Édition du 16 juin 2020

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Environnement

Sauvetage des compagnies aériennes et défi climatique : quatre points à prendre en considération

Voyager en avion est devenu un acte banal. On prend l’avion pour des raisons professionnelles, pour partir en vacances, aller voir la famille. Pour aller à l’autre bout du pays ou à l’autre bout du monde. Pas étonnant donc que les émissions de gaz à effet de serre (GES) du secteur aérien soient en augmentation au Canada et dans le monde.

Tiré du site de Greenpeace Canada.

Comment concilier alors la mobilité internationale et les impératifs du défi climatique ?

Oui, nous devons réduire les voyages aériens dans notre vie personnelle ou professionnelle si nous sommes des voyageurs fréquents (ou peut-être adopter une taxe sur les voyages fréquents, comme l’ont suggéré nos collègues du Royaume-Uni), mais ce changement personnel doit s’accompagner de changements systémiques.

Les compagnies aériennes canadiennes, durement touchées par la crise, réclament à grands cris une aide de l’État, mais se montrent réticentes à apporter les changements nécessaires pour faire leur juste part dans l’atténuation de la crise climatique.

Des compagnies peuvent déjà bénéficier de la subvention salariale d’urgence
pour leurs employé·es, d’une exemption de loyer et probablement de prêts d’urgence. Pourtant, compte tenu des conditions climatiques liées à ces prêts, ces compagnies continuent de critiquer ouvertement la taxe fédérale sur le carbone (le type de mesure climatique gouvernementale sur laquelle les économistes de tout l’éventail politique s’accordent), affirmant qu’elles peuvent annuler le coût de leurs émissions grâce à des crédits compensatoires (notoirement connus comme étant peu fiables).

Voici quatre problèmes systémiques à garder à l’esprit lorsque vient le temps de renflouer une compagnie aérienne avec des aides publiques :

1. Répondre au défi climatiques et décarboniser

Le secteur aérien doit réduire ses émissions et s’aligner avec les objectifs de l’Accord de Paris. Toute aide gouvernementale devrait inclure des conditions pour soutenir la décarbonisation, notamment des objectifs annuels contraignants de réduction des émissions de GES et des plans d’affaires visant à limiter le réchauffement planétaire à 1,5ˇC.

Les compagnies aériennes canadiennes ont demandé une suspension des taxes sur le carbone pour les carburants d’aviation, ce à quoi Greenpeace s’oppose. Ce n’est pas le moment de faire une pause dans l’action sur l’urgence climatique. Au contraire, les plans de relance devraient contribuer à atténuer les effets de la COVID-19 et à renforcer la résilience climatique. Des pas vers la décarbonisation sont possibles. Par exemple, en décembre dernier, une compagnie aérienne canadienne a lancé le premier vol commercial au monde entièrement électrique !

2. Éviter que l’argent public n’entre dans les poches des actionnaires et des dirigeant·es

Pour éviter que l’argent public ne soit versé aux actionnaires, la distribution des dividendes doit être suspendue pour toute grande entreprise bénéficiant des aides publiques. L’Autriche a par exemple interdit
– durant un an seulement – le versement des dividendes. Ce soutien public doit aussi être conditionné au plafonnement de la rémunération des dirigeant·es. À moyen terme, le gouvernement devrait veiller à ce que le régime d’imposition des compagnies aériennes soit réellement équitable, et étudier comment des recettes supplémentaires peuvent être obtenues pour investir dans des options de transport sans carbone.

3. Protéger les salarié·es des compagnies aériennes

Les travailleurs et travailleuses doivent être protégé·es. Cela signifie qu’il ne peut y avoir de réduction de salaire ou de licenciement pour les entreprises bénéficiant d’un soutien financier fédéral en cas de pandémie. Il est essentiel que les employé·es du secteur de l’aviation ne subissent pas de nouvelles difficultés en ces temps difficiles : les aides financières d’urgence accordées au secteur aérien doivent servir à maintenir l’emploi et assurer la protection sociale et les revenus des salarié·es impacté·es.

4.Organiser la décroissance : reconstruire en mieux signifie des transports plus propres

La demande de transport aérien augmente et les compagnies aériennes facilitent cette croissance, malgré l’urgence climatique. Aussi, la crise que nous vivons en ce moment, doit être le point de départ d’une transition juste et écologique pour le secteur des transports. Nous devons réduire le trafic aérien et faire face à la réalité de la décroissance du secteur de l’aviation, ainsi que d’autres industries à forte intensité de carbone. En d’autres termes : nous devons moins prendre l’avion et investir dans des réseaux de transport plus propres, notamment le train ou le ferry, et une intermodalité plus efficaces en ce qui concerne les voyages sur de courtes distances. En outre, un fonds de transition équitable substantiel devrait être mis en place pour soutenir notamment la reconversion des travailleuses et travailleurs, et ce, de manière équitable et en collaboration avec les syndicats.

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