Édition du 21 juin 2022

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Environnement

L’entente coûterait au moins 7,2 milliards $ à Hydro-Québec en manque à gagner et en compensation monétaire à Énergir d’ici 2050

L’entente coûterait au moins 7,2 milliards $ à Hydro-Québec en manque à gagner et en compensation monétaire à Énergir d’ici 2050.

Hydro-Québec pourrait encourir un manque à gagner de près de 4,8 milliards $, d’ici à 2050, en raison de son entente avec Énergir sur la biénergie. Ce montant s’ajoute à la compensation monétaire de 2,4 milliards $ qui serait versée à Énergir par Hydro-Québec et porte le coût total de cette entente pour Hydro-Québec à près de 7,2 milliards $ d’ici 2050.

L’existence de ce manque à gagner est spécifiquement mentionnée dans un document déposé par Hydro-Québec et Énergir devant la Régie de l’Énergie. On y lit que ce manque à gagner s’élèverait à 474 millions $ pour la période de 2022 à 2030. Pour la seule année 2030, il s’élèverait à 134 millions $. Comme l’entente se prolonge au-delà de cette période, d’ici 2050, ce manque à gagner atteindrait au minimum 4,8 milliards $.

Il était déjà établi qu’Énergir voulait se faire compenser pour la conversion de certains de ses clients actuels à la biénergie électricité–gaz. On savait également qu’Énergir voulait même se faire compenser pour l’installation de la biénergie dans de nouveaux bâtiments, alors qu’aucune conversion à la biénergie n’avait vraiment lieu. Le coût de l’ensemble de ces compensations payées par Hydro-Québec était estimé à près de 2,4 milliards $ (2022-2050).

On sait maintenant qu’en ajoutant le manque à gagner d’Hydro-Québec, cette entente coûterait à Hydro-Québec au minimum 7,2 milliards $ (2022-2050). Ce montant aurait un effet à la hausse sur les tarifs d’électricité. Ainsi, dans la documentation déposée à la Régie de l’Énergie, Hydro-Québec évalue cet effet sur la hausse des tarifs à 1,4 % en 2030. Hydro-Québec n’a pas dévoilé les effets subséquents sur la hausse de tarifs.

Des groupes citoyens et environnementaux dénoncent à nouveau cette entente entre Hydro-Québec et Énergir. Elle ne fait que prolonger l’utilisation du gaz au Québec. Elle mène à des hausses inacceptables de tarifs d’électricité, tout spécialement dans ce contexte d’inflation.

« On reconnaît que la décarbonation entraînera des coûts pour la société québécoise. L’entente Hydro-Québec – Énergir coûte cependant trop cher. Aux coûts déjà élevés liés à la demande supplémentaire d’électricité au tarif biénergie (4,8 milliards $), l’entente ajoute une compensation extraordinaire de 2,4 milliards $ à Énergir. Le Québec pourrait faire mieux avec 7,2 milliards $ tout en ne prolongeant pas la présence du gaz fossile. » mentionnent les groupes.

Des solutions plus économiques et performantes existent. Hydro-Québec pourrait déjà offrir le chauffage 100 % électrique en incorporant des technologies qui lui permettront de gérer les pointes de demande, sans avoir recours au gaz fossile. La société d’État a déjà ces technologies en main ; elle en fait d’ailleurs la promotion et la commercialisation entre autres par le biais de ses filiales Hilo et Evlo et de subventions comme c’est le cas pour les accumulateurs de chaleur et les thermopompes basse température. Pourquoi ne pas miser sur ces technologies plutôt que de contribuer à prolonger la présence du gaz fossile au Québec ?

