Édition du 24 novembre 2020

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Le blogue de Donald Cuccioletta : « La Gauche américaine en 2020 - Stratégies et perspectives »

« Le défi d’expliquer le socialisme »

Quand nous écoutons et nous lisons les discours de nos camarades aux États-Unis, les mots comme le socialisme, le socialisme démocratique et la phrase affirmative que « Je suis un socialiste », reviennent souvent. Mais nous savons aussi que, si nous demandons à nos camarades états-uniens comment ils et elles définissent le mot socialisme, particulièrement dans les conditions du 21e siècle, nous pouvons nous attendre à plusieurs définitions. Tout dépend du camarade que nous rencontrons. Redéfinir le mot « socialisme » dans le nouveau contexte qu’est le 21e siècle, avec tous les changements profonds dans le milieu du travail, le monde des communications et l’essor d’internet, demande effectivement une réflexion profonde pour bien saisir les défis qui se présentent à nous et à nos camarades états-uniens et états-uniennes.

Si nous rejetons les différentes fausses solutions présentées à nous par la classe capitaliste, comme la troisième voie, la sociale démocratie, l’idée du progressisme (qui ne veut plus rien dire aujourd’hui), la sociale technocratie et l’éco capitalisme, la réponse qui nous guette souvent est « il n’y a pas d’alternative ». Certes, si nous continuons à trébucher sur les soi-disant solutions présentées par la classe capitaliste, nous ferons du surplace pendant que le capitalisme se restructure pour mieux nous exploiter.

Redéfinir le socialisme en prenant compte les nouvelles conditions du 21e siècle demeure un défi nécessaire pour rendre le socialisme compréhensible et pragmatique pour les travailleurs et travailleuses qui luttent au sein de la société civile. Il ne s’agit pas ici de revenir unilatéralement à la pensée socialiste du passé sans critique sévère, mais il ne faut pas non plus rejeter les luttes précédentes ni disqualifier les expériences théoriques. Surtout, nous devons maintenir un esprit ouvert sur les changements culturels qui nous projettent vers l’avenir.

Il est intéressant de constater comment nos camarades états-uniens et états-uniennes ont saisi ce défi. Ce n’est pas un hasard si l’organisation de gauche le plus en vue porte le nom de Democratic Socialists of ’America. Le mot ‘socialistes’ y est présent, tout en étant encadrée et redéfini par le mot ‘démocratique’. Ceci ne constitue pas une sociale démocratie, mais démontre plutôt que le socialisme peut aussi prendre des formes démocratiques distinctes de la démocratie libérale qui est seulement un subterfuge pour maintenir le capitalisme en santé. En somme, socialisme et démocratie ne sont pas contradictoires, et ceci envoie un signal aux travailleurs et travailleuses que les véritables socialistes proposent un nouveau modèle de démocratie.

Plusieurs écrits théoriques dans la Monthly Review et dans Catalyst s’attaquent à la question du marché. Ces écrits n’écartent pas l’idée du marché, mais soutiennent plutôt que les paramètres d’un marché socialiste sont différents, avec un certain rôle joué par l’État (nous verrons plus tard que la définition de l’État est aussi en transformation) à l’intérieur d’un marché public, tout en incluant l’existence d’un marché contrôlé par de petits commerces issus des mouvements coopératifs et du libre marché. En somme, quand nos camarades discutent de la question du marché, il faut voir que même avec le socialisme, le capitalisme ne disparaître pas immédiatement.

Dans le livre de Bhaskar Sunkara1, éditeur de la revue Jacobin, décrit un marché sous le socialisme avec une approche pragmatique, tout en s’adressant à la classe ouvrière. Dans la même lignée Eric Olin Wright2 dans son livre Utopies réelles, sur l’économie sociale – avec nombreuses références au Québec – comme une nouvelle piste pour structurer une économie publique, sous contrôle des travailleurs et travailleuses dans les quartiers (petite référence au municipalisme).

L’autre grand obstacle, quand nous adressons la nécessité de redéfinir le socialisme pour le 21e siècle, est la question du rôle de l’État. L’expérience du passé nous a démontré que l’imposition d’un rôle trop important à l’État a encouragé le développement de régimes totalitaires et autoritaires, où toute démocratie était étouffée. Nous vivons sous l’État capitaliste, qui nous impose des formes de contrôle subtiles, tout en nous donnant l’impression que nous sommes libres et en prétendent que notre démocratie est la meilleure. Notre démocratie est la meilleure par ce que nous n’en connaissons pas d’autres. Ainsi, toute la discussion avec nos camarades sur le rôle d’un État socialiste est au coeur du développement d’une nouvelle démocratie qui soit meilleure que celle que nous proposent les capitalistes.

Quel État devons nous crée pour maintenir un plein contrôle de celui-ci par les citoyens et citoyennes ? L’expérience du passé nous permet d’identifier l’État que nous ne voulons pas. L’État développé dans les expériences du passé état conçu comme celui du système capitaliste soit en position de pouvoir vertical, du haute vers le bas. Nous prenons ici en compte les discussions qui se développent présentement autour de la démocratie horizontale. Ces discussions tendent vers un État minimal, décentralisé vers les quartiers, les villages, les comtés, et les agglomérations les plus proches du peuple.

En postulant que le socialisme démocratique se veut une démocratie nouvelle. L’État doit devenir in instrument tout à fait nouveau, décentralisé et proche du peuple, dans une nouvelle société horizontale. Nos camarades états-uniens et états-uniennes avancent dans leurs recherches théoriques plusieurs modèles étatiques avec une approche pragmatique.

Henry David Thoreau écrivait que le « meilleur gouvernement est celui qui gouverne le moins ». En somme, Thoreau n’était pas contre l’existence d’un État, mais il préconisait une nouvelle façon de concevoir le gouvernement et par conséquent l’état. Nous sommes dans la même dynamique.

Gramsci évoquait toujours la question de la prise de position, qui définissait les forces socialistes à l’opposé des capitalistes. Nous pouvons nous inspirer de nos camarades états-uniens et états-uniennes, qui luttent dans le quotidien avec une approche pragmatique, tout en connaissant l’importance de lutter aussi sur le plan théorique. Nous devons aussi construire, comme le disait Gramsci, notre définition du socialisme et préciser nos positions socialistes et éco socialistes pour clairement indiquer notre opposition et démontrer notre volonté de détruire le système capitalisme et impérialisme.

Notes

1- Voir : Bhaskar Sunkara, The Socialist Manifesto : The Case for Radical Politics in an Era of Extreme Inequality, New York, Basic Books, 2019.

2- Voir : Eric Olin Wright, Utopies réelles, Édition La Découverte

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