Édition du 22 juin 2021

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Québec

NON, ni l'INSPQ ni le gouvernement ne méritent la note de passage !

Après une année de crise COVID, le Syndicat des employé-es du CUSM tient à souligner les manquements du gouvernement et de l’INSPQ dans la gestion de la pandémie citant en un exemple parmi tant d’autres pour démontrer qu’ils ne mettent pas en place les bonnes mesures de santé sécurité au travail au sein même de nos établissements de santé. Le plus grave, c’est que le gouvernement ne fait rien pour que ça change et que l’INSPQ prend ces décision qui sont plus marquées par la peur d’une pénurie d’équipements de protection que par la science elle-même.

Un an de lutte contre la COVID

Voici un fait vécu qui démontre une partie de ce qui ne marche pas avec la gestion de la pandémie depuis le début il y a presque un an.

Le 27 décembre 2020, faute d’indication claire, une PAB se retrouve à travailler dans deux chambres où il y a des patients positifs à la COVID et ce, sans avoir de masque N-95. Lorsque la PAB réalise la situation, elle avise l’infirmière et on lui dit de se faire tester et de rester à la maison 14 jours.

Dès le lendemain son chef de service l’appelle et d’un ton menaçant tente de la forcer à rentrer au travail le jour même.

Le syndicat a demandé l’Intervention de la CNESST qui a rendu un rapport d’inspection très complaisant envers l’employeur, malgré que celui-ci avait tenté de forcer la PAB à revenir immédiatement au travail et malgré le fait que le CUSM ne fournit pas toujours des masques N-95 aux employés qui travaillent avec des patients COVID.

Ensuite le syndicat a contesté auprès de la Révision Administrative de la CNESST qui, vient de refuser notre contestation du rapport d’inspection. Notre contestation visait à forcer la CNESST à émettre des dérogations pour forcer le port du masque pour toute personne appelée à travailler dans une zone rouge ou jaune d’un établissement de santé.

Nous en appelons actuellement de cette décision inacceptable de la Révision Administrative.

Ce qui est le plus révélateur dans cette affaire ce sont les motifs par lesquels la Révision Administrative de la CNESST justifie son refus d’agir.

Voici l’argument de la CNESST : en date du 27 décembre 2020, les directives qui étaient en vigueur étaient celles de l’INSPQ datées du 26 novembre 2020. Ces directives n’obligeaient pas le port du masque N-95 en présence d’un patient COVID qui est branché à un appareil d’assistance respiratoire (OPTIFLOW), donc, aucune faute n’aurait été commise le 27 décembre.

Par contre, le 4 janvier l’INSPQ change ses directives et à partir de cette date, les travailleuses qui doivent entrer dans les chambres des patients assistés par un système OPTIFLOW se doivent de porter un masque N-95.

Notre pauvre PAB… elle est entrée dans la chambre du patient le 27 décembre sans N-95, soit 7 jours avant les nouvelles directives de l’INSPQ….

La nouvelle version des règles de l’INSPQ datées du le 4 janvier 2021, s’appelle la version 3.2. Donc, on voit que ça fait au moins 3 fois que l’INSPQ change les règles de protection contre la COVID à l’intérieur des établissements de santé en moins de 10 mois.

Le problème est-il réglé ? Non, la version du 4 janvier 2021 contient encore des restrictions à l’utilisation du masque N-95 dans l’Institution. Le N-95 n’est toujours pas autorisé dans tous les cas où des employé-es doivent à travailler dans une zone jaune ou rouge de l’institution.

S’il fallait que la COVID nous impose une troisième vague, cette version limitative de l’INSPQ du 4 janvier devra à son tour être reléguée aux oubliettes.

L’INSPQ tente de justifier ses multiples changements aux règles de prévention en prétendant que leurs directives changent au fur et à mesure que la science avance dans sa compréhension du virus SARS-COV-2. 
 
C’est faux.

