Édition du 26 mai 2020

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Québec

Nouveau rapport scientifique : nos forêts nordiques sont trop fragiles pour être exploitées

Mesdames, messieurs, attachez vos tuques, on monte dans le Nord…aux frontières des coupes forestières extrêmes, au-delà du 51ème parallèle.

L’auteur est de Greenpeace Canada.

Dans un rapport (http://www.mffp.gouv.qc.ca/publications/forets/connaissances/rapport-limite-nordique-forets.pdf) attendu depuis plusieurs années et finalement rendu public en douce (http://www.mffp.gouv.qc.ca/forets/connaissances/connaissances-limite-nordique-forets.jsp) la semaine dernière, un comité scientifique mandaté en 2005 par le gouvernement québécois démontre, cartes à l’appui, à quel point les dernières étendues de forêt boréale épargnées par les coupes forestières sont rares et fragiles. Alors que l’industrie cogne déjà aux portes des régions sub-arctiques, le « Comité scientifique chargé d’examiner la limite nordique des forêts attribuables » montre que plusieurs zones devraient être retirées de l’emprise de l’industrie, car la forêt et la biodiversité qu’elle renferme sont trop sensibles à l’exploitation. Pour Greenpeace, ce rapport scientifique est un plaidoyer pour un changement en profondeur de notre approche en forêt boréale.

Il y a toujours bien une limite…

En 2002 le gouvernement du Québec a mis en place (http://www.mffp.gouv.qc.ca/forets/amenagement/amenagement-limite-nordique.jsp) une limite au nord de notre forêt publique « productive » (assez dense pour être exploitable de façon rentable par l’industrie), attribuant du même coup pratiquement tout ce qui y est au sud à des fins d’exploitation industrielle. Cette limite nordique, fixée par le politique mais née d’un premier rapport scientifique (ftp://ftp.mrnf.gouv.qc.ca/public/bibliointer/mono/2012/02/0826096.pdf) sur la question, était déjà considérée par plusieurs comme étant beaucoup trop au Nord, là où la régénération naturelle est beaucoup trop lente et où les espèces comme le caribou forestier sont trop fragiles pour tolérer la présence de l’industrie. De l’autre côté, plusieurs joueurs industriels dont le géant Résolu arguaient que des peuplements forestiers au nord de la limite étaient assez productifs pour être exploités, ou du moins pour être inclus dans les calculs de possibilité forestière.

Face à la montée rapide des coupes vers le nord dans les années 2000, la réponse du ministère des Ressources naturelles de l’époque fut de mandater en 2005 un nouveau comité scientifique pour déterminer s’il serait souhaitable de déplacer la limite nordique. Neuf ans plus tard, après avoir tabletté pendant plus de deux ans le rapport final des scientifiques dont les calculs sont basés sur des données de 2009, les analyses montrent que l’industrie forestière n’a plus beaucoup de marge de manœuvre en forêt boréale et qu’elle est probablement aussi fragile que les forêts qu’elle prévoit raser.

Vider la forêt jusqu’au dernier cure-dent

Tirée du rapport scientifique, la carte ci-dessous montre la proportion du territoire boréal qui est couvert d’une forêt dense d’un minimum de 7 mètres de haut. À l’exception de la Côte-Nord et quelques zones en régénération au Saguenay, pratiquement toute la zone à l’étude démontre de très faibles proportions de forêts denses et hautes (en rouge, orange ou jaune sur la carte). Cette faible densité de forêt, sur laquelle l’industrie base actuellement ses espoirs, résulte d’un écosystème déjà essoufflé par des décennies de coupes ou, plus au nord, par un climat difficile et l’omniprésence des feux de forêt qui limitent la croissance et la régénération.

Déjà les arbres coupés en forêt boréale sont 30% plus petits (http://www.commission-foret.qc.ca/rapportfinal/chapitre_2.pdf) que ce qu’ils étaient dans les années 80-90. Plus les arbres sont petits et les forêts peu denses, plus d’importantes dépenses sont nécessaires pour exploiter les volumes garantis aux compagnies. Selon nous, l’idée d’aller chercher les arbres encore plus au nord montre à quel point l’industrie est désespérée.

Une situation déjà critique pour la biodiversité

La carte ci-dessous montre la disponibilité des habitats adéquats pour la biodiversité de notre forêt boréale avant et après que l’industrie ait fait sa marque sur le territoire. Tout ce qui n’est pas en vert sur cette carte est une zone qui est problématique pour le symbole fort de notre forêt : le caribou forestier (les zones en noir ne sont pas exploitables pour l’industrie). Si l’industrie n’a plus beaucoup de marge de manœuvre, car elle a coupé intensément notre forêt publique, il est clair que la biodiversité, elle aussi, est sur la corde raide.

Les zones trop fragiles doivent être retirées des mains de l’industrie

Ce rapport scientifique donne un signal clair : il faut retirer des mains de l’industrie d’importants territoires nordiques et en assurer la protection avant qu’il ne soit trop tard. Effectivement, la carte principale de ce rapport montre les zones trop sensibles à l’exploitation, et plusieurs secteurs déjà attribués à l’industrie sont identifiés comme impropres à un aménagement durable de notre forêt. Malheureusement, des compagnies sont actuellement très actives dans certaines zones jaune et rouge du Lac St-Jean et du Nord-du-Québec, ce qui laisse présager une empreinte fort dommageable sur nos forêts publiques et les espèces qu’elles abritent.

Les deux sites prioritaires à la conservation identifiés par Greenpeace (http://www.greenpeace.org/canada/fr/actualites/refuge-boreal/), soit les Montagnes Blanches au nord du Lac St-Jean et la Vallée de la Broadback dans le Nord-du-Québec, ressortent majoritairement comme des zones très sensibles à la coupe. À l’inverse, la carte montre des secteurs sur la Basse-Côte-Nord, à des centaines de kilomètres d’une route ou d’une usine, qui pourraient fournir du bois aux compagnies pendant quelque temps. Rien n’est dit dans ce rapport sur la rentabilité d’une telle entreprise, mais il est clair que d’un point de vue environnemental, ces forêts vierges et isolées ont une bien plus grande valeur que de simples morceaux de bois ou rouleaux de papier.

Pour en savoir plus :
Reportage de Découverte sur la limite nordique : http://ici.radio-canada.ca/emissions/decouverte/2012-2013/Reportage.asp?idDoc=268586&autoPlay=http://www.radio-canada.ca/Medianet/2013/CBFT/2013-01-20_18_30_00_dec_3049_04_500.asx

Nicolas Mainville

Greenpeace Canada

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