Édition du 21 janvier 2020

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Opinion

Sortir la religion de l'espace public

Il existe un courant, représenté aux États-Unis par Henry G. Brinton, pasteur d’une église presbytérienne de Virginie, qui veut que les membres d’une religion puissent prendre des pauses pour prier et intégrer leur religion au travail. (voir par exemple "Faith at the office. Why not ?" dans USA Today, jeudi 31 juillet 2007, p. 7A)

Si l’on commence à ouvrir la voie à de pareilles idées, c’est le début de la fin pour la paix et l’harmonie sociale.

Il ne faut pas être un surdoué pour se rendre compte que toutes les religions sont contradictoires et qu’elles ont des exigences farfelues incompatibles avec une vie civile cohérente.

Donner du temps pour prier ou pour pratiquer les religions dans les lieux de travail contribuera à une surenchère d’exigences qui conduiront à des chicanes interminables.

Il ne faut pas commencer à faire de la place dans les milieux de travail à la religion. Bien au contraire, il faut sortir la religion de tous les lieux qu’elle parasite pour la laisser là où elle doit être : dans les églises, dans les maisons des croyants et dans leur tête, mais absolument pas ailleurs.

Entre deux religions qui ont des prescriptions contradictoires, laquelle un employeur devra-t-il choisir ? Et qui un syndicat devra-t-il défendre entre deux membres qui veulent disposer la cafétéria selon les besoins de leur foi ?

La religion étant une affaire de croyance et la croyance étant une affaire de pensées personnelles qui ne doit en aucun cas entrer en conflit avec les comportements exigés par le respect d’une vie en société laïque et humaine, les pratiques religieuses doivent absolument être confinées dans leurs lieux spécifiques, là où elles n’interféreront pas avec le bon sens.

De grâce, ne laissons pas entrer au pays cette idée absurde selon laquelle la religion peut avoir sa place au travail.

J’aimerais terminer en proposant cette réflexion éclairante de l’humoriste états-unien George Carlin :

"Peut-être avez-vous remarqué que, dans les médias, les gens qui croient aux OVNI sont traités de mordus, terme utilisé pour les marginaliser [...] Pourtant, ceux qui croient en un être éternel et tout-puissant, qui demande d’être aimé et adoré inconditionnellement et qui accorde punitions et récompenses selon ses caprices sont supposés être des gens droits, crédibles et de valeur. Et cela, malgré la grande quantité de croyants qui sont clairement des fanatiques bornés." (When will Jesus bring the pork chops ? George Carlin, Hyperion, 2004, p. 12, ma traduction)

Alors, quand on vous parlera de religion au travail, pensez à la place que vous voulez faire aux adorateurs de soucoupes volantes autour de la machine à café.

Mots-clés : Opinion
Francis Lagacé

LAGACÉ Francis
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