Édition du 2 mars 2021

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Environnement

Énergie Est : des leaders autochtones affirment détenir un droit de véto

TransCanada doit obtenir le consentement des Premières Nations avant de construire le pipeline Énergie Est, ont martelé plusieurs leaders autochtones mardi à Saint-Jean lors des audiences de l’Office national de l’énergie.

Tiré de Acadie Nouvelle du 10 août 2016.

Des représentants de communautés autochtones du Nouveau-Brunswick ont fait front commun lors de la troisième et dernière journée de la consultation de l’ONÉ sur Énergie Est, dans un hôtel de la ville portuaire.

Le chef de la Première Nation d’Eel Ground, George Ginnish, a été le premier à s’adresser aux commissaires et à l’entreprise qui pilote le projet de pipeline, TransCanada. Il a parlé au nom des membres de la réserve qu’il dirige et des autres communautés micmaques du Nouveau-Brunswick.

Il a expliqué comment les Premières Nations n’ont jamais cédé leurs droits ancestraux et qu’ils détiennent toujours des droits territoriaux sur l’ensemble de la région.

« Le pipeline Énergie Est traversera nos terres micmaques non cédées sur lesquelles nous détenons les titres autochtones. Le projet a donc besoin de notre consentement », a-t-il dit.

Il a dit craindre que le pipeline ait des conséquences sur l’environnement, entre autres sur les cours d’eau, qui occupent une place très importante dans la vie des autochtones.
« Ils sont la colonne vertébrale de notre territoire et un élément vital de notre culture. L’impact de déversements dans ces cours d’eau serait dévastateur pour le mode de vie de notre peuple. »

George Ginnish a ensuite lancé un message clair comme de l’eau de roche à TransCanada.

« À moins que toutes ces préoccupations soient véritablement résolues, nous ne pouvons pas consentir et nous ne consentirons pas au pipeline sur notre territoire. »

D’autres leaders autochtones ont fait part de leurs inquiétudes quant à Énergie Est. La chef de la Première Nation de Bouctouche, Ann Mary Steele, était du nombre.
« Nous sommes préoccupés par les impacts que le pipeline aura sur diverses plantes et espèces sauvages desquelles nous dépendons pour nous nourrir et nous soigner. Cela inclut le chevreuil, l’orignal, les oiseaux migrateurs et diverses plantes médicinales », a-t-elle dit.

Le consentement au coeur des discussions

L’importance capitale du consentement des Premières Nations a été abordée par plusieurs autres leaders autochtones qui se sont présentés au micro de l’Office national de l’énergie.

L’un d’eux, le chef de la Première Nation Esgenoôpetitj, Alvery Paul, a profité de son temps de parole pour poser une question directe à TransCanada.

« Acceptez-vous que le consentement des Micmacs soit nécessaire ? », a-t-il demandé.

La réponse est venue du vice-président des pipelines de l’est chez TransCanada, John Van der Put. Il n’a pas pris d’engagement ferme, mais a montré des signes d’ouverture.

Il a affirmé que son entreprise « respecte les droits légaux et constitutionnels des communautés autochtones », que ses rapports avec les communautés autochtones respectent les lois canadiennes et que cela continuera d’être le cas.

John Van der Put a ensuite abordé l’épineuse question du consentement. « Énergie Est va s’efforcer d’atteindre le consentement avec les Premières Nations et aussi chercher à éviter et à mitiger tout effet potentiel du projet sur la communauté. C’est ainsi que nous allons continuer d’opérer. »

Deuxième arrêt de la tournée à Fredericton

Les audiences qui ont eu lieu à Saint-Jean cette semaine ont été organisées dans le cadre de la première ronde de consultations menées par l’Office national de l’énergie sur le projet de pipeline Énergie Est.

Cet organisme fédéral se rendra à Fredericton la semaine prochaine et par la suite dans huit autres villes situées le long du pipeline que souhaite construire TransCanada.

Comme il l’a fait à Saint-Jean, l’ONÉ donnera la parole à des intervenants touchés directement par le projet ou qui ont une expertise particulière liée au projet.

D’autres rondes de consultations sont à prévoir d’ici la fin du processus. Le public pourra éventuellement se prononcer.

L’ONÉ fera une recommandation au gouvernement fédéral au plus tard en 2018. Ottawa devra alors décider s’il donne le feu vert à TransCanada.
Si Ottawa donne son accord, la construction du pipeline d’une capacité visant à transporter 1,1 million de barils de pétrole par jour de l’Alberta au Nouveau-Brunswick débutera en 2019. Il sera mis en service en 2021.

Le projet comprend aussi la construction d’un terminal maritime d’exportation de pétrole et un parc de réservoirs de stockage à Saint-Jean.

Pascal Raiche-Nogue

Journaliste à l’Acadie Nouvelle.

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