Depuis près d’un an, les études scientifiques les plus prestigieuses exposent que la COVID se transmet fort probablement par mode aérosol autrement dit, dans l’air que l’on respire dans les milieux fermés tels que les établissements de santé.
En effet, dès le 16 Mars 2020 le prestigieux Center for Infectious Disease Research and Policy[1] se prononce :

« Le principe de précaution suggère d’aborder cet organisme comme n’importe quelle nouvelle maladie respiratoire hautement transmissible – par contact, par gouttelettes et par l’air, mais avec une mise en garde importante : la transmission à courte distance par aérosol est également une forte possibilité. »  

Ensuite plusieurs études se multiplient et toutes, nous mettent en garde sur la transmission plus que probable du virus dans l’air en mode aérosol : 

• le Center for Disease Control[2] le 9 avril 2020, 
• la revue Oxford Academic[3] le 16 avril 2020, 
• la revue The Lancet[4] le 1er juin 2020, 
• le National Academy of Science[5] le 2 juin 2020 
• une lettre ouverte adressée le 9 juillet 2020 à l’Organisation Mondiale de la

Santé signée par 239 spécialistes[6]à travers le monde 

Alors ça rime à quoi exactement ces nombreuses versions de l’INSPQ qui ressemblent de plus en plus à un refus d’admettre les faits scientifiques et un refus de prendre des mesures adéquates pour éviter toute contamination au sein même de nos institutions de santé.

Au seul CUSM, en date du 8 mars 2021, nous avons un total de 936 patient-es et employé-es infectés par la COVID depuis le début de la pandémie soit 277 durant la première vague, et 659 depuis le 1er septembre 2020. La deuxième vague a frappé plus fort que la première et une proportion inquiétante des employé-es et des patient-es a été contaminée à l’intérieur même de nos installations.

Aujourd’hui encore malgré la version 3.2 des mesures de prévention de l’INSPQ nous n’avons toujours pas une politique de prévention digne de ce nom. Nous risquons de continuer à souffrir de contaminations au travail que ce soit par d’autres employé-es ou par les patient-es.

Qu’est-ce qui bloque l’imposition généralisée des masques N-95 dans nos institutions de santé si la science reconnaît la transmission par aérosol ? C’est la fragilité des stocks de réserve de masques N-95 et des autres équipements de protection qui semble guider l’INSPQ. 

C’est dans la fragilité de l’approvisionnement qu’on peut retracer la source des multiples versions limitatives des directives de l’INSPQ. Il ne s’agit pas de science autant que de gestion de la pénurie possible en pleine pandémie.

L’INSPQ craint des pénuries puisque tout est fabriqué en Chine ou à l’extérieur du Canada. Le Québec ne peut rien planifier car on ne sait pas qui voudra nous vendre des équipements ni à quel prix ? Même chose pour les vaccins. On est à la merci de décisions des multinationales qui n’ont aucun compte à nous rendre.
Le gouvernement joue avec la santé de nos anges gardiens avec les demi-mesures sur la santé sécurité au travail. Il faut que ça cesse. L’INSPQ doit mettre de l’avant des mesures basées sur une approche de précaution et ça, ça commence par des masques N-95 pour toute personne travaillant dans une zone jaune ou rouge d’un établissement.

Il n’y a aucune excuse qui peut justifier que le Québec soit encore à la merci des producteurs privés et des prix scandaleux qui peuvent être exigés en temps de crise. Le Québec doit mettre en place son propre programme de fabrication d’équipements et de vaccins et ce, à l’intérieur du secteur public.

Notes

[1] https://www.cidrap.umn.edu/news-perspective/2020/03/commentary-covid-19-transmission-messages-should-hinge-science
[2] https://www.cdc.gov/niosh/npptl/topics/respirators/factsheets/respsars.html
[3] https://academic.oup.com/jid/advance-article/doi/10.1093/infdis/jiaa189/5820886
[4] https://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(20)31142-9/fulltext
[5] https://www.pnas.org/content/118/9?current-issue=y
[6] https://www.who.int/news-room/commentaries/detail/transmission-of-sars-cov-2-implications-for-infection-prevention-precautions

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