Édition du 16 juin 2020

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Budget du Québec 2014

Budget : le Québec dans le rouge (et le noir du pétrole)

Le budget Marceau 2014-2015 déposé hier expose le désintérêt grandissant du Parti Québécois envers les enjeux environnementaux alors que l’équipe de Pauline Marois s’enfonce de plus en plus dans une vision d’État pétrolier. À l’image de la multiplication des budgets austères dans les pays occidentaux, le plan proposé par Nicolas Marceau mine les générations futures et hypothèque le bien commun au profit des entreprises privées dont la part du gâteau et l’influence sur notre gouvernement sont grandissantes. L’austérité du budget Marceau n’augure rien de bon pour la planète alors que les besoins en environnement sont criants et que les investissements dans les mesures écologiques perdent du terrain par rapport aux investissements dans les énergies sales. Voici notre analyse des faits saillants environnementaux du Budget Marceau 2014-2015.

Tout pour le pétrole

Alors que les mots « changements climatiques » sont mentionnés que deux fois dans le budget,(presqu’aussi pire que le fédéral qui les mentionnait 0 fois), le mot pétrole revient 39 fois et son emploi n’est pas dans un contexte de réduction de la consommation. Ceci en dit long sur les priorités de ce gouvernement. « Le gouvernement du Québec vise l’indépendance énergétique », mais ne le fait pas par la diminution de la consommation. En effet, « pour contribuer à l’atteindre de son objectif d’indépendance énergétique, le gouvernement souhaite, à court terme, démontrer le potentiel pétrolier du Québec » (p.B19). En particulier celui d’Anticosti (du pétrole de schiste considéré comme non conventionnel et extrême) et le pétrole à haut risque en cas de déversement qu’est celui d’Old Harry. Le budget prévoit jusqu’à 250 millions de dollars pour investir dans les projets d’exploration pétrolière. Vous avez bien compris, 250 millions de $ pour aider les pétrolières à chercher du pétrole alors qu’on coupe dans les garderies… C’est dans la même lignée qu’investir dans un mauvais projet de cimenterie dopé au coke de pétrole en Gaspésie. 

Investir dans le pétrole est un non-sens total, d’autant plus que le gouvernement nous sert la sauce de l’austérité et que les sociétés de transport souffrent de sous-financement. Le gouvernement a bien investi dans une politique d’électrification des transports pour réduire la consommation de pétrole à moyen et long terme, mais il a omis d’investir dans les transports en commun qui sont LA priorité à court terme pour réduire la consommation et les émissions. Par exemple, les investissements annoncés pour sa politique de mobilité durable sont loin de répondre aux besoins exprimés (voir notre blogue Stratégie de mobilité durable : un petit pas vers… des élections). Selon TRANSIT, l’Alliance pour le financement des transports collectifs au Québec, on « constate même un recul par rapport aux années antérieures » pour ce qui est des sommes attendues, via le Fonds vert, pour le développement de l’offre de service en transports collectifs au Québec.

En pleine crise climatique Québec a le culot de dire que l’aventure pétrolière se fera dans le « respect de l’environnement ». Rappelons que contrairement au gaz de schiste, Québec refuse de mandater le Bureau d’audience publique en environnement (BAPE) pour qu’il évalue les risques liés à l’exploration à Anticosti. Le gouvernement rajoute à l’injure en parlant de « stratégie économique créatrice de richesse, et ce, dans un souci de développement durable et de justice sociale » (p. B.5). Il atteint un sommet dans le galvaudage en parlant de du terme "développement durable" dans un budget qui suinte le pétrole.

La forêt à bout de souffle

Alors que 90% du territoire forestier québécois alloué à l’industrie a été coupé ou fragmenté, le gouvernement s’obstine à n’investir aucun argent dans la protection de nos forêts publiques, malgré que plus de 675 millions seront investit dans les trois prochaines années pour exploiter davantage cette ressource. Alors que les redevances forestières sont inférieures aux investissements de fonds public en forêt depuis 2007-2008, le budget Marceau poursuit dans la mentalité basée sur la quantité de bois coupé, plutôt que d’investir dans la qualité des produits transformés et la diversité des approches en forêt. Rien de nouveau pour les aires protégées, ni pour la sauvegarde des espèces menacées, ni pour le développement de l’écotourisme et les produits forestiers non-ligneux. Le budget prévoit par contre 10 millions pour brûler davantage de bois à des fins énergétiques.

Une vision d’un autre siècle

Il est frappant de constater à quel point le Parti Québécois mise sur des énergies du passé pour bâtir sa « prospérité » qu’il ose même qualifier de « durable ». Avec l’emphase prépondérante donnée au pétrole, le gouvernement Marois néglige les solutions environnementales comme les investissements massifs dans l’efficacité énergétique et les transports en commun. Bien que l’électrification des transports fasse partie des projets intéressant de ce gouvernement (quoiqu’elle ne génèrera pas de réduction de GES à court terme), l’absence de fonds supplémentaire pour la lutte aux changements climatiques et la politique de mobilité durable et les investissements fait dans la filière pétrolière enlève beaucoup de lustre à ces initiatives intéressantes.

Dette écologique et leaders recherchés

Dans ce budget le mot « vert » est utilisé trois fois pour parler de « billet vert » et seulement deux fois pour parler « d’environnement ». Ceci reflète le fait que l’économie à court terme l’emporte encore sur l’environnement. Ainsi, le budget ne tient pas compte de l’énorme dette écologique que nous sommes en train de laisser à nos enfants.

 Avec ce budget Québec tourne même le dos au Président de la Banque Mondiale selon qui nous sommes à un point tournant dans la lutte aux changements climatiques. Selon lui, « nous avons besoin de leaders qui ne pensent pas qu’à des gains à court terme ou des cycles électoraux. Nous avons besoin de leaders qui puissent prendre soin des plus vulnérables de cette génération et des générations à venir. »

Il est donc plus clair que jamais : la mobilisation populaire doit augmenter si l’on veut que nos dirigeants accordent davantage d’intérêt au bien commun. La multiplication des lobbyistes pétroliers à Québec a vraisemblablement porté ses fruits…il est plus que temps de multiplier les interventions citoyennes de toute sortes pour rappeler nos politiciens à l’ordre !

Nicolas Mainville

Greenpeace Canada

Thibault Rehn

Responsable des Bénévoles et blogueur à Greenpeace Canada

Patrick Bonin

Blogueur pour Greenpeace Canada. Il est aussi responsable de la campagne énergie-climat pour l’organisme.

http://www.greenpeace.org/canada/fr/

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