Édition du 16 juin 2020

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Le blogue de Donald Cuccioletta : « La Gauche américaine en 2020 - Stratégies et perspectives »

Le blogue de Donald Cuccioletta

Sanders a donné son appui à Joe Biden. Avait-il un choix ? Les pressions se sont fait sentir. Même Barack Obama s’est mis de la partie. Obama a fait son entrée dans la campagne avec un appel téléphonique à Sanders afin de le convaincre que Joe Biden était un progressiste sur la question d’un plan de santé pour les Américains et les Américaines. Il l’a même rappelé pour le remercier. Le Parti démocrate donne maintenant l’image qu’ils et elles ne sont plus désuni.e.s, mais sont solidement uni,e.s contre Trump. Mais est-ce que les militant.e.s, et les partisan.e.s de Sanders sont disposé.e.s à endosser Joe Biden ? Ceci n’est pas une certitude aujourd’hui. Biden et le Parti démocrate avaient effectivement besoin de l’appui de Sanders , mais surtout l’appui des militant.e.s, et des partisan.e.s de Sanders. Sans ceux et celles-ci, les chances de gagner contre Trump diminuent pour Biden.

Présentement, les partisan.e.s et les militant.e.s et militantes n’ont pas démontré une tendance forte en faveur d’un appui à Joe Biden. Les militant.e.s socialistes sont catégoriques : aucun appui à Biden. Cette position s’appuie une stratégie très claire. Même si Sanders n’est plus un candidat à la Présidence, il y a néanmoins entre quarante à cinquante candidat.e.s dont certain.e.s, son membre du DSA (Democratic Socialists of America) tandis que d’autre sont des syndicalistes progressistes, qui se présentent aux divers postes à différents niveaux dans le système politique américain.

Les postes de conseiller municipal ou de conseillère municipale, de représentant.e pour les assemblées législatives, les Sénats dans les États, de procureur ou d’aide-procureur dans les États, et les conseils de comté, sont ceux que privilégient les militant.e.s socialistes et progressistes. Il faut comprend que la politique est avant tout locale aux États-Unis. Les villes, grandes ou petites, les conseils de comté et les structures de gouvernance dans les États, ainsi que les postes qui touchent les questions de droits sont les plus proches de l’électorat américain. Ils constituent la base (grassroots) du système politique américain en touchant les préoccupations quotidiennes de la population.

Washington est l’image du système, mais le travail quotidien est mené dans les États et les villes. Si nous ne prenons pas cela en compte, nous ne comprenons rien au système politique américain. C’est la raison pour laquelle la stratégie fondamentale pour créer éventuellement un mouvement et même un parti socialiste se trouve au niveau des États, et c’est aussi pourquoi les forces socialistes et progressistes visent ces postes dans les villes, les comtés et dans les États.

Depuis un an, le conseil municipal de Chicago est contrôlé par une coalition de socialistes et de progressistes, soit trente-cinq conseillers et des conseillères sur un total de cinquante sièges. La majorité des conseillers et conseillères se disent progressistes dans la ville de New York, et à Seattle, à San Francisco, à Burlington, etc. S’il y a 150 villes sanctuaires aux Etats-Unis, c’est parce que les socialistes et progressistes ont lutté ensemble à la base dans ces villes. La lutte est aussi présente dans les États, comme le montre le cas de Julie Salazar, sénatrice dans l’État de New York qui a crée une collation de progressistes incluant la Présidente du sénat, la première femme noire à occuper se poste dans l’État de New York .

Les critiques venant du Parti démocrate vont accuser les socialistes d’avoir donné un deuxième mandat à Trump, mais c’est plutôt la majorité des capitalistes qui l’a mis au pouvoir et qui le soutiennent encore aujourd’hui pour un deuxième mandat. Les critiques au sein de la gauche en général seront les plus importantes, car elles soulèveront les vraies questions qui détermineront l’avenir de la gauche socialiste aux États-Unis.

