Qu’on en juge par les chiffres suivants :
SCRUTIN D’OCTOBRE 2022
COALITION AVENIR QUÉBEC (CAQ) : 40.9% 90 DÉPUTÉS
PARTI LIBÉRAL DU QUÉBEC (PLQ) : 14,3% 21 DÉPUTÉS
QUÉBEC SOLIDAIRE (QS) : 15.4% 11 DÉPUTÉS
PARTI QUÉBÉCOIS ((PQ) : 14% 3 DÉPUTÉS
PARTI CONSEVATEUR DU QUÉBEC (PCQ) 12.9% 0 DÉPUTÉ
En ce qui concerne QS, on note une baisse marquée du vote en sa faveur depuis, révélée par les sondages les plus récents, alors que le PQ lui, caracole un peu en bas de 40% des intentions de vote. Examinons cela de plus près.
Selon le sondage Pallas Data du 6 septembre dernier :
CAQ : 11%
PLQ : 27%
QS : 8%
PQ : 38%
PCQ : 15%
Le coup de sonde Léger, effectué le 17 août, affiche des résultats voisins :
CAQ ; 17%
PLQ : 26%
PQ : 35%
QS : 9%
PCQ : 10%
On voit que Québec solidaire traîne en queue de liste. Depuis le scrutin de 2022, les mesures d’intention de vote prouvent que le parti de gauche perd beaucoup de terrain. Ce n’est pas se complaire dans une sorte de morosité masochiste que de le dire. De 15% des voix obtenues en 2022, Québec solidaire a reculé à un pauvre 8 ou 9% aujourd’hui. De quelle manière remédier à ce recul et au moins regagner le terrain perdu ?
Tout d’abord, il faut noter que le but des membres fondateurs du parti, (issu de la fusion de l’Union des forces progressistes et d’Option citoyenne en 2006) était de ressusciter sur le plan électoral l’axe gauche-droite pour battre en brèche les politiques brutales de compressions budgétaires imposées à la population depuis le début de la décennie 1980 par les partis dominants, péquiste et libéral, lesquels sur cette question se rejoignaient. Les fondateurs et fondatrices de Québec solidaire tenaient à dépasser le clivage souveraineté-fédéralisme qui reléguait au second plan le problème aigu des inégalités sociales croissantes, bien que plusieurs d’entre eux et d’entre elles étaient indépendantistes. Comme il n’est pas possible de mettre sur pied un parti majeur au Québec sans se prononcer sur ce qu’on appelle « la question nationale », Québec solidaire a du choisir son camp. Il a donc opté pour la souveraineté-association, mais celle-ci nettement social-démocrate.
Les premiers élus de Québec solidaire possédaient une personnalité assez charismatique : Françoise David et Amir Khadir, ce qui a contribué aux succès électoraux de la formation. Par la suite, Gabriel Nadeau-Dubois, ancien leader contestataire de 2012 doté d’une personnalité rassembleuse leur a succédé en 2018 avec Manon Massé comme co porte-parole du parti. Il avait l’étoffe nécessaire pour augmenter l’audience électorale du parti, alors que Manon Massé se situait plus à gauche et pouvait galvaniser les militants et militantes. Ils semblaient se compléter l’un l’autre. Mais en mai 2025, monsieur Dubois a annoncé son départ comme chef parlementaire du parti à la suite de débats internes acrimonieux. Il fut remplacé par madame Ruba Ghazal. Le processus de succession de monsieur Dubois va mener bientôt à l’élection d’un autre co porte-parole.
Toutes ces dissentions affaiblissent bien sûr le parti, mais elles résultent aussi d’une étape inévitable dans l’existence de toute formation de gauche. C’est le problème central et récurrent de l’élargissement de son audience électorale. En effet, si le parti veut sortir de son ghetto électoral, il doit rejoindre une plus vaste portion de l’électorat (progressiste mais pas nécessairement très à gauche) et pour cela, consentir à des compromis sur les aspects les plus à gauche de son programme, ce qui déplaît fortement à l’aile la plus militante de la formation. Il doit adopter des positions plus centristes sur certains points, ce que les membres les plus à gauche considèrent souvent comme de la trahison ; d’où des dissentions internes qui mettent le parti en péril de marginalisation. Ce sont ces difficultés qui expliquent le départ de monsieur Dubois. Ces tiraillements internes nuisent à la cohésion de Québec solidaire et diminuent sa crédibilité auprès des électeurs et électrices, y compris les siens.
Par ailleurs, il est révélateur que les partisans péquistes, qui avaient rallié les rangs de la CAQ et soutenu le parti de François Legault pendant plusieurs années sont retournés au Parti québécois sans se laisser tenter par « l’option Québec solidaire », ce qui explique la remontée fulgurante dans les intentions de vote du parti de Paul Saint-Pierre Plamondon après le scrutin de 2022. On peut même se demander si les défections au sein de l’électorat solidaire ne résultent pas d’une « désertion » de certains de ses membres au profit du Parti québécois. En tout cas, le rejet par les militants et militantes de tout projet de convergence avec le Parti québécois lors du congrès de mai 2017 fut sans doute, quand on analyse les faits après coup, une grave erreur stratégique. Il faut toutefois convenir qu’à cette époque, le Parti québécois n’en menait pas large et semblait même en voie de disparition.
Ces deux problèmes, les débats et querelles sur l’assouplissement relatif du programme ébranlent souvent l’unité des partis de gauche et ébrèchent leur crédibilité auprès de l’électorat. surtout le plus centriste, dont l’appui est crucial pour acquérir une importance politique décisive. C’est un écueil auquel a été confronté le Parti québécois au début de son histoire sur la question de l’accession du Québec à la souveraineté.
Il y a un équilibre difficile à trouver entre la fidélité à ses principes fondateurs d’une part, et d’autre part le nécessaire pragmatisme pour toute formation de gauche qui se veut rassembleuse au point d’accéder au pouvoir, ou du moins de faire élire assez de députés pour exercer une influence incontournable à l’Assemblée nationale.
Si Québec solidaire veut éviter une inexorable marginalisation, prélude probable à sa disparition, il n’a pas d’autre choix que d’aborder ce problème franchement, sans faux-fuyants.
Enfin, même si c’est difficile à démontrer, il se peut que le parti souffre en plus du discrédit qui frappe en ce moment les formations de gauche dans le monde occidental.
Jean-François Delisle
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