C’est nommer une mécanique. La mécanique de la domination qui avance masquée, qui parle de sécurité et de grandeur qui banalise d’abord la menace avant de la rendre inévitable. Ceux qui refusent de l’admettre préfèrent croire que l’histoire a appris sa leçon, que les noms changent et que le danger disparaît avec eux. Mais le danger ne porte pas un seul visage. Il se reconnaît à son langage, à sa mise en scène, au bruit des bottes.
Une intervention militaire sous le ciel lourd de Caracas agit comme un rappel sourd. Elle renvoie à un temps que l’on croyait enfoui. Un temps où l’ordre était imposé par la conviction glacée d’un seul homme qui décidait pour tous les autres. Ou plutôt, un temps où tous les autres laissaient un seul homme décider pour eux.
Il surgit toujours ainsi. D’abord à la télévision, les journaux, les médias sociaux, puis dans les salons par l’image répétée de la puissance. Des avions de guerre décrits comme des symboles de paix. Une assurance hautaine qui confond la force et le droit. Peu à peu la violence devient familière. Après Gaza le Venezuela semble n’être qu’une formalité de plus, presque anodine, presque acceptable.
La gueule du dictateur satisfait se nourrit de l’obéissance des autres et du silence de ceux qui doutent. Elle avance en prétendant ne faire que ce qui doit être fait. Elle s’appuie sur la fatigue des peuples et sur leur peur. Elle répète que l’urgence justifie tout, même l’écrasement, même l’humiliation, même la mort. L’histoire alors cesse d’être une abstraction. Elle ne peut plus rester tel un livre rangé sur une étagère.
Malgré sa lenteur, l’histoire possède une mémoire tenace. Elle se souvient des Hitler et des Mussolini. De leurs cortèges, de leurs foules hypnotisées, de leurs guerres présentées comme nécessaires. Elle se souvient surtout de leur chute. Aucun d’eux n’a échappé à la gravité du temps. Tous ont fini rejetés non seulement vaincus mais vidés de leur mythe, relégué dans la poubelle de l’histoire où s’entassent les folies de grandeur.
Reste alors une seule question. À quel prix ?
Comparer l’époque de Hitler à celle de Trump ne signifie pas confondre les contextes ni nier leurs différences profondes. Les cadres historiques économiques et géopolitiques ne sont pas les mêmes. Les formes du pouvoir ont changé. Les moyens de communication se sont transformés. Pourtant un fil invisible demeure. Il relie les époques par l’esprit et par le désir de domination. Ce fil traverse les discours les foules et les institutions avec une troublante constance.
Chez Hitler comme chez Trump la logique repose sur une simplification brutale du monde. Un récit qui oppose un nous fantasmé à un eux désigné comme menace. Un langage qui flatte les instincts primaires et promet le rétablissement d’une grandeur perdue. Le chef s’érige en incarnation de la nation. Il parle au nom du peuple tout en exigeant sa soumission. La violence n’est pas toujours immédiate ni toujours militaire. Elle est d’abord symbolique. Elle s’exerce par la parole par l’humiliation par la désignation de boucs émissaires. Elle prépare le terrain.
L’impuissance des peuples face à la tyrannie d’un seul homme apparaît alors comme un motif récurrent. Elle ne naît pas d’un coup. Elle s’installe dans la fatigue collective dans la peur du déclassement dans la perte de repères. Quand les institutions vacillent quand la vérité devient relative quand le mensonge se répète sans conséquence l’autorité se concentre. Beaucoup se taisent par lassitude. D’autres obéissent par intérêt. Certains applaudissent par conviction. Le résultat est le même. Une nation entière se retrouve entraînée par la vision d’un seul.
De nombreux ouvrages ont tenté de comprendre cette soumission massive. Ils montrent qu’elle n’est ni un mystère absolu ni une fatalité irrationnelle. Elle est le produit d’un contexte précis. Crises économiques humiliations collectives sentiment d’abandon peur du chaos. Dans ces moments le désir d’ordre l’emporte sur le désir de justice. La promesse d’un homme fort rassure plus qu’elle n’inquiète. Le racisme et le totalitarisme ne surgissent pas seuls. Ils trouvent un terrain préparé par l’angoisse et par l’aveuglement.
Ce qui frappe alors n’est pas seulement la répétition des figures mais la répétition des mécanismes. L’histoire ne se répète pas à l’identique mais elle bégaie. Elle rappelle que la domination ne dépend pas uniquement de celui qui commande mais aussi de ceux qui acceptent de suivre. Comprendre cela n’est pas condamner les peuples. C’est reconnaître leur vulnérabilité. C’est admettre que sans vigilance sans mémoire et sans résistance collective, les mêmes causes produisent inlassablement les mêmes effets.
Mohamed Lotfi <https://www.facebook.com/mohamed.lo...>
3 janvier 2026
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