Regardons déjà deux positions qui circulent présentement. La première vient surtout de certains organisateurs et certaines organisatrices de la campagne de Sanders. Ce dernier aurait manqué l’occasion de reprendre sa campagne en main, surtout après sa défaite aux premières du « super mardi », en dirigeant ces attaques vers Biden. Sanders aurait dû, selon eux et elles, critiquer directement Biden sur des questions telle que l’assurance maladie, le rôle de son fils en Ukraine, les doubles discours de Biden sur le Medicare et sa fausse déclaration selon laquelle il est le champion des cols bleu. En somme, certains organisateurs et certaines organisatrices ont accusé Sanders d’êtres trop ambivalents, comme Elizabeth Warren qui a fait une campagne misérable. Ces critiques sont valables dans le contexte d’un bilan d’une campagne électorale, est elles ne mettent pas en cause l’avenir de la gauche socialiste aux États-Unis.

L’autre critique, qui vient de l’extérieur de la campagne électorale, est plus dommageable pour la gauche socialiste américaine. La semaine passée, l’hebdomadaire The Nation, avec un penchant progressiste et social libéral, et qui est ouvertement favorable à Joe Biden, a publié une lettre ouverte rédigée par des ancien.ne.ss dirigeant.e.s et membres du SDS (Students for a Democratic Society). La SDS fondée en 1960 avec le début des révoltes sur les campus, qui était alimentées par une nouvelle génération d’étudiants et étudiantes qui voyait les années soixante comme une nouvelle ère pour la société américaine.

La SDS se définissait comme la nouvelle gauche (New Left), ce qui voulait dire un rejet du dogmatisme, d’une gauche (particulièrement les communistes staliniens) sclérosée, vieillie, qui ne cadrait plus avec l’éveil de cette nouvelle génération américaine. Une organisation très présente dans la lutte pour les droits civiques et l’ouverture du système d’éducation universitaire, la SDS c’est dessous en 1969 quand une faction qui c’était séparée du SDS a sombré dans le terrorisme avec les « Weathermen ».

Dans la lettre ouverte intitulée « La veille nouvelle gauche parle à la nouvelle « nouvelle gauche », les ancien.ne.s membres du SDS font un plaidoyer adressé aux militants et militantes de Sanders, aux membres du DSA (Democratic Sociaiistes of America) et toutes les autres partisan.e.s de la gauche de voter massivement pour Joe Biden. Leur raisonnement est qu’Il faut que l’ensemble de la gauche et les progressistes aux États-Unis votent pour Biden, parce qu’il est le moindre mal, face à Trump. Ce dernier ouvre effectivement, selon eux et elles, la voie vers le néofascisme avec sa conception autoritaire de gouvernance. (Voir mon article « La société américaine hantée par le fascisme culturel, religieux et ‘doux’ » dans La Droite, NCS numéro # 23 : Hiver 2020). La réponse de ceux et celles à qui s’adresse la lettre ouverte, pour l’instant, se fait attendre.

Il y aura surement, d’ici quelques semaines, des partisan.e.s et aussi certains militant.e.s de Sanders qui iront voter pour Biden, mais ce qui est encore plus certain, c’est que cette lettre ouverte a déjà commencé a structurer le débat au sein de la gauche américaine. Dans les faits, cette discussion est aussi un résultat des lacunes du système électoral américain où deux partis contrôlent le processus électoral et empêchent d’autres partis de jouer un rôle effectif, dans un pays qui se dit pourtant démocratique.

L’autre question qui alimente aussi tout le débat, qui a déjà commencé, est celle autour du Front uni : ne sommes-nous pas dans une situation où nous devons promouvoir un Front uni contre Trump ? Plusieurs questions, plusieurs réflexions et débats sont à l’horizon pour la gauche américaine, et cela est sein pour le mouvement socialiste

Oui, la lutte continue : Lotta Continua

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