Édition du 12 novembre 2019

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Canada

Derrière ses postures d’environnementalistes, Justin Trudeau maintient les politiques conservatrices en matière de climat

Justin Trudeau et son gouvernement n’osent plus défendre le vieux climatoscepticisme à la Harper. Ce dernier remettait en question l’existence même du réchauffement climatique déniant l’ensemble des études scientifiques à ce sujet, assumant sans gêne un obscurantisme conséquent. C’est une nouvelle mouture du climatoscepticisme que défend le gouvernement libéral de Justin Trudeau. Il ne serait pas nécessaire de garder les énergies fossiles enfouies dans le sol. Il serait possible de lutter contre le réchauffement climatique tout en exploitant le pétrole tiré des sables bitumineux, d’en développer la production et de l’exporter sur les divers marchés internationaux.

Les cibles de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) du gouvernement Harper sont maintenues.

Le Parti libéral du Canada avait promis de fixer des cibles plus ambitieuses avant les élections. Mais Justin Trudeau ne proposera pas de nouvelles cibles. Rappelons que ces cibles prévoient que le Canada réduira ses émissions de GES de 30% en deçà du niveau de 2005 d’ici à 2030. Les pays européens déterminent leur taux de réduction à partir de 1990. Si on appliquait le même point de comparaison, la cible du Canada n’est que de 14%. La France en comparaison vise 40% d’ici 2030.

Pour la conférence de Paris, le gouvernement libéral n’avait pas jugé bon de fixer des cibles de réduction des émissions de GES. Contrairement, à ce qui était espéré, après Paris, il adoptait les cibles fixées par le gouvernement conservateur de Stephen Harper. Les mandarins du gouvernement fédéral savent bien qu’ils ne peuvent atteindre des cibles ambitieuses tout en maintenant l’exploitation du pétrole des sables bitumineux et sans planifier des investissements massifs pour favoriser un important virage vers les énergies renouvelables. En matière de réduction des émissions des gaz à effet de serre, nous avons un gouvernement qui défend les mêmes cibles et les mêmes échéances que le gouvernement conservateur qui l’a précédé.

Des politiques qui gardent le cap sur l’objectif visant à faire des énergies fossiles un axe stratégique de développement de l’économie canadienne

Le gouvernement de Justin Trudeau s’est fait un défenseur inflexible de l’exploitation des énergies fossiles, et particulièrement des entreprises pétrolières exploitant le pétrole sale de l’Alberta. C’est ainsi qu’il a décidé le maintien de ses subventions au secteur pétrolier et gazier canadien jusqu’en 2025. Ils refusent de revoir les politiques d’évaluation environnementales et les projets d’infrastructures énergétiques mises en place par le gouvernement Harper. Il privilégie la construction des pipelines nécessaires aux exportations pétrolières canadiennes pour transporter le pétrole sale. Justin Trudeau s’est dit « désappointé » du rejet du pipeline Keystone XL par le président Obama. Il soutient déjà ouvertement la construction de l’oléoduc du projet Pacific Northwest qui transportera du gaz naturel dans le nord de la Colombie-Britannique. Justin Trudeau avait comme conseiller politique durant la campagne électorale, une personne liée à TransCanada et à Energie Est.

Des traités de libre-échange assurant le maintien l’expansion des pétrolières

C’est le cas l’accord économique et commercial global (AECG) ou Comprehensive Economic and Trade Agreement (CETA en anglais). Ce traité vise à lever les obstacles à l’ exportation du pétrole extrême en Europe. C’est pourquoi ce traité est un enjeu si important pour le gouvernement fédéral et les provinces productrices. L’Union européenne a accepté de modifier la directive européenne sur la qualité des carburants afin de permettre au pétrole sale de l’Alberta d’être importé sans qu’il lui soit attribué un niveau d’émissions de GES supérieur aux pétroles conventionnels. Le gouvernement canadien a permis que des exigences réglementaires protégeant le climat soient contournées. C’est un tel accord dont le gouvernement Trudeau exige la ratification par tous les parlements européens actuellement.

