Édition du 9 décembre 2025

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Comptes rendus de lecture du mardi 27 mai 2025

À qui appartient l’eau ?
Maude Barlow
Traduit de l’anglais

J’avais déjà lu « Vers un pacte de l’eau » de Maude Barlow il y a une quinzaine d’années. Beaucoup de chemin a été parcouru depuis pour l’accès à l’eau potable et sa protection, même s’il en reste encore beaucoup à parcourir, et c’est ce dont l’auteure rend compte dans ce récent essai. Maude Barlow nous y appelle à contrer la privatisation de cette ressource vitale par de grandes entreprises comme Veolia, Suez, Coca-Cola et Nestlé, en incitant nous-mêmes nos municipalités, nos écoles, nos collèges, nos universités et nos autres institutions à devenir des communautés bleues. Ce mouvement citoyen, né au Canada, vise à faire reconnaître le droit à l’eau et à s’assurer que la gestion des services d’eau demeure exclusivement sous la gouverne publique. Un bel effort de conscientisation pour changer notre monde et un ouvrage très intéressant pour faire le tour de cette importante question… et agir.

Extrait :

Ce livre traite d’espoir. Il raconte l’histoire de gens ordinaires qui défendent les ressources en eau de leurs communautés et protègent au sens plus large le droit à l’eau en s’assurant que cette précieuse ressource demeure à jamais un bien commun, qui ne doit pas tomber aux mains d’entreprises à but lucratif.

PoéVie
Gilbert Langevin

C’est Normand Baillargeon qui m’a amené à lire cet important poète dont il ne tarissait pas d’éloges. Gilbert Langevin est un peu oublié de nos jours et cette anthologie nous permet de mieux le connaître et l’apprécier. Sa poésie exprime beaucoup de chaleur, d’ouverture au monde, de tendresse fraternelle aussi. Vous en trouverez probablement la lecture un peu difficile, mais vous en sortirez sans doute aussi un peu… transformé.

Extrait :

Quand on fait de la peine
à son meilleur ami
quand on bafoue son frère
qu’on est jaloux de lui
on ne sait plus quoi faire
on devrait fuir d’ici
jusqu’au bout de la terre
jusqu’au bout de la nuit

chaque homme a sa misère
qui partout le poursuit
chaque homme a sa manière
de faire parler de lui
chaque homme a sa lumière
de sagesse ou de folie
chaque homme est notre frère
même s’il nous injurie

un amour millénaire
nous a donné la vie
mais pourquoi cette guerre
qui n’est jamais finie
on ne vient pas sur terre
pour se détruire ainsi
le monde est un mystère
l’homme un mystère aussi

là n’est pas mon affaire
on me l’a souvent dit
parle-nous de rivière
de neige ou de la pluie
parle-nous de ton père
ou de l’astrologie
mais laisse aux militaires
les histoires de fusil

que peuvent les colères
de notre poésie
contre les mercenaires
des forces de la nuit
nous sommes la poussière
de leur démocratie
nous les bénéficiaires
du royaume infini

Une école sans murs
Rabindranath Tagore
Versions originales en bengali

Rabindranath Tagore est le premier non-Européen à s’être mérité - en 1913 - le prix Nobel de littérature. Cette sélection de ses principaux textes sur l’éducation m’a beaucoup plu. Sa vision de ce que devrait être l’éducation, qui laisse une très grande place aux arts, à la nature et surtout à la découverte de l’autre et à la liberté, demeure dans une large mesure une excellente critique du modèle d’éducation que nous avons encore en place de nos jours. Comme il s’agit d’une sélection, les mêmes idées sont parfois exprimées dans plus d’un texte, mais ça n’enlève rien à la valeur de cette précieuse anthologie.

Extrait :

Tant que j’ai été contraint de fréquenter l’école, je l’ai vécu comme une torture intolérable. J’ai souvent compté le nombre d’années qui me séparaient du jour où je serais libre. Mes frères plus âgés avaient déjà terminé leurs études et débuté leur vie active, chacun à sa façon. Comme je les enviais lorsque, après un repas pris en hâte le matin, je trouvais, m’attendant à la porte, l’inévitable chariot qui nous emmenait à l’école. Comme j’aurais souhaité, par un quelconque sortilège, pouvoir traverser en un instant les quinze ou vingt ans me séparant de l’âge adulte. J’ai compris plus tard que ce qui pesait sur mon esprit était la pression du système d’éducation contre nature qui prévalait partout.

La Curée
Émile Zola

C’est ce roman qui a donné au mot curée son sens figuré de ruée avide pour s’emparer des biens, des places et des honneurs laissés vacants. Ayant comme trame l’enrichissement spéculatif et la dépravation des mœurs sous le Second Empire, c’est assurément l’un des romans les plus critiques de la série des Rongon-Macquart de Zola. À la suite de son mariage arrangé avec une toute jeune femme, Renée Béraud du Chatel, Aristide Rougon, devenu Saccard, commence à spéculer et à s’enrichir frauduleusement. De grands travaux transforment alors des parties entières de Paris.

Extrait :

Celui-ci ne broncha pas. La société en question venait de crouler avec un effroyable scandale. Des actionnaires trop curieux avaient voulu savoir où en était l’établissement des fameuses stations commerciales sur le littoral de la Méditerranée, et une enquête judiciaire avait démontré que les ports du Maroc n’existaient que sur les plans des ingénieurs, de fort beaux plans, pendus aux murs des bureaux de la Société. Depuis ce moment, M. Toutin-Laroche criait plus fort que les actionnaires, s’indignant, voulant qu’on lui rendît son nom pur de toute tache. Et il fit tant de bruit que le gouvernement, pour calmer et réhabiliter devant l’opinion cet homme utile, se décida à l’envoyer au Sénat. Ce fut ainsi qu’il pêcha le siège tant ambitionné, dans une affaire qui avait failli le conduire en police correctionnelle.

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Bruno Marquis

Bruno Marquis est un lecteur qui s’est impliqué dans plusieurs organismes voués à la protection de l’environnement, à la paix et à l’élimination de la pauvreté chez les enfants au cours des vingt dernières années. Il publie actuellement une chronique sur l’environnement dans le mensuel Ski-se-Dit. Il a aussi tenu régulièrement une chronique dans le webzine tolerance.ca.

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