Édition du 26 mai 2020

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Québec

Les nationalistes applaudissent... chaque fois qu'on brime les minorités et qu'on s'emploie à rendre leur existence un peu plus misérable

Le nationalisme québécois a-t-il dépassé sa date de péremption ?

Le nationalisme québécois a été nécessaire à une époque, pour sortir la nation canadienne-française de sa misère chronique et de sa sujétion à la classe dominante anglophone. Ce qui fut fait et bien fait, grâce à la Révolution tranquille et aux réformes du PQ qui l’ont prolongée.

Le malheur, c’est que la situation n’est plus du tout la même, alors que le discours des nationalistes n’a pas changé. À les entendre, les Québécois sont toujours ce petit peuple pauvre et opprimé, menacé de toutes parts, qui lutte bec et ongles pour défendre sa langue et sa culture contre de gros méchants exploiteurs ne parlant pas français... Ils n’ont pris acte ni des effets de la Loi 101 ni de l’émergence du « Québec inc. », ni de la hausse spectaculaire du niveau de vie de la population au cours du dernier demi-siècle écoulé.

Ça fait vraiment de la peine, n’est-ce pas, un peuple exploité qui vit en majorité dans des bungalows ou des condos, et qui s’offre des tas de gadgets électroniques, des gros VUS, des véhicules récréatifs, des chalets, des vacances dans le sud... Pauvre ramassis de miséreux en haillons !

De plus, il est bien évident que la Loi 101 n’a ABSOLUMENT RIEN changé à la situation du français au Québec... Seulement 94 % de la population de la province est aujourd’hui capable de converser en français – un sommet historique. Il n’y a pas à dire, l’anglicisation nous menace comme jamais ! Nous avons tellement francisé le Québec que le reste de la francophonie nous trouve même un peu ridicules, avec nos panneaux « arrêt » pour ne pas dire « stop »...

Je ne dis pas que l’indépendance n’a plus lieu d’être, mais les raisons pour la faire ne sont certainement plus les mêmes. Nous ne sommes plus un peuple de porteurs d’eau, nous ne vivons plus majoritairement dans la misère, et l’anglais ne menace plus notre langue sur notre territoire. Continuer à tenir un discours victimaire en 2020 est du plus haut ridicule. Pire : c’est une dangereuse aberration, qui ouvre la porte à toutes les dérives.

Je crois qu’il y en a qui n’ont pas décroché d’octobre 1970... Sauf que les « gros méchants exploiteurs », aujourd’hui, s’appellent Péladeau, Alain Bouchard, Sirois, Lamarre et compagnie. Ils parlent la langue même s’ils s’en soucient comme d’une guigne, tout comme ils se fichent de la culture et de l’identité québécoise : leur seul langage est celui de l’argent. Et ils sont morts de rire en regardant tous ces imbéciles se ruer comme des hyènes sur une poignée de nouveaux arrivants et sur des minorités parfaitement inoffensives, pendant qu’ils se partagent sans état d’âme les restes de ce qui aurait pu devenir notre pays.

Le Québec s’est dit non à lui-même deux fois en l’espace d’une génération. Au lieu de faire la chasse aux boucs émissaires, ne serait-il pas plus judicieux de s’interroger sur les raisons profondes de ce refus ?... Le nationalisme québécois a pu être légitime à une époque, mais aujourd’hui, il a complètement perdu sa boussole et est en train de virer au fascisme.

Je reste Québécoise et fière de l’être, et je défendrai toujours ma culture et ma langue, mais je ne suis plus nationaliste. La nation québécoise n’est ni meilleure ni pire qu’une autre, et ne fait plus partie depuis longtemps des peuples martyrs, exploités ou menacés. Cela, c’est de l’histoire ancienne. Persister dans une attitude défensive et revancharde ne peut rien apporter de bon.

Le nationalisme québécois ne sert plus aujourd’hui que les intérêts de la classe dominante. Il serait temps, collectivement, qu’on en prenne acte et qu’on grandisse un peu.

© Pascale Cormier, mars 2020

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