Le gouvernement Trudeau soutient le développement du marché du carbone qui aura un effet marginal sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre

Le gouvernement de Justin Trudeau a annoncé au début d’octobre que toutes les provinces devraient avoir fixé un prix sur le carbone en 2018 par une taxe ou par l’adhésion à un marché du carbone.

Le marché du carbone permet de ne pas s’attaquer au système énergétique basé sur les énergies fossiles. Il permet d’éviter l’imposition réglementaire d’un encadrement direct des activités industrielles polluantes. Il permet aux entreprises qui ont accumulé suffisamment de droits de polluer de continuer de poursuivre leurs activités destructrices chez elles. Le marché de carbone conduit donc à un énorme gaspillage de compétences et de temps.

Au lieu de poser clairement la nécessité de transformer la structure de l’appareil productif, au lieu d’organiser le passage rapide d’un système énergétique reposant sur les énergies fossiles vers un système énergique reposant essentiellement sur les énergies renouvelables, on construit un marché des droits de polluer, avec une multiplication de produits dérivés, qui permet au capital financier de se développer encore davantage tout en refusant de s’attaquer à l’essentiel.

Voilà l’impasse dans laquelle nous engage le gouvernement Trudeau pour protéger les entreprises productrices d’énergies fossiles.

Développer la défense du climat : bloquer les projets des pétrolières et de l’oligarchie politique à leur service.

La majorité populaire au Canada doit construire un front de blocage aux politiques irresponsables du gouvernement Trudeau, des gouvernements provinciaux au service des intérêts financiers investis dans les énergies fossiles et exiger :

- la fin immédiate des subventions aux entreprises pétrolières
- l’interdiction de la fracturation hydraulique
- la fin du soutien à l’exportation du pétrole extrême tiré des sables bitumineux
- l’interdiction de la construction de pipelines transportant ce pétrole vers les marchés internationaux
- la reconnaissance du caractère inviolable des territoires autochtones par les pétrolières
- l’arrêt de la surveillance et de la répression contre les mouvements citoyens qui lutent pour la défense du climat.

Il existe une alternative aux politiques du gouvernement de Justin Trudeau

Il ne sera possible de résoudre le dérèglement climatique qu’en remettant radicalement en question la logique intrinsèquement productiviste du système capitaliste. Cela passera par l’élimination de productions inutiles, par la transformation des procédés de production, par la restructuration du système énergétique vers le développement de sources d’énergies renouvelables. L’ensemble de ces transformations nécessitera la participation démocratique des populations de la planète à tous les niveaux donnant toute sa place au pouvoir citoyen.

Cette alternative pourrait se concrétiser par :

- des investissements publics dans l’énergie éolienne, dans l’énergie solaire, la géothermie et les autres formes d’énergies renouvelables ;

- la mise en oeuvre d’un vaste programme d’économie d’énergie aux niveaux des secteurs résidentiel, industriel et institutionnel ;

- l’électrification des transports collectifs en milieu urbain et des transports interurbains ;

- la réarticulation des secteurs de l’économie pour favoriser l’utilisation des ressources d’ici dans des productions industrielles favorisant la transition énergétique et la sortie du pétrole ;

- le réaménagement de la planification urbaine pour éviter l’étalement urbain ;

- la socialisation des finances afin d’orienter les ressources financières vers une stratégie de soutien au tournant écologique de l’économie ;

- le passage d’une agriculture polluante à une agriculture visant la souveraineté alimentaire.

Les politiques du gouvernement Trudeau sont irresponsables et dangereuses pour l’avenir du climat et de la planète. Elles doivent être dénoncées. Les politiques des faux-semblants, les postures environnementalistes doivent être décrites pour ce qu’elles sont : des outils pour défendre les intérêts des puissants et des profiteurs qui ont comme seule devise : « après nous, le déluge ».

Bernard Rioux

Militant socialiste depuis le début des années 70, il a été impliqué dans le processus d’unification de la gauche politique. Il a participé à la fondation du Parti de la démocratie socialiste et à celle de l’Union des Forces progressistes. Militant de Québec solidaire, il participe au collectif de Gauche socialiste où il a été longtemps responsable de son site, lagauche.com (maintenant la gauche.ca). Il est un membre fondateur de Presse-toi à gauche.

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