Édition du 10 décembre 2019

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Amérique centrale et du sud

Haïti : La gangstérisation du pouvoir

Soumettre l’ensemble des institutions publiques aux secteurs les plus réactionnaires et racistes de l’oligarchie haïtienne constitue l’unique objectif du régime néo-duvaliériste PHTK.

En moins d’une décennie, ce régime ne s’est pas contenté seulement de diriger dans l’intérêt de ces secteurs, il leur permet également de prendre directement le contrôle et la gestion des institutions publiques. C’est le cas par exemple des ports et des douanes qui sont désormais mis en coupes réglées par la bourgeoisie.

Pendant que les ressources de l’État sont ouvertement spoliées par les membres de l’oligarchie et les politiciens corrompus, les classes populaires urbaines et rurales sont sujettes à la plus grande austérité. Le budget des services sociaux, dont celui de l’éducation, de la santé et du transport, est quasi inexistant. Et le système fiscal, si on peut l’appeler ainsi, est conçu uniquement pour soutirer l’argent des classes exploitées.

Ce n’est pas simplement l’application stricto sensu des mesures néolibérales, ce sont toutes les institutions de l’État qui sont mises au service d’escrocs de tout acabit.

Comme le remarquent certains analystes, le néolibéralisme est opérationnel autant au sein des pays impérialistes s’affublant d’un certain décorum de démocratie que de pays comme Haïti où l’État s’est littéralement métamorphosé en un système mafieux.

Dans ce contexte, inutile de préciser que toutes formes de dialogue deviennent impossibles. Toutes propositions de résoudre la crise (la démission de Moise, le procès sur la dilapidation des fonds Petro Caribe, sur les crimes et massacres, etc.) doivent s’appuyer uniquement sur la mobilisation continue de la population.

Le régime néo-macoute PHTK, de par sa nature criminelle, ne comprend que le langage de la force. Il préfère gouverner par la criminalité ouverte et même dans le chaos que de faire les moindres concessions touchant les intérêts de l’oligarchie mafieuse.

C’est pourquoi, depuis juillet 2018, on assiste à des manifestations et des révoltes de grande ampleur. Les classes laborieuses se réveillent contre les assauts de la bourgeoisie et du régime PHTK. L’intensification de la mobilisation témoigne de la profondeur de l’oppression et de la marginalisation de la majorité de la population. Cloués au pilori, l’oligarchie et le régime PHTK recourent à des massacres qui ressemblent à des génocides dans les principaux quartiers populaires de l’aire métropolitaine et des villes de provinces.

Quant aux puissances impérialistes, celles qui, malgré les massacres, tueries et la misère abjecte, veulent continuer à maintenir le statu quo, elles ne jurent que par le dialogue.

Dialogue de sourd, car pour ces tenants de l’ordre capitaliste mondial, la voix des classes appauvries haïtiennes est inaudible et les dizaines de vies fauchées par la répression d’État, invisibles et sans importance.
Au nom de l’ordre, elles ne ratent jamais une occasion pour féliciter le comportement de la police haïtienne quand celle-ci s’adonne à la plus grande répression. Cette police s’est transformée en une force tortionnaire, rappelant tristement les milices sanguinaires de Papa Doc et les assassins du FRAPH.

À ce moment de la lutte, les classes populaires comprennent que les réformes de surface sont incapables de résoudre la crise et satisfaire leurs revendications.

C’est pourquoi elles se méfient de l’opposition traditionnelle, de ses propositions de sortie de crise. Elles savent d’expérience que cette opposition est essentiellement opportuniste, qu’elle est prête à toutes les compromissions.

D’un autre côté, les tenants du statu quo, qui prétendent qu’il n’existerait aucune solution à cause de l’incompétence de l’opposition, confondent à dessein l’opposition traditionnelle avec les organisations de base qui luttent sur le terrain.

Derrière cette attitude, se dissimule une idéologie fataliste qui ne fait que conforter la croyance selon laquelle aucune alternative à la réalité actuelle n’est possible.

Et pourtant, la lutte du peuple continue. Pour des centaines de milliers de jeunes des quartiers populaires, pour les ouvriers et paysans, le combat pour une autre société, un autre pays, n’est pas une vue de l’esprit. C’est un choix concret, hors duquel la vie n’est plus possible.

Les difficultés d’élaborer des organisations automnes, révolutionnaires, porte-paroles des revendications populaires, résultent de plusieurs décennies d’oppression, d’exclusion et de marginalisation, non pas d’une incapacité innée de la population à s’auto-organiser.

La répression sanguinaire que subit actuellement le peuple, comme celles qu’il a connues à l’époque de la dictature des Duvalier et des militaires, visent précisément à empêcher le développement de toutes formes d’organisations structurées et radicales.

Répétons-le : c’est par et dans la lutte que les organisations populaires se forment, c’est par et dans la lutte qu’elles existent, c’est par et dans la lutte qu’elles évoluent, progressent ou disparaissent.

Aujourd’hui la résistance héroïque du peuple à l’oppression sanguinaire témoigne de sa volonté de se prendre en main, c’est-à-dire de construire son propre combat, de développer ses organisations autonomes. C’est ce combat que nous devrions appuyer, sans tomber dans l’illusion de victoires rapides et irréversibles.

Dans ce contexte, nous saluons la mémoire des milliers de victimes du régime PHTK et de l’oligarchie haïtienne, dont les jeunes de Mariani, de La Saline, de Cité Soleil, Carrefour-Feuilles, etc. La liste des victimes s’allonge de jour en jour.

Mais le rêve d’émancipation des classes populaires demeure vivace, comme en témoignent les manifestations monstres et les révoltes à répétition.

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