Édition du 26 mai 2020

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Primaires démocrates américaines

Je ne crois pas que ce soit alarmiste que de dire que la poursuite du pouvoir des Républicains.es de D. Trump, donc d’un pouvoir renforcé, ne fera que mener à encore plus de répression raciale, de restrictions des modes et moyens de vie aux États-Unis d’affaiblissement de ses institutions démocratiques et encore plus d’interférence dans le déroulement des politiques internationales. Même si le retrait des troupes américaines des pays étrangers est à l’ordre du jour.

D’accord ! D’accord ! Je me lance
Je vais vous entretenir des primaires démocrates américaines.

Comme toujours aux États-Unis une bonne part de spectacle entoure les élections et ça commence durant les primaires et caucus. Mais, il faut dire que cette année, les enjeux pour les démocrates et les progressistes sont graves et ma foi, embêtants. D’abord et avant tout : faut-il élire quelqu’un.e à cause de son programme ou parce qu’on croit profondément que c’est le mieux placé pour battre D. Trump. Dans les rangs du Parti cela devient fondamental sinon LA question.

Si la population américaine est divisée entre la droite et la gauche, le Parti démocrate l’est tout autant. La gauche y est de plus en plus présente et active mais il est difficile pour quelqu’un comme moi qui n’y a pas ses entrées de savoir jusqu’où va son pouvoir. Est-ce qu’elle fait le poids devant les élites qui le gouvernent depuis des lustres et qui ne veulent surtout pas qu’elle prenne de l’ascendant. Et quand vient le moment de « vraiment » choisir le candidat, jusqu’à maintenant elles ont eu le gros bout du bâton. Bernie Sanders et ses supporters l’ont douloureusement expérimenté il y a quatre ans. Est-ce que cela peut se reproduire cette année ? Oui.

Il faut d’abord comprendre qu’avant tout, il ne s’agit pas d’un suffrage direct. Que ce soit dans les primaires et caucus ou lors de l’élection générale. Gagner le vote populaire ne permet pas d’être nommé.e si le nombre de « délégués.es » récoltés.es en cours de route n’atteint pas les 51%. Il se situe cette année à 1,991. Arriver à la convention en dessous de ce nombre signifie la tenue d’un premier tour de vote sur place pour désigner un gagnant (il n’y aura pas de gagnante cette année) et un 2ième si nécessaire.

Un bloc d’environ 500 personnes sont d’ores et déjà désignées comme super délégué.es. Elles sont la voix et les oreilles des hauts dirigeants.es du Parti et elles sont capables de désigner le gagnant, indépendamment de l’appui populaire qu’il aura reçu. Bernie Sanders avertit déjà que si jamais il ne remportait pas la nomination alors qu’il aurait reçu la majorité du vote des membres du Parti mais pas la majorité de délégués voulue, cela susciterait une véritable révolte dans les rangs et une division insurmontable. Mais, il semble de plus en plus clair que les élites du Parti n’ont absolument pas l’intention de « le laisser passer ». Pour certains analystes, elles sont plus intéressées à assurer leur pouvoir sur le Parti qu’à gagner l’élection.

Le New York Times rapportait récemment que : « Des entrevues avec des douzaines de dirigeants.es du Parti montraient que la candidature de B. Sanders les inquiète tellement que malgré les dommages que cela pourrait faire dans les rangs, des scénarios sont élaborés pour empêcher que la convention de juillet le désigne comme le candidat (à la présidentielle. Depuis sa victoire au Nevada, le N.Y.Times a interviewé 93 représentants.es du Parti, tous et toutes super délégués.es, qui pourraient avoir leur mot à dire dans la nomination du candidat et tous et toutes étaient profondément contre l’idée d’aider le Sénateur du Vermont à obtenir la nomination s’il arrive à la convention sans la majorité de délégués (voulue) ».

Dans ce contexte, la campagne de dénigrement et de peur contre B. Sanders est une preuve qu’il dérange terriblement, même dans la population globale du pays selon les plus récents sondages. Ses adversaires dans la course n’ont de cesse depuis ses excellents résultats au Nevada, d’invoquer la peur qu’il pourrait représenter pour l’électorat au moment des élections de novembre. Il y a quelques semaines on se contentait encore de dire que même s’il était élu à la Présidence il ne pourrait jamais appliquer son programme parce que le Congrès ne l’adopterait jamais. Le ton et le discours contre le « socialiste » et le « socialisme » viennent de changer.

Déjà, Donald Trump s’est attaqué au socialisme lors de l’adresse sur l’état de l’Union transformée en discours de campagne. Un journaliste de MSNBC a comparé la victoire de B. Sanders au Nevada à l’invasion de la France par les Nazis en 1940. P. Buttigieg, qui vient de lancer la serviette, prédisait un combat horrible et dégoutant entre l’éventuel candidat Sanders face à D. Trump qui finirait par donner la victoire à l’actuel Président. L’opinion la plus partagée veut que les positions déclarées révolutionnaires et socialistes du candidat Sanders rebuteraient complètement l’électorat.

