droite. C’est un politicien traditionnel, issu d’une autre époque. Il n’innovera fort probablement en rien quant au règlement de l’antagonisme israélo-palestinien.

Et l’aile gauche du Parti démocrate, alors ? Que peut-on s’attendre d’Alexadria Ocasio-Cortez et de Bernie Sanders ? Elle seule pourrait influer sur la direction démocrate pour que les dirigeants du parti modifient de façon significative leur position outrageusement pro-israélienne. Mais le veut-elle vraiment ? Cette aile gauche compte sans doute de fervents partisans de la cause palestinienne mais dans l’ensemble, sa position demeure floue à ce sujet. Tous et toutes se déclarent en principe pour ¨l’autonomie palestinienne¨ mais qu’est-ce que ce terme commode recouvre-t-il vraiment ? La reconnaissance sans ambiguïté du droit à l’indépendance palestinienne ou une autonomie limitée ? Ses membres sont-ils prêts à appuyer les pressions qui s’imposent sur l’État hébreu afin qu’il desserre l’étau maintenu sur la majeure partie de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est et qu’il abolisse le blocus infligé à Gaza ?

À notre connaissance, les leaders de l’aile gauche démocrate (Ocasio-Cortez et Sanders) n’ont pas pris clairement position sur ces questions cruciales. Après tout, l’aile gauche démocrate connaît sans doute elle aussi des divisions qui peuvent la paralyser sur certains dossiers délicats.

Peut-être faudra-t-il une autre révolte armée palestinienne pour provoquer un déblocage dans la situation désespérée de la Palestine, ce qui implique un changement dans la direction de l’Autorité palestinienne, ou son contournement par les révolutionnaires. Mais ceci est un autre chapitre de cette interminable saga...

Jean-François Delisle

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