Édition du 20 août 2019

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Débat sur la question nationale

Se définir comme un groupe de pression sur le PQ ne mènera nulle part !

Cette semaine, Québec solidaire a ouvert une discussion avec le Parti québécois sur la souveraineté. Il a demandé que le PQ montre aux Québécois quel est leur projet société, surtout avec PKP comme chef.

Il me semble que l’idée de QS c’est que cette démarche vise à montrer que le PQ n’est plus un parti de gauche, et plus généralement, ce qu’est leur projet pays. Si les sympathisantEs du PQ sont aussi des progressistes, il faut qu’ils comprennent que le projet d’indépendance du PQ ne sera pas une indépendance de gauche. Il faut dépasser l’idée, qui a été pas mal répétée dans la dernière élection, que l’indépendance n’est ni de gauche ni de droite.

Le PQ est un parti néolibéral comme les autres. Pendant les dernières années, il a été plus occupé avec les sondages qu’avec l’indépendance. Il appuie la souveraineté, c’est sûr, mais leurs réponses aux questions : quand, comment et pourquoi dépendent de ce que disent les sondages sur où en est le peuple.

Oui, je comprends la stratégie de QS dans cette démarche, mais je ne suis pas certaine que la stratégie est si efficace qu’il veut bien le croire. Cette stratégie laisse le PQ imposer son scénario.

Il y a des limites à cette approche. Il donne aux journalistes la chance de continuer à voir l’indépendance avec les lunettes de 1995, où une journée de scrutin décide de l’indépendance du Québec, et où toutes les conséquences qui en découlent sont décidées plus tard par les négociations.

Voici le problème avec cette discussion. Ce n’est pas la vision de l’indépendance, où la démarche vers l’indépendance de QS. Et on sait que ce n’est pas une vision de l’avenir définie par la majorité de la population non plus.

Dans ce débat, on a laissé tomber l’axe droite-gauche. Avec les Libéraux fédéralistes qui sont engagés dans une campagne de destruction de nos services sociaux, et une politique d’austérité, le seul groupe qui bénéficie de ce genre de débat sur la souveraineté, ce sont les libéraux. Ils pouvaient masquer le fédéralisme pendant qu’ils détruisaient nos services publics.

Québec solidaire ne devrait pas jouer dans un jeu dont les règles sont définies par le PQ. Il faut que QS redéfinisse la souveraineté entièrement. Il faut qu’on popularise la vision du QS et qu’on invite les gens à entrer dans le débat et leur demander d’imaginer ce qu’est pour eux la souveraineté aujourd’hui. Certes, une génération a passé entre aujourd’hui et 1995.

Quand on parle de l’indépendance du Québec, il faut qu’on demande l’indépendance par rapport à Ottawa c’est sûr, mais il faut faire davantage. Il faut que notre rêve de souveraineté inclue la liberté face à toutes les forces extérieures qui nous rendent impuissants. La vraie souveraineté veut dire l’ indépendance face à l’industrie pétrolière et au transport de ses produits. C’est aussi la liberté face aux accords de libre-échange, c’est la liberté face aux politiques d’Ottawa qui donne notre argent aux banques et aux grandes entreprises internationales et canadiennes.

Être souverain, c’est une expression de l’autodétermination des peuples. Un projet de pays moderne doit inclure l’autodétermination des autochtones et assurer leur contrôle sur leurs territoires. Ils ont aussi besoin du contrôle de leurs décisions politiques et économiques, pour sauvegarder et protéger leurs langues et leurs cultures.

Il est impossible de faire tout ça dans le contexte actuel du fédéralisme. La constitution canadienne a été imposée au Québec, mais elle a aussi été imposée à tous les Canadiens par une classe d’hommes de pouvoir. Si on défend le fédéralisme, ça veut dire qu’il faut aussi défendre tout ce qui est pourri dedans. C’est impossible de détester l’histoire qui a mené au Canada, mais adorer les structures découlant de cette même histoire.

Un processus démocratique peut donner la chance aux Canadiens d’évaluer le fédéralisme et de trouver de nouvelles façons de donner le pouvoir au peuple en changeant le système de gouvernement.

Québec solidaire doit recadrer la discussion sur la souveraineté de cette façon : ne pas chercher à forcer le PQ à se prononcer comme des progressistes et montrer aux Québécois que la seule voie pour réaliser une société plus juste et plus solidaire est d’élire une assemblée constituante pour se prononcer sur un nouvel arrangement constitutionnel pour le Québec.

Et, ce qui est plus important, c’est que toutes les politiques de QS, de la transition énergétique à la gratuité scolaire pour tous niveaux d’apprentissages, soient des politiques qui seront partie prenante d’un Québec indépendant. C’est la seule façon qu’on pourra convaincre du monde, qu’on a une décision à prendre.

La souveraineté nous donne de nouvelles possibilités d’organiser de nouvelles structures sociales, de nouvelles solidarités et de nouvelles façons de gouverner. On ne peut pas permettre aux forces de droite d’encadrer ce débat, que ce soit les journalistes, les nationalistes de droite, le PQ ou pire les Libéraux.

Il existe un crise de l’imaginaire face à la politique dans les pays occidentaux. Dans la conjoncture actuelle, il faut élargir notre vision collective de ce qui est possible. Il faut qu’on démolisse le statu quo. Bien sûr, ça inclut l’indépendance.

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