Quand on entend de tels arguments et qu’on se rappelle ce que les diverses administrations américaines ont fait dans le passé pour empêcher que des gouvernements de gauche, dûment élus, ne s’installent en Amérique latine notamment, (Honduras, Guatemala et Nicaragua par exemple), on ne peut s’empêcher de penser que les élites influentes, qu’elles soient de droite ou de gauche, sont prêtes à tout pour ne pas que ça advienne sur leur territoire. Même si la population le veut.

Mais, merci aux électeurs.trices de la Caroline du sud, les grands moyens ne seront peut-être pas nécessaires. Depuis la victoire indiscutable de Joe Biden dans cet État, les centristes (?) se sont ralliés.es à sa candidature avec précipitation provocant une série de nouvelles victoires qui lui donnent la position de tête. Ci est ajouté l’appui de Michael Bloomberg qui, avec ses milliards, va financer cette campagne. Et une flopée d’élus.es et ex-élus.es démocrates s’agglutinent autour de lui. Tout n’est pas dit, mais déjà, ce qui est dit porte.

J. Biden a gagné dans des États où il n’a pas dépensé un sou, pas fait campagne, où il ne s’est jamais rendu. C’est donc dire qu’il y a un appétit dans les rangs démocrates pour ce genre de candidat qui promet de ramener des comportements et pratiques plus polies à la Maison blanche et de rétablir les politiques de l’administration Obama. Il revendique une « capacité à rassurer la droite ». Comme le rapporte John Nichols sur The Nation, la classe des milliardaires a tout fait pour combattre l’avance de B. Sanders dont les déclarations contre leurs pouvoirs et celui des grandes entreprises les terrorisaient littéralement. HE ! Bien les voilà plutôt rassurés. Ils pourront, à volonté maintenant financer cette campagne.

Dans ce contexte Elizabeth Warren qui vient de quitter la course ferait bien d’appuyer B. Sanders malgré les quelques divergences qu’ils peuvent avoir.
Mais, pour moi, l’enjeu dépasse l’opposition entre des positions plus de droite que du centre et celles beaucoup plus à gauche. Si les électeurs.trices démocrates recherchent avant tout à défaire D. Trump il se peut qu’effectivement J. Biden soit leur cheval gagnant. Et si les résultats du super mardi reflètent un tant soit peu l’état d’esprit de l’ensemble de la population qui votera en novembre, il se peut que les Démocrates battent effectivement l’actuel Président, renforcent leur majorité à la Chambre des représentants et finissent par l’avoir au Sénat. Mais, même ne gagner que la Présidence serait une victoire importante.

Car D. Trump n’est pas que le gros malotru, raciste, sexiste qui défie la science dans tous ses aspects ou presque, un démagogue et un menteur impénitent, je suis convaincue qu’il est l’anti chambre du fascisme. Et l’extrême droite qui l’entoure, lui pousse dans le dos, dont elle a fait son poulain, est fasciste. Son soutien à peine déguisé au courant suprématiste blanc et l’orientation toute blanche de ses politiques en immigration notamment, du financement des projets et de l’économie en général ne sont pas que de classe ; elles sont aussi raciales. Les milliardaires américains sont rarement autres que blancs et tout aussi rarement féminins. Et il n’en à que faire de la démocratie.

Devant une telle menace déjà en marche, il faut que toutes les forces progressistes s’unissent, malgré leurs divergences pour mettre fin à ce programme. Dans Fuir pour vivre, publié en 1938, Erika et Klauss Mann écrivent : « Le plus grand péché de ces politiciens (de gauche) a été de ne pas s’entendre entre eux, de ne pas être unis face au danger que représentait la progression fulgurante du national-socialisme ». Jorge Semprun parle lui de « la faiblesse congénitale des démocraties face au fascisme ».

Je ne crois pas que ce soit alarmiste que de dire que la poursuite du pouvoir des Républicains.es de D. Trump, donc d’un pouvoir renforcé, ne fera que mener à encore plus de répression raciale, de restrictions des modes et moyens de vie aux États-Unis d’affaiblissement de ses institutions démocratiques et encore plus d’interférence dans le déroulement des politiques internationales. Même si le retrait des troupes américaines des pays étrangers est à l’ordre du jour.

Les deux candidats qui s’affronteront pour la nomination à la candidature à la Présidence se sont engagé à soutenir l’autre dans sa victoire. Car une victoire de B. Sanders n’est pas impossible, loin de là. Il semble bien que le tout se règlera lors de la convention en juillet. Il faudra que les troupes suivent le mot d’ordre, mettent de l’eau dans leur vin et défendent réellement le gagnant. Il faudra surtout que les jeux des bonzes du Parti soit honnêtes et donnent au vainqueur tout l’appui nécessaire.

Alexandra Cyr

Retraitée. Ex-intervenante sociale principalement en milieu hospitalier et psychiatrie. Ex-militante syndicale, (CSN). Ex militante M.L. Actuellement : membre de Q.S., des Amis du Monde diplomatique (groupe de Montréal), animatrice avec Lire et faire lire, participante à l’établissement d’une coop. d’habitation inter-générationnelle dans Rosemont-Petite-Patrie à Montréal. Membre de la Banque d’échange communautaire de services (BECS) à Montréal.

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