Édition du 12 novembre 2019

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Québec

La relance du Parti québécois ou l’impasse en perspective

Le recul du Parti québécois PQ aux dernières élections a été majeur. Au lendemain du 1er octobre, il s’est retrouvé avec 9 député-e-s, suite à la démission de Catherine Fournier. Ce recul s’inscrivait dans le cadre d’un long déclin amorcé depuis la défaite au référendum de 1995. Près d’un an après cette défaite historique, le 4 septembre dernier, le Parti québécois dévoilait sa proposition principale, un chétif texte de 3 pages, après prétend-on une longue et profonde consultation. Il s’articule autour de 4 valeurs fondamentales : la liberté, la justice et l’équité, le nationalisme et la protection de l’environnement.

La déclaration promet de donner la priorité à la promotion de l’indépendance qui peut répondre aux besoins concrets de Québécois-e-s. « À présent, conclut-il, le Parti québécois porte ce projet, convaincu qu’un Québec indépendant prendra part avec dignité et audace au progrès de l’humanité. » Un an après une défaite historique, le Parti québécois s’avère incapable de faire le bilan sérieux de cette dernière. Il s’avère incapable de même esquisser les voies d’une nouvelle stratégie indépendantiste. Il continue de se définir comme la coalition indépendantiste malgré le fait que la majorité des indépendantistes se retrouvent maintenant en dehors de ce parti et que cela risque de s’approfondir encore.

Le déclin péquiste a construit un fort scepticisme sur sa capacité de se renouveler

Depuis la défaite de 95, les débats sur le moment et les conditions de la tenue du référendum n’ont pas cessé de diviser le PQ. Mais la thèse de la direction de ce parti, aux mains des couches sociales de cadres de l’appareil d’État ou de professionnel-le-s de la politique, a toujours été le même : il faut repousser la tenue d’un tel référendum. Depuis plus de vingt ans, l’objectif de la direction péquiste a été toujours de se hisser à l’administration du gouvernement provincial. Avec le tournant néolibéral de cette direction, qui s’est illustré par le ralliement au libre-échange, au culte du déficit zéro, aux politiques d’austérité, et fait preuve d’une pusillanimité totale face aux gestes de rupture à poser avec le fédéralisme canadien, les bases populaires de ce parti ont quitté le navire et sa base électorale s’est effondrée. La marginalisation du soutien de l’indépendance provoquée par ses politiques a mené le PQ à se replier sur un nationalisme identitaire contribuant à accentuer la dérive du parti vers la droite et à sa perte d’attractivité.

À chaque fois que les indépendantistes au sein du PQ ont commencé à percevoir qu’ils étaient instrumentés par les couches technocratiques comme force d’appoint pour accéder au pouvoir, elles ont tenté de relancer le débat au sein du parti sur la priorité à donner à l’indépendance. Mais à chaque fois la direction du parti s’appuyant sur des couches de cadres et de professionnels de la politique ont imposé comme conclusion à ces débats, le report de toute lutte conséquente pour l’indépendance au nom de l’objectif de former un bon gouvernement comme seule alternative réaliste. C’est la réalité du rapport de force (socialement et politiquement) en faveur de ces couches de cadres qui explique que toutes les perspectives de renouvellement du Parti québécois comme parti donnant la priorité à l’indépendance ont débouché sur des échecs. Le renouvellement annoncé subira le même sort.

Les indépendantistes ne pourront faire l’économie de débats stratégiques essentiels

Avant de proclamer la convergence des indépendantistes et de nier les transformations du mouvement indépendantiste issu de la crise de la domination péquiste sur ce dernier, il faut mener ces débats jusqu’au bout. La dispersion actuelle du mouvement indépendantiste est le résultat du blocage historique qu’a connu la lutte pour l’indépendance, des défaites qui se sont accumulées face aux offensives de l’État fédéral et de l’incapacité du mouvement indépendantiste et de sa direction péquiste à proposer les stratégies et à construire les mobilisations pour y faire face.

Quelles sont les questions stratégiques qu’il faut discuter ?

