Édition du 3 mars 2026

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Planète

La dénégation climatique de Trump et les impasses de la COP 30 : pour une transition écosocialiste

Face aux mesures prises par Trump pour activer l’exploitation des hydrocarbures, la COP 30 qui s’est tenue à Bélem au Brésil en novembre dernier est restée très timide, préconisant la simple prévention sans engagements concrets. Seule une rupture écosocialiste avec l’obsession d’une croissance fondée sur le profit capitaliste peut rétablir l’équilibre environnemental dans la justice sociale.
Signalez ce contenu à notre équipe

16 février 2026 | tiré du Blog de l’auteur
https://blogs.mediapart.fr/claude-calame/blog/160226/la-denegation-climatique-de-trump-et-les-impasses-de-la-cop-30

Le directeur du Bureau de la gestion et du budget à la Maison Blanche l’a fait savoir au début janvier. Le National Center for Atmospheric Research à Boulder dans le Colorado sera démantelé. De fait l’objectif est double : éliminer « les activités frauduleuses dans le domaine de l’écologie » ; transférer dans une autre institut les services liés à la prévision météorologique.

Le démantèlement de ce centre mondial de recherche en climatologie et sur le système Terre s’inscrit dans le droit chemin de la déclaration tonitruante du Président Donald Trump devant l’assemblée générale de l’ONU en septembre dernier : il y dénonçait le changement climatique comme « la plus grande escroquerie (“con job“) jamais perpétrée dans le monde ». Cette déclaration est évidemment à mettre en relation avec le slogan « Drill, baby, drill » débité à l’occasion de sa campagne électorale. L’intention dans la promotion de la libre extraction du pétrole et de la production des énergies fossiles est claire : leur exportation dans le monde entier et par conséquent les énormes profits financiers à en tirer. C’est là le fer de lance du MAGA.

Ces déclarations vindicatives et destructrices sont le fait du gouvernement du pays qui, après la Chine, détient encore et toujours un record dans la production et surtout dans l’émission de gaz à effet de serre.

À cet égard et en l’absence des États-Unis qui se sont à nouveau retirés des accords de Paris conclus en 2015 à l’occasion de la COP 21, les représentants des 190 pays participant à la COP, réunis en novembre dernier à Bélem au cœur de l’Amazonie brésilienne, sont restés très silencieux. Pourtant le service sur le changement climatique de l’agence européenne Copernicus venait de l’établir : avec une température globale moyenne supérieure d’environ 1, 55 degrés aux valeurs préindustrielles (1850-1900), 2024 a été l’année la plus chaude jamais enregistrée sur la planète [1]. C’est dire que le seuil de température moyenne à ne pas dépasser à l’horizon 2100 selon les accords conclus en 2015 dans le cadre du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat qu’est le GIEC a été désormais franchi, avec plus de soixante ans d’avance… Et l’on sait les conséquences destructrices des ouragans, des fortes pluies, des inondations, des périodes de sécheresse provoquées par l’augmentation des températures globales. Elles affectent en particulier les pays les plus défavorisés du Sud global, soumis qu’ils sont aux politiques néocoloniales des pays les plus riches et par conséquent les plus pollueurs ; ces derniers les contraignent à un endettement assorti de mesures d’ « ajustement structurel » tout en exploitant leurs ressources par entreprises multinationales interposées. Il est significatif de ce point de vue qu’aucune décision n’ait été prise à l’issue de la COP 30 quant à la nécessaire sortie des fossiles et à l’indispensable transition vers les énergies renouvelables, solaire, éolien, hydroélectrique, en lieu et place de l’extractivisme promu par les multinationales.

En revanche, de manière significative, l’accent a été mis sur l’adaptation. Mais la promesse d’une aide de 300 milliards de dollars d’ici à 2035, formulée par les pays les plus riches à l’issue de la COP 29 à Bakou, n’a pas été réalisée ; pourtant, selon l’ONU, l’aide climatique requise pour le Sud global s’élève désormais à 1300 milliards de dollars. On se limite pour l’instant aux financements privés et à des prêts qui ne font qu’accentuer l’endettement des pays les plus frappés par les conséquences du changement climatique.

