Édition du 29 novembre 2022

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Québec

« Le pouvoir des travailleurs et des travailleuses sur leurs conditions de travail dépasse de loin le seul enjeu de la santé-sécurité »

Je milite au Centre de travailleurs et des travailleuses immigrante.s. Je vais parler du côté prévention de la réforme.

La participation à la prévention pose des problèmes particuliers aux travailleurs et travailleuses qui sont des immigrants récents. Ce sont les travailleurs que notre centre cherche à défendre et à organiser.

Ces travailleurs sont très rarement syndiqués. Et les non-syndiqués au Québec– c’est 60% de la main-d’œuvre.

La nouvelle loi a été condamnée unanimement par le mouvement syndical. Après 40 ans de paralysie, cette loi étend finalement les droits en prévention à tous les secteurs de l’économie. Mais en le faisant, elle réduit les pouvoirs, déjà très limités, que l’ancien régime accordait aux travailleurs.

Et à juger par les règlements temporaires, le temps de libération des représentants en santé-sécurité sera également très réduit par rapport à ce qui existait avant dans les quelques secteurs où la loi avait été appliquée.

Cela est assurée par le caractère paritaire du conseil d’administration de la CNESST, qui donne au patronat un droit de véto sur les décisions.

Mais pour les travailleurs non-syndiqués, qui ne sont pas représentés au conseil d’administration de la CNÉEST, la situation risque d’être encore pire. Qui, dans une entreprise non-syndiquée, comme un entrepôt d’Amazon ou de Dollarama, courra le risque de demander une salle de réunion et du temps libre rémunéré pour une assemblée d’élection de représentants en prévention ? Et face au refus inévitable, qui risquera s’en plaindre à la CNÉEST ? Vous connaissez les réponses.

Le CTI a posé ces questions à la présidente de la CNÉEST. Elle nous a assuré – et je la cite – que « la CNESST encourage les employeurs à faciliter la mise en place des mécanismes de participation des travailleurs… et nous comptons sur leur habituelle collaboration… ». On connaît trop bien la valeur de cette « habituelle collaboration. »

Sur le site de la CNÉEST on peut lire que ndepuis le 6 avril, tous les établissements qui n’ont pas de mécanismes de prévention et de participation doivent mettre en place le régime intérimaire. Mais quand le CTI a demandé quel pourcentage d’entreprises de 20 travailleurs ou plus ont des mécanismes de participation, la CNÉEST n’a pu répondre.

C’est ainsi que la réforme s’applique. Il n’y a pas de suivi pour assurer l’implantation des mécanismes, déjà très réduits, de participation. Cela veut dire que dans les entreprises non-syndiquées, il n’y aura pas de participation.

Toute l’expérience du mouvement ouvrier, et beaucoup de recherche scientifique, montrent que le pouvoir des travailleurs sur leurs conditions de travail – et c’est est le sens d’une vraie participation – joue un rôle primordial pour assurer leur santé et leur sécurité.

Pour cette raison le CTI, de concert avec l’UTTAM, le RATTMAC et le CIAFT, trois autres organisations qui défendent les non-syndiqués, est en train d’élaborer un projet de formation en santé-sécurité pour les non-syndiqués. On va essayer d’obtenir pour cela du financement du gouvernement.

J’espère que ce projet aura le soutien actif du mouvement syndical.

La cause de la santé-sécurité au travail ne doit surtout pas rester entre les seules mains du conseil d’administration de la CNESST, dont le caractère paritaire garantit la paralysie que nous avons vécue pendant quarante ans.

En terminant, je veux dire ceci - le pouvoir des travailleurs et des travailleuses sur leurs conditions de travail dépasse de loin le seul enjeu de la santé-sécurité.

Il faut refuser d’être des esclaves salariés.

C’est une question fondamentale de dignité humaine. Et la dignité, comme on sait, est à la base de toutes les luttes populaires importantes.

David Mandel

Professeur retraité à l’Université du Québec à Montréal

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