On ne peut échapper à la hiérarchisation des questions... La rhétorique de l’indépendance qui n’est ni de gauche ni de droite est dangereuse et fausse. C’est un thème de la droite de refuser de situer une question politique sur cet axe. Après 1995, le soutien au libre-échange qui affaiblissait les pouvoirs du Québec sur son économie, la défiscalisation des revenus des plus riches, la poursuite du déficit zéro qui s’attaquait au service public, le maintien de la privatisation d’un secteur de l’école québécoise, la déréglementation tous azimuts de l’exploitation forestière, le maintien des redevances minières à des niveaux très bas, n’était-ce pas la construction d’un Québec selon les axes néolibéraux ?

Ces politiques menées par des souverainistes qui heurtaient les droits et les intérêts de la majorité populaire ont contribué à affaiblir le soutien à la souveraineté et ont permis aux fédéralistes de reprendre le pouvoir et aux autonomistes à la Legault de former un bloc nationaliste et droitier en rupture avec l’indépendance. Quand aujourd’hui, le PQ maintient son soutien au libre-échange avec l’Europe qui menace notre secteur public, soutient l’hégémonie du privé dans l’économie, et ne s’ouvre au rejet de l’exploitation des énergies fossiles que lorsqu’il est dans l’opposition, à quoi identifie-t-il la souveraineté qu’il prétend défendre ?

La question essentielle est celle de l’identification des fondements du ralliement de la majorité de la nation québécoise au projet d’indépendance du Québec. La faillite du péquisme, c’est la faillite de la croyance qu’un large ralliement à la perspective d’un Québec indépendant puisse se faire en rupture avec la lutte pour un projet de société. Le suivisme du PQ face au gouvernement de la CAQ dans la défense d’une laïcité falsifiée et discriminatoire (loi 21) et d’une politique d’immigration d’exclusion (loi 9) montre qu’il n’a pas compris les bases d’un réel ralliement au projet d’un Québec indépendant et qu’il participera ainsi à la poursuite de son effondrement.

Les voies de la reconstruction du soutien à l’indépendance

La reconstruction du mouvement pour l’indépendance du Québec passera par le développement d’une alliance sociale défendant un programme de démocratie radicale et de transformation sociale. Une telle alliance refusera de séparer le projet de société égalitaire, féministe et écologique du projet de pays que le peuple du Québec aspire à construire. La majorité de la population du Québec est formée de travailleurs et de travailleuses. C’est cette majorité qui a intérêt à l’indépendance du Québec. Cela veut dire que c’est à partir des intérêts sociaux, environnementaux, nationaux et démocratiques de la population qu’il sera possible de dépasser la fragmentation politique actuelle.

Aujourd’hui, la lutte pour l’indépendance ne peut se distinguer du projet de reprendre en main nos richesses naturelles, d’en contrôler démocratiquement l’usage dans une perspective écologiste. Elle ne peut se distinguer de la perspective de refonder notre société dans une logique qui refuse la concentration de la richesse aux mains d’une minorité ; elle ne peut se distinguer de la perspective de fonder une société refusant la domination patriarcale et sexiste. Elle ne peut se distinguer de la lutte pour une société inclusive et antiraciste. La perspective d’indépendance ne peut se distinguer surtout de la nécessité de refonder la démocratie que nous voulons, soit une démocratie économique, sociale et citoyenne expression d’une véritable souveraineté populaire.

Ce que démontre la pauvreté de la récente déclaration de la députation péquiste, c’est que le PQ est devenu une machine incapable de ruptures et de renouvellement et qu’il faut, au plus vite, s’attaquer à construire une réelle alternative indépendantiste.

Bernard Rioux

Militant socialiste depuis le début des années 70, il a été impliqué dans le processus d’unification de la gauche politique. Il a participé à la fondation du Parti de la démocratie socialiste et à celle de l’Union des Forces progressistes. Militant de Québec solidaire, il participe au collectif de Gauche socialiste où il a été longtemps responsable de son site, lagauche.com (maintenant la gauche.ca). Il est un membre fondateur de Presse-toi à gauche.

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