Citations

« L’entente de biénergie gaz/hydroélectricité entre Énergir et Hydro-Québec engage le bras de l’énergie renouvelable du Québec dans le tordeur des énergies fossiles. Plutôt que d’y engager ensuite et l’épaule et la tête, allons plutôt dans le sens de ce que nous disent, entre autres, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) et l’Agence internationale de l’énergie (AIE) qui insistent sur la nécessité de réduire rapidement et considérablement le recours aux énergies fossiles, dont le gaz naturel. Plus on examine cette entente, moins on y voit une solution d’avenir. » Jacques Rousseau, secrétaire général du Regroupement vigilance hydrocarbures Québec

« Il faut abandonner ce projet de programme de bi-énergie qui ne ferait que prolonger la dépendance au gaz fossile au Québec. En pleine crise climatique, le gouvernement doit bannir le gaz fossile des nouveaux bâtiments et miser sur les alternatives vertes plutôt que de proposer des milliards en compensations à Énergir qui seraient financés par des hausses de tarifs d’électricité où les plus pauvres seront les plus impactés. » Patrick Bonin, responsable de la campagne Climat-Énergie, Greenpeace Canada.

« La contribution d’Hydro-Québec de 2.4 $ milliards pour éponger les pertes de revenus d’Énergir représente le tiers de la facture de la stratégie biénergie. Ce montant serait pourtant suffisant pour combler le manque à gagner d’Hydro-Québec qui serait nécessaire pour compléter la décarbonation partielle avec le chauffage tout électrique avec accumulation de chaleur. » Jean-Pierre Finet, analyste, Regroupement des organismes environnementaux en énergie

« Alors que dans les années à venir, Hydro-Québec doit se lancer dans un chantier pharaonique d’efficacité énergétique et participer à l’électrification d’une grande partie de notre économie, pensez-vous vraiment que cette dernière peut se permettre de gaspiller 7,2 milliards de dollars au profit d’une compagnie d’énergie fossile comme Énergir ? Poser la question, c’est y répondre. En pleine crise climatique, il n’y a pas d’échappatoire ou de compromis possible avec le gaz. Ce projet doit tout simplement être abandonné au profit des vraies solutions. » Anne-Céline Guyon, chargée de projet climat, Nature Québec.

« Le gaz vendu par d’Énergir est à plus de 90% extrait par fracturation dans l’Ouest canadien. Le procédé en fait l’un des combustibles fossiles les plus polluants, comparable au charbon. L’entente entre les deux distributeurs perpétue l’usage et l’extraction du gaz par fracturation – un non sens pour le climat et la biodiversité. La Caisse de Dépôt et Placement, propriétaire d’Énergir, doit cesser ses tractations pour favoriser le distributeur gazier. » Pascal Bergeron, président Fondation Coule pas chez nous

« Énergir sait depuis des décennies qu’il faut faire la transition vers des énergies renouvelables. Elle aurait dû depuis longtemps prendre ce risque au sérieux et transformer ses activités, mais elle s’est plutôt traîné les pieds et a continué d’étendre son réseau de pipelines aux frais des contribuables tout en faisant la promotion du gaz. Il est maintenant trop tard et la situation est trop urgente. Nous devons dorénavant investir dans de vraies solutions et non pas récompenser les pollueurs réfractaires au changement ». Sébastien Collard, coalition Sortons la Caisse du carbone.

Regroupement des organismes environnementaux en énergie

Le ROEÉ, fondé en 1997, participe activement aux consultations et audiences de la Régie de l’énergie, ou auprès d’autres forums pertinents, afin de défendre de manière efficace le point de vue des groupes et organismes à vocation environnementale dans le domaine énergétique. Les membres du ROEÉ font connaître au grand public les enjeux soulevés à la Régie en les commentant et en sensibilisant sur la question environnementale dans le domaine énergétique.

Le ROEÉ est composé de cinq groupes environnementaux, soit ENvironnement JEUnesse, la Fédération québécoise du canot et du kayak, la Fondation Rivières, Nature Québec et le Regroupement pour la surveillance du nucléaire. Ces groupes représentent des milliers de membres individuels et de multiples organisations au Québec.

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