De là la revendication de la coalition des peuples indigènes d’Amazonie, du Pacifique et de l’Australie, soigneusement tenus à l’écart des débats de la COP 30 : la réduction immédiate des émissions de gaz à effet de serre par la transition vers des sources d’énergie propre et l’abandon des énergies fossiles, cela en particulier pour assurer aux communautés les plus vulnérables un avenir plus juste et plus durable. En contraste significatif, quelques jours avant l’ouverture de la COP 30, le président socialiste du Brésil n’a pas hésité à autoriser la puissante multinationale Petrobras, détenue à 50 % par l’État, à investir pour de nouveaux forages en eaux ultra-profondes, non loin de l’embouchure de l’Amazone.

Pour Luiz Inázio Lula da Silva il s’agirait de trouver de nouveaux moyens pour développer les biocarburants… Ne l’oublions pas : le Brésil est le huitième producteur mondial de pétrole, et Pétrobras a prévu d’investir plus de 100 milliards de dollars entre 2024 et 2028, dont un tiers dans l’exploration et la production de pétrole. Le bénéfice de la multinationale s’élève pour 2025 à plus de 21 milliards de dollars, en forte progression sur 2024. Une fois encore la domination de la logique du grand capital…

« Nous devons évoluer vers des activités économiques qui vivent en harmonie avec la nature au lieu de la détruire » déclarait Kirsten Schuijt, la directrice générale du WWF International, priée de faire le bilan de la COP 30 (Le Temps, 12.12.25). Notre tort aurait été, en effet, de nous être séparés de la nature. Il conviendrait de revenir et de promouvoir des activités économiques « en harmonie avec la nature ». Non seulement la nature reste ainsi objectivée comme elle le fut à partir des propositions de Francis Bacon et de René Descartes, quand elle n’est pas sacralisée sous les traits de l’hellène Gaia. Mais les fondements de l’économie de référence et de la cause des catastrophes climatiques ne sont pas mis en question.

Or d’une part la réification en nature d’un environnement assurant la survie des communautés humaines ignore les interactions entre des hommes mortels, Nés dans un état d’inachèvement exceptionnel, doivent disposer, comme l’affirmait déjà le Prométhée mis en scène par Eschyle, d’arts techniques pour l’habillement, le logement, le maintien de la santé, la communication, la lecture des astres pour l’agriculture et la navigation, la lecture des signes divinatoires dans le vol des oiseaux. Ces arts d’ordre technique leur permettent non seulement d’interpréter le monde environnant, mais aussi d’entrer de manière sensible en interaction avec lui : c’est ainsi que de sauvages dépourvus ils deviennent des hommes civilisés.

D’autre part, qui dit économie en régime néolibéral mondialisé dit croissance axée sur le productivisme selon des critères essentiellement financiers, avec les conséquences écologiques que l’on sait. En contraste autant avec l’adaptation qu’avec la prévention préconisées sans engagements concrets à l’issue de la COP 30 ce n’est pas un processus de décroissance généralisée qu’il faut viser. Mais en rupture avec la grande propriété privée des moyens de production, l’exigence s’impose d’une économie écosocialiste qui réponde à des critères de justice sociale et d’équilibre environnemental pour la satisfaction des besoins de base de tout humain, aussi du point de vue culturel.

[1] Cf. https://climate.copernicus.eu/copernicus-2024-first-year-exceed-15degc-above-pre-industrial-level
Voir https://npa45.org/wp-content/uploads/2026/01/ecosocialisme.calame.les-possibles.25.2020.pdf

Claude Calame

Claude Calame, né à Lausanne en 1943, est un helléniste et anthropologue suisse, auteur de travaux sur la mythologie grecque et sur la société de la Grèce antique. Il a des activités militantes dans plusieurs partis et associations de la gauche anticapitaliste.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Claude_Calame

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par les responsables.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Sur le même thème : Planète

Sections

redaction @ pressegauche.org

Québec (Québec) Canada

Presse-toi à gauche ! propose à tous ceux et celles qui aspirent à voir grandir l’influence de la gauche au Québec un espace régulier d’échange et de débat, d’interprétation et de lecture de l’actualité de gauche au Québec...