Édition du 26 mai 2020

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Québec

La crise du coronavirus : un révélateur de la mauvaise santé du marché de l’emploi

La circulation dans les rues de la métropole est devenue très fluide depuis la mi-mars, ce qui présente un avantage pour les cyclistes : elles deviennent plus sûres, n’étant plus encombrées par la masse de ferraille à quatre roues qui y circulent.

La circulation dans les rues de la métropole est devenue très fluide depuis la mi-mars, ce qui présente un avantage pour les cyclistes : elles deviennent plus sûres, n’étant plus encombrées par la masse de ferraille à quatre roues qui y circulent.

Le métro aussi est peu achalandé et ses wagons sont presque vides. Les camelots qui distribuent le quotidien 24 heures ressemblent à des martiens avec leur masque (certains d’entre eux, du moins). Québécor maintient contre vents et marées la distribution de son canard de mains à mains, du moins jusqu’à nouvel ordre. Certains superviseurs encouragent les camelots à porter le petit masque magique.

Par ailleurs, on parle beaucoup en cette période de pandémie de ses conséquences sociales et économiques. On énumère les difficultés qu’elle entraîne : fermetures d’entreprises, faillites, mises à pied ou en disponibilités d’employé-e-s, explosion des demandes (de ce que je persiste à nommer assurance-chômage et non assurance-emploi, un contresens), mesures d’urgence (décrétées par Ottawa et Québec pour soutenir ceux et celles des travailleurs devenu-e-s oisif-ve-s par la force des choses0, et de la hausse brutale du taux de chômage qui fragilise l’économie.

Les commentateurs-trices en traitent comme s’il s’agissait d’un orage soudain dans un beau ciel bleu.

Et pourtant…

Oui, jusqu’au début de 2020, le taux de chômage officiel était de 4,5% au Québec. La création d’emploi allait bon train.

Mais les économiste et sociologues de gauche s’entendent pour affirmer que les chiffres officiels sous-estiment le taux de chômage réel. Plusieurs des emplois créés sont des boulots précaires, oh pardon ‘flexibles’ pour reprendre la terminologie de rigueur ; bref, que la main d’oeuvre était déjà vulnérable avant l’actuel choc économique soit tout ce petit peuple de travailleur-euse-s autonomes, à temps partiel, temporaire, sur appel, et à la pige. Tous et toutes ne sont pas admissibles à l’assurance-chômage, ça dépend de leur statut. Et ceux et celles qui y ont accès ne touchent que 55% de leur salaire, autrement dit, souvent de pas grand-chose.

Les dépenses engagées par Ottawa pour les soutenir vont faire exploser les dépenses publiques et creuser un gouffre financier. Surtout, si l’activité économique tarde à venir.

Toute cette crise de santé et de finances publiques met à nu les failles béantes du système rétrolibéral imposé au fil des ans par les classes politiques (tant fédérale que provinciale) : fracturé le marché de l’emploi, mettre autant que possible les travaileurs et les travailleuses en concurrence les un-e-s avec les autres ( notamment les ‘autonomes’) tout en diminuant les mécanismes de redistribution de revenu. On a remplacé la sécurité d’emploi ( même toute relative qu’elle était avant l’avènement du rétrovirus) par un accès accru au crédits à tel point que l’endettement des ménages préoccupait déjà les observateur-trice-s même avant la pandémie.

Résultat : de nombreux ménages ne disposent plus d’aucun revenu, ou que d’un revenu très réduit jusqu’à nouvel ordre, et qu’ils-elles sont écrasée-e-s par une dette énorme qu’ils-elles auront la plus grande difficulté à rembourser si jamais ils y parviennent. Ils seront alors acculé-e-s à la faillite. Quand on a perdu son emploi ou ses client-e-s et que la carte de crédit est ‘loadée’…

Lorsque la capacité de consommation des ménages et des individu-e-s repose trop largement sur l’accès facile au crédit, sur de l’argent virtuel en quelque sorte, on édifie un château de carte économique.

Les bases de la consommation actuelles sont donc très fragiles, ce que la crise sociale provoquée par la pandémie n’illustre que trop bien. On finira bien par juguler le virus ( mais après combien de décès ? ), ses conséquences sociales et économiques elles, n’ont pas fini de se faire sentir. Elle pourrait au moins donner une impulsion décisive à une véritable remise en question du capitalisme d’inspiration rétrolibérale. Les prochains mois seront peut-être cruciaux à cet égard.

À quelque chose, malheur est bon….

Jean François Delisle

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