Édition du 31 janvier 2023

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Canada

L'affaire Raif Badawi montre-t-elle le vrai visage du Canada ?

La très grande différence entre les prétentions humanistes du gouvernement de Justin Trudeau et ses actions dans le dossier de Raif Badawi est un problème pour la réputation du Canada.

Les humanistes qui avaient mis beaucoup d’espoir dans l’élection du gouvernement Trudeau pour aider Raif Badawi se trouvent actuellement détrompés. Le premier ministre canadien, Justin Trudeau, vient d’affirmer qu’il ne faut pas agir trop vite dans ce dossier pour éviter des conséquences néfastes pour le saoudien. Emprisonner depuis 2012, ce blogueur ordinaire est condamné en 2014 à 10 ans de prison, 1000 coups de fouet et a une amende de 260 000 $ pour insulte à l’islam. Il doit recevoir ces coups de fouet par tranche de 50 chaque vendredi sur la place publique. Ce supplice a cependant été suspendu pour des raisons médicales le 9 janvier 2015 après les premiers 50 premiers coups de fouet.

Si Raïf Badawi croupit en prison depuis presque quatre ans, ce n’est pas parce qu’il est un criminel au sens ou l’entend la loi internationale. Ce pays utilise l’islam politique pour soumettre son peuple. Le crime de l’homme condamné pour ses écrits dans son blogue est d’avoir une mentalité moderne dans un pays qui est resté avec une vision féodale. Il ose réclamer la liberté de religion qui est pourtant un droit fondamental inscrit dans la charte des droits de l’Homme. La position idéologique des dirigeants de l’Arabie Saoudite est d’ailleurs à géométrie variable. Les dirigeants de ce pays font appel à ces mêmes droits de l’Homme, qu’ils refusent à Raïf Badawi, pour leurs ambassades, leurs mosquées qu’ils financent partout dans le monde, les gens qui pratiquent le Wahhabisme et comme protection quand ils voyagent.

Les libéraux avaient pourtant dénoncé en campagne électorale la lenteur du gouvernement conservateur à négocier avec les autorités saoudiennes pour obtenir la libération d’un des plus célèbres prisonniers d’opinion du monde. Maintenant au pouvoir, le gouvernement Trudeau a retourné sa veste et affirme qu’il n’accorderait pas la citoyenneté canadienne à Raïf Badawi. La province du Québec lui a pourtant accordé un certificat de sélection humanitaire pour qu’il puisse venir rejoindre sa femme. L’épouse de Raïf Badawi, Ensaf Haider et leurs enfants ont donc raison de se sentir abandonner par le gouvernement canadien. La porte-parole d’Amnistie internationale, Anne Sainte-Marie, vient pour sa part de dénoncer à son tour le gouvernement de Justin Trudeau pour sa lenteur. Elle réclame un plan d’action concret pour faire libérer Raif Badawi.

Le fait que Badawi n’est pas citoyen canadien n’est pas une raison valable pour cet abandon des valeurs humaines les plus minimales par le Canada. En plus de ne pas défendre la cause de Raif Badawi, qui est une des plus flagrantes négations des droits de la personne qui existe actuellement, le gouvernement libéral a aussi décidé d’aller de l’avant dans la vente de véhicules militaires à l’Arabie Saoudite pour un montant de 15 milliards de dollars. Un contrat qui est considéré par de très nombreux Canadiens comme étant moralement répréhensible. Quand le ministre des Affaires étrangères, Stéphane Dion, légitime le maintien de ce contrat en invoquant une doctrine dite de la conviction responsable, il ne trompe personne. Quand il était député dans l’opposition, il avait demandé au précédent premier ministre canadien, Stephen Harper, d’intervenir personnellement pour libérer Raïf Badawi. Bref, la situation sur le terrain est une négation totale des belles paroles de Justin Trudeau pendant les élections fédérales.

L’Arabie Saoudite semble avoir littéralement acheté la volonté politique du Canada face à la promotion des droits de l’Homme. C’est pourtant un pays où on coupe les mains des voleurs et lapide à mort les femmes qui ont eu une incartade d’une nuit avec un autre homme que leur mari. L’Arabie Saoudite a exécuté 153 personnes en 2015 et plus de 75 cette année. Plusieurs de ceux-ci ont été décapités au sabre sur la place publique. Le gouvernement saoudien a même adopté en 2014, une loi qui assimile la promotion de l’athéisme à du terrorisme. L’apostasie y est punissable de la peine de mort. Un Saoudien vient d’ailleurs d’être condamné à 10 ans de prison et 2000 coups de fouet pour avoir affirmé son athéisme sur Twitter.

La députer de Sherbrooke, où habite la famille Badawi, est pourtant ministre du Développement international. Marie-Claude Bibeau, a beau dire que la stratégie du fédéral est efficace, cela ne se voit pas dans ce cas-ci. Pendant ce temps les citoyens continuent de tenir des vigiles les vendredis devant l’édifice de l’hôtel de ville de Sherbrooke. Amnistie Internationale tente pour sa part de le faire sortir de prison avant le 17 juin soit l’anniversaire de son arrestation. Tant que Raif Badawi n’est pas libéré, il restera un important problème d’image pour Justin Trudeau et pour le gouvernement canadien qui promet beaucoup en matière de droits de l’Homme, mais fait peu.

Michel Gourd

Michel Gourd

Résident de L’Ascension de Matapédia.

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