Édition du 20 janvier 2026

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Féminisme

Enjoindre les victimes à porter plainte et les abandonner ensuite : Le gouvernement du Québec asphyxie le CALACS Longueuil

À l’occasion de la manifestation du 20 novembre et dans diverses interventions médiatiques tenues au fil des dernières semaines, la coordonnatrice du Centre d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) de Longueuil a lancé un signal d’alarme : il ne reçoit que 98 000 $ par année pour desservir une population d’environ 273 000 femmes et adolescentes de 14 ans et plus. Pour assurer sa mission, l’organisme aurait besoin d’au moins 450 000 $, car on ne combat pas la violence sexuelle avec des fonds de tiroirs.

par Sandrine Ricci (UQAM) et Carole Boulebsol (UQO), chercheuses spécialisées en violence sexuelle, appuyées par une centaine de collègues, intervenantes et citoyennes
Photo : S. Ricci, manifestation du 20 nov. 2025

Ce sous-financement chronique du gouvernement provincial n’a rien d’une anomalie : il témoigne plutôt du manque persistant de reconnaissance accordé au travail des femmes, et à ces organismes communautaires majoritairement portés par des femmes.

Au CALACS Longueuil, le manque de moyens engendre des conséquences lourdes, anciennes et immédiates : intervenantes débordées, heures d’ouverture réduites, services fragilisés et 64 survivantes inscrites sur des listes d’attente depuis presque 11 mois… après avoir trouvé le courage de briser le silence.

Faute de fonds, deux intervenantes ne verront pas leur contrat renouvelé et la coordonnatrice se retrouvera seule en poste dès le 1er avril, épaulée uniquement d’une intervenante chargée pour quelques semaines des ateliers de prévention dans les écoles. Ces ateliers sont essentiels pour parler de consentement et de sexualité respectueuse, mais ils ne remplacent pas l’accompagnement dont ont besoin les femmes et les adolescentes aux prises avec la violence.

Un financement dérisoire qui met en péril un service indispensable

Selon les responsables, le CALACS devra fermer ses portes s’il ne reçoit pas de nouveau financement d’ici le 31 mars 2026. Depuis les années 1970, les CALACS jouent un rôle essentiel au Québec : soutien psychosocial, accompagnement judiciaire, défense des droits, prévention et contribution à l’avancement des connaissances scientifiques. Leur existence est un pilier de la lutte contre la violence sexuelle, construit à force de mobilisation féministe.

Le rapport Rebâtir la confiance (2020), produit par un comité mandaté par le gouvernement, constatait déjà un manque de services, menant à de longues listes d’attente et, dans certaines régions, une absence pure et simple de CALACS. C’est pour répondre à cette lacune structurelle que le CALACS Longueuil a enfin été créé en 2022, grâce au travail de militantes et de bénévoles. La recommandation 3 du rapport était sans équivoque, mais cinq ans plus tard, elle demeure largement ignorée :

« Accorder aux organismes d’aide aux personnes victimes le financement nécessaire à la réduction des listes d’attente et à la bonification des services d’accompagnement psychosocial/judiciaire, et ce, dans toutes les régions du Québec. » (p. 49)
Le ministre Jolin-Barrette doit aligner ses paroles et ses actions

Depuis quelques années, Simon Jolin-Barrette se présente comme un défenseur des victimes de violence sexuelle. En 2017, en plein #MeToo/#Moiaussi, alors porte-parole de la Coalition Avenir Québec (CAQ) en matière de justice, il déclarait :
« La CAQ appuie ces victimes dans leur dénonciation. […] La société est là pour vous soutenir. [...] J’encourage les victimes à demander du support aux CALACS. »
(Point de presse, 19 octobre 2017)

Le message était clair : dénoncer est important et les CALACS sont essentiels. Mais encourager les victimes à porter plainte tout en laissant mourir les organismes censés les soutenir, c’est une incohérence politique majeure.

Encore plus troublant : inviter les victimes à se tourner vers un CALACS au seuil du bris de service revient à leur tendre une main vide. Quand les moyens ne suivent pas, les promesses deviennent des mensonges et le cynisme, la norme.

Le modèle du Programme de soutien aux organismes communautaires du Québec (PSOC), fondé sur l’« ancienneté » des organismes, place les CALACS récents tout en bas de l’échelle de ce financement public, même lorsqu’ils répondent à un besoin urgent identifié par un comité mandaté par le gouvernement. L’existence du CALACS Longueuil est menacée par ce système inéquitable, incompatible avec l’ambition de mieux soutenir, défendre et informer les femmes victimes.

Le financement du CALACS Longueuil, un test de crédibilité pour la CAQ
Si le gouvernement veut réellement :

 être cohérent avec son propre discours,
 respecter les recommandations de Rebâtir la confiance,
 mieux soutenir les personnes survivantes,
 réduire les listes d’attente dans les CALACS,
 permettre des conditions de travail décentes aux intervenantes en première ligne,
 reconnaissant la valeur, l’expertise et le rôle essentiel du travail qu’elles accomplissent,
alors il doit augmenter immédiatement et substantiellement le financement du CALACS Longueuil.
Ne pas agir, c’est renoncer à construire un Québec où la violence sexuelle est réellement combattue.

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Nous vous invitons aussi à signer une pétition initiée par Diane G, une survivante : https://www.change.org/.../soutenir-la-survie-du-calacs...
#SauvonsLeCALACSLongueuil
#justicepourlessurvivantes

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