Édition du 22 octobre 2019

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Québec solidaire

Les arguments fallacieux de Christian Dufour contre le scrutin proportionnel

Polémiste invétéré, l’ex-avocat et politologue Christian Dufour est parti en guerre depuis près de 20 ans contre l’instauration d’un scrutin proportionnel au Québec pour remplacer le scrutin majoritaire uninominal à un tour que l’Angleterre a légué à sa colonie canadienne en 1791.

Profitant de toutes les tribunes qui s’offrent à lui, il répète ad nauseam un argumentaire truffé d’affirmations fallacieuses qui, de surcroît, ne collent pas à la conjoncture politique actuelle.

Il revient de nouveau à la charge dans un livre qui vient de paraitre sous le titre Le pouvoir québécois menacé : non à la proportionnelle. L’auteur y soutient que le scrutin majoritaire uninominal à un tour favorise la majorité francophone et confirme le contrôle de cette dernière sur la vie politique québécoise. Disant faire preuve de réalisme stratégique, il estime que ce mode de scrutin a bien servi cette majorité et qu’on doit le conserver « parce qu’il appartient au peuple québécois ». Quelle affirmation fallacieuse ! L’histoire politique prouve plutôt que ce sont les choix faits par des gouvernements élus sous l’empire d’un mode de scrutin hérité du colonialisme britannique qui ont nui au Québec

Aux yeux de M. Dufour, la proportionnelle est « une tentation chimérique » qui pourrait nous coûter très cher parce qu’elle fragmenterait notre société la rendant ainsi politiquement impuissante. Ne craignant pas de se ridiculiser, il conjure aussi le premier ministre Legault de ne pas infliger à la majorité francophone une deuxième « réforme constitutionnelle » diminuant son poids politique à l’instar de la Constitution imposée par Pierre Elliott Trudeau en 1982.

Dufour tient ce raisonnement parce qu’à trois reprises (1944, 1966 et 1998) les partis nationalistes (Union nationale et Parti québécois) ont formé le gouvernement même s’ils ont obtenu moins de votes que le Parti libéral. Ce renversement de la volonté populaire, aux dépens des libéraux, est survenu parce que ces derniers ont gaspillé des votes dans l’Ouest de l’ile de Montréal où leurs candidats ont été élus avec d’immenses majorités. Mais ce phénomène était dû à la domination de deux partis. La mécanique du mode de scrutin majoritaire ne le permet plus maintenant car le vote nationaliste francophone ne se concentre plus dans un seul parti mais se partage entre trois formations (CAQ, PQ et Québec solidaire).

Seul René Lévesque échappe aux sarcasmes de l’auteur

Dans une autre de ses digressions, M. Dufour qualifie le projet de remplacer notre vieux mode de scrutin par un système introduisant une dimension proportionnelle de « folie de première grandeur ». Il accuse l’ancien ministre péquiste Jean-Pierre Charbonneau, qui a tenté de réformer le mode de scrutin lorsqu’il était ministre de la Réforme des institutions démocratiques, d’être le principal responsable d’une « dérive idéologique » qui affaiblirait le pouvoir politique canadien-français. M. Charbonneau est présentement président du Mouvement pour une démocratie nouvelle (MDN) qui mène la bataille en faveur de la proportionnelle. Mais le polémiste n ’ose pas adresser ses sarcasmes à la personnalité iconique de René Lévesque, le premier héraut de cette réforme qu’il a fait inscrire dans le programme du Parti québécois dès 1969.

Changeant de registre, l’auteur du livre contredit par ailleurs la ministre Sonia Lebel, responsable de la Réforme des institutions démocratiques dans le gouvernement Legault, en affirmant tout de go qu’il n’existe pas de consensus au Québec. Pourtant, l ’Assemblée nationale a, le 4 avril dernier, adopté à l’unanimité -l’opposition libérale y compris- une motion réaffirmant les principes de l’entente mutipartiste signée en mai 2018 par l’ADQ, le Parti québécois, Québec solidaire et le Parti vert en faveur de l’instauration, d’ici les prochaines élections, d’un scrutin proportionnel mixte avec compensation qui doit faire l’objet d’un projet de loi au cours des prochaines semaines. Malgré cette unanimité, il prétend de façon irrationnelle, manifestement pour attiser les réticences de certains députés ministériels, que la CAQ deviendra le « dindon de la farce de l’affaire » si le premier ministre Legault respecte l’engagement qu’il a signé conjointement avec les chefs des autres partis.

Curieusement, M. Dufour accorde très peu d’importance au concept de représentation qui est pourtant à la base de notre système démocratique. Il évite aussi soigneusement de mentionner que la proportionnelle produit des gouvernements, composés de deux ou plusieurs partis, détenant la majorité au Parlement et représentant une majorité de la population. Il oublie également que ces coalitions gouvernementales sont, la grande majorité du temps, stables et efficaces tout en étant représentatives. Que survienne bientôt la fin de cette ère antidémocratique, perpétuée par le mode de scrutin actuel, où les premiers ministres sont véritables ‘monarques élus’.

Paul Cliche, auteur du livre Pour réduire le déficit démocratique : le scrutin proportionnel

Paul Cliche

Auteur du livre Pour réduire le déficit démocratique : le SCRUTIN PROPORTIONNEL et membre fondateur du Mouvement pour une démocratie nouvelle.

Il a été responsable du dossier de la réforme des institutions démocratiques à l’Union des forces progressistes (UFP).

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