Édition du 9 avril 2024

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Féminisme

Résistons ensemble. Résistances féministes

Je trouve que la résistance est un état difficile à glorifier.

Plutôt que d’être courageuse, j’aimerais être sereine. Je ne veux pas devoir être résiliente, l’innocence serait tellement plus douce. Au lieu de résister, je rêve de fermer les yeux et de me laisser aller en toute confiance. Mes fantasmes sont parsemés d’étourderie, pas de l’hyper-vigilance qui m’habite au quotidien.

Dans l’état actuel des choses, c’est malheureusement impossible. Quand j’entends dire qu’« au Québec, c’est pas si pire », ça me donne envie de colliger toutes les bourdes antiféministes du gouvernement caquiste. Pour le plaisir (haha), je vous offre un résumé des 10 derniers jours.

Le 22 février, une motion présentée par Ruba Ghazal visant à encourager l’Analyse différenciée selon les sexes dans une perspective intersectionnelle afin de défendre les droits de toutes les femmes au Québec est bloquée par la CAQ. Martine Biron, ministre responsable de la condition féminine explique aux médias la journée même que « ce n’est pas notre vision du féminisme ». Pourtant, une courte recherche dans la Stratégie gouvernementale pour l’égalité entre les femmes et les hommes m’a permis de trouver 13 références à l’intersectionnalité. Serait-il possible que Mme Biron n’aie pas encore pris connaissance de ce document rédigé par le Secrétariat à la condition féminine ? Serait-il possible que le document ait été rédigé sans aucune intention d’appliquer ses recommandations ? Incompétence ou hypocrisie ?

Le 23 février, alors que Suzanne Roy, ministre de la Famille, a annoncé une semaine plus tôt que 33 000 enfants au Québec sont en attente d’une place en garderie, on apprend que les chiffres ont été manipulés pour exprimer seulement les enfants qui n’ont pu avoir de place au 31 août 2022. Le vrai chiffre se situe plutôt autour de 72 000 enfants. Depuis des mois, je remercie la vie d’avoir évité ce casse-tête organisationnel. Des amies et collègues se retrouvent sans service de garde et doivent considérer quitter leur emploi ou même déménager hors des régions où la problématique est encore plus critique.

Le 27 février, on apprend par France-Élaine Duranceau, ministre de l’Habitation, que la CAQ choisit d’abandonner le programme AccèsLogis, négligeant les 37 000 familles en attente d’un logement social. Elle choisit de privilégier uniquement le logement abordable. Abordable pour qui ? On se le demande. Pas pour les femmes monoparentales, ni pour les nouvelles arrivantes ou pour celles qui occupent un emploi précaire. Quand notre premier ministre croit que c’est possible de se loger à Montréal pour 500-600$ par mois et qu’il se vante que son gouvernement en a fait plus pour les locataires que les gouvernements précédents, c’est plus qu’inquiétant.

Finalement, ma préférée parce que ça me touche personnellement. Mardi dernier, Sonia Lebel, présidente du Conseil du Trésor, comparait habilement les négociations avec les travailleuses du secteur de la santé et de l’éducation à « creuser un lac à la cuillère ». Sa solution ? Apporter une « pépine » au site en regroupant les syndicats dans trois forums de discussion. Comparer la délicate tâche que représente ce genre de négociations à un travail qui peut être fait à la pépine est d’une maladresse et d’un mépris ahurissants.

Je me souviens d’avoir lu Les tranchées de Fanny Britt il y a quelques années et d’être restée accrochée sur son expression « perpétuellement en tabarnak ». La CAQ a un don pour alimenter ce sentiment sur une base régulière. Ils font au moins ça de bien. Ils me mettent bien en criss.

Je n’ai même pas mentionné les violences coloniales vécues par les femmes autochtones, les politiciennes qui vivent dans la peur des insultes et des menaces qu’elles reçoivent sur une base régulière ou les victimes qui choisissent de dénoncer leurs agresseurs plutôt que de porter plainte et qui en souffrent plus que leurs agresseurs.

Et là on parle juste d’ici. On doit aussi parler du droit à l’avortement dans plusieurs pays, mais tout particulièrement chez nos voisins du sud, de la réalité atroce vécue par les femmes iraniennes, des restrictions imposées aux femmes afghanes par les Talibans au pouvoir, ainsi que de toutes les journalistes et activistes femmes qui se font museler, emprisonner et tuer à travers le monde.

Alors, qu’est-ce qu’on fait ? On sort dans les rues. On peint les slogans les plus acerbes qu’on peut imaginer sur des pancartes, des bannières, des murs. On monopolise les prises de parole autant qu’on peut. On s’organise. On investit les instances auxquelles on a accès. Quitte à passer pour des carriéristes, quitte à tasser des hommes compétents, quitte à heurter cette si sensible et fragile chose qu’est la masculinité. On ne lâche rien. Parce qu’on est comme ça. Parce qu’on n’a pas le choix. On résiste.

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