Édition du 29 novembre 2022

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Élections québécoises 2022

Élections : les immigrants traités comme des « marchandises » ou des « inquiétudes »

Derrière les chiffres, quelle est la réalité humaine des immigrant·es ?

L’immigration a été un enjeu phare lors de cette campagne électorale. Seuils d’immigration, francisation, pénurie de main-d’œuvre, intégration : les immigrant·es sont soit une solution aux problèmes de société, soit une menace pour la cohésion sociale. Mais comment ces sujets touchent-ils le vécu des immigrant·es qui s’installent au Québec ?

29 septembre 2022 | tiré du site pivot.quebec

« C’est assez consternant de voir à quel point on a parlé sur le dos des immigrants. Dès la première semaine de la campagne, il y a eu des sorties assez spectaculaires de la Coalition avenir Québec (CAQ) sur comment l’augmentation incontrôlée de l’immigration provoquerait de la violence », affirme le Dr Chedly Belkhodja, professeur spécialisé en immigration à l’Université Concordia. Mercredi, François Legault a aussi qualifié de « suicidaire » l’idée d’augmenter les seuils d’immigration au-delà de 50 000 personnes par année.

« Depuis quelques années, on parle plus d’immigration en politique, car il y a une inquiétude pour ce qu’elle représente pour la société québécoise. Donc on en parle beaucoup, mais sans jamais se concentrer sur la qualité de vie des immigrants qui vivent ce projet d’établissement et d’intégration. »

Le chercheur croit que l’on a beaucoup instrumentalisé les nouveaux et nouvelles arrivant·es dans des « batailles de chiffres ». Selon lui, réduire les immigrant·es à des chiffres fait de ceux-ci de « la marchandise dont le Québec a besoin », une marchandise qu’il faut limiter « au risque de créer des tensions identitaires ». Le professeur juge que cette perspective réduit les nouveaux arrivants à leur utilité économique et sociale sans tenir compte de leurs besoins et de leurs réalités.

Le Dr Chedly Belkhodja croit que l’on a beaucoup instrumentalisé les nouveaux et nouvelles arrivant·es dans des « batailles de chiffres ».

Comme exemple de la déconnexion des politiciens par rapport aux immigrant·es, il cite la proposition de Québec solidaire (QS) de donner 200 $ à dépenser sur des activités culturelles québécoises aux familles immigrantes. « Beaucoup de familles immigrantes ont d’autres défis dans la vie que d’aller au cinéma pour écouter un film québécois, surtout quand on leur dicte quels produits culturels elles doivent consommer », dit le Dr Belkhodja.

Apprendre le français, c’est stressant

La CAQ a beaucoup financé la francisation durant son mandat, le Parti libéral du Québec (PLQ) propose d’investir plus en francisation en milieu de travail et QS propose de faire des carrefours locaux en immigration pour faciliter la francisation.

Mais pour le chercheur, ces mesures ne vont pas assez loin. Il trouve que les politicien·nes ne passent pas assez de temps à s’interroger sur comment bien franciser les immigrant·es. Selon lui, beaucoup de propositions des partis n’allègent pas le stress que vivent les immigrant·es lorsqu’ils apprennent le français. « Pour les adultes, la francisation est stressante si elle est faite de manière bureaucratique et identitaire. On ne tient pas compte de leurs parcours migratoires, de leurs obstacles, de leur quotidien », affirme-t-il.

Les immigrant·es ont besoin d’un écosystème pour bien vivre

La régionalisation des immigrant·es a été un sujet qui a été mis de l’avant durant les débats. La CAQ, le PLQ, et QS proposent tous dans leurs plateformes des politiques visant à envoyer en région les nouveaux et nouvelles arrivant·es pour combler le problème de la pénurie de main-d’œuvre.

Le Dr Belkhodja croit que ces partis ne se sont pas assez interrogés sur comment bien faire fonctionner la régionalisation. « On ne peut pas penser de façon instrumentale : mettre des immigrants dans des autobus, les envoyer en région, et se dire que ça va automatiquement fonctionner ! » critique-t-il. « La proposition de certains de demander aux régions leurs besoins en main-d’œuvre et d’envoyer des immigrants là-bas selon ces besoins est une proposition qui les instrumentalise. »

Le chercheur soutient que, pour faire de la régionalisation un succès, il faut bien comprendre les raisons qui poussent les nouveaux et nouvelles arrivant·es à aller vers les grandes villes. Selon lui, les immigrant·es ont besoin d’opportunités économiques pour gagner leur vie et d’accès à une communauté dans laquelle ils et elles peuvent bien vivre.

« Les grandes villes offrent des opportunités économiques beaucoup plus diversifiées que les régions. Elles offrent aussi plus d’opportunités aux nouveaux arrivants de vivre en communauté », explique-t-il. «  Plusieurs ont déjà de la famille dans les villes. Les centres urbains ont aussi déjà des communautés qui leur ressemblent, où ils peuvent participer à leurs événements culturels, pratiquer leur religion, consommer leur nourriture culturelle. C’est beaucoup plus difficile de faire tout ça en région. »

« On ne peut pas penser de façon instrumentale : mettre des immigrants dans des autobus, les envoyer en région, et se dire que ça va automatiquement fonctionner ! »

Dr Belkhodja voit les institutions d’éducation supérieure dans les régions comme une solution possible pour favoriser l’établissement des immigrant·es loin des centres urbains. Il croit que des étudiant·es étranger·ères peuvent aller étudier là, être formé·es dans un secteur d’emploi qui est présent dans cette région et envisager de rester à long terme.

Mais le professeur croit qu’en ce moment, le gouvernement actuel se concentre trop sur des solutions à court terme au problème de la pénurie de main-d’œuvre. « Bien que la CAQ ait réduit le seuil d’immigration, il a accueilli beaucoup de travailleurs temporaires à la place pour combler la pénurie », affirme-t-il. « Et si on fait de l’immigration dans un mode d’urgence, on ne crée pas un projet durable. À long terme, le problème va rester. »

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