Édition du 31 janvier 2023

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Amérique centrale et du sud et Caraïbes

Haïti : La nécessité de l’autonomie des organisations populaires

La révolte populaire secouant les principales villes haïtiennes met à nu la véritable nature de l’État haïtien et l’ensemble des rouages internationaux qui le soutiennent et contribuent à le perpétuer.

La bourgeoisie et l’impérialisme, appuyant le pantin Jovenel Moise, mettent en œuvre de multiples formes de violence pour le maintenir au pouvoir : forces policières, escadrons de la mort, gangs inféodés au pouvoir, mercenaires étrangers et criminels de tout acabit. Selon les rapports les plus conservateurs, depuis ces deux derniers mois, on compte plus de 300 morts et plus d’un millier de blessé.e.s.

Alors que ces tueries prennent de plus en plus l’allure d’un génocide d’État, la grande presse occidentale n’en pipe pas mot sur les véritables causes des revendications populaires. Ce silence en dit long sur le mépris de ces médias à l’égard de la lutte et de la souffrance du peuple haïtien.

Des manifestations monstres de plusieurs millions de personnes, revendiquant et exigeant une société haïtienne juste, n’attirent pas non plus l’attention des organismes des droits humains à l’échelle internationale.

Cet appui sans failles au gouvernement de Moise ne fait que déchirer les derniers voiles de l’hypocrisie de l’Occident, et porte, par conséquent, la lutte à se radicaliser.

Le peuple sait dorénavant que le régime PHTK ne fait qu’un avec les puissances impérialistes, que Moise est leur homme de paille, qu’il ne décide de rien sans les consulter, que ses ordres viennent de l’impérialisme et de l’oligarchie mafieuse.

La dernière mission de l’ONU en Haïti est un exemple éloquent : elle affirme sans ambages un support inconditionnel aux forces répressives et veut continuer à soutenir un statu quo marqué par la corruption et les massacres.

Rappelons qu’au cours des trois dernières décennies, ces pays et organismes internationaux ont joué un rôle proactif dans la restructuration des institutions régaliennes en Haïti, dont la police et la justice. Depuis 2004, ils contrôlent directement les mécanismes électoraux et ne se contentent pas de dicter les grandes lignes néolibérales de politiques publiques, mais interviennent directement dans leur mise en œuvre par le biais des laquais locaux.

Les échecs répétitifs de ces missions d’occupation des ex-puissances coloniales, regroupées, pour la plupart, dans des organismes internationaux et régionaux dont l’ONU, OEA, EU, le Core Groupe expliquent, en partie, les raisons de la révolte des classes populaires haïtiennes aujourd’hui.

Au cours des 30 dernières années, ces missions, alors qu’elles prétendaient les combattre, ont renforcé plutôt les mécanismes de corruption, la spoliation des fonds publics et la marginalisation des classes populaires en Haïti. À considérer ce qui se passe maintenant en Amérique latine, la corruption est fondamentale à l’implantation du système néolibéral. Elle est consubstantielle à ce système.

Voilà pourquoi le mouvement populaire pour renverser une fois pour toutes l’État bourgeois en Haïti doit continuer. L’existence de cet État néocolonial est fondamentalement incompatible avec l’aspiration au bien-être des classes populaires haïtiennes. Tous les programmes réformistes des policiticien.nes traditionnels, valets de l’impérialisme et de l’oligarchie mafieuse, ont empiré le sort des classes opprimées au point que moins de 3% des possédants détiennent plus 90% des richesses du pays.

Le combat aujourd’hui pour démanteler cet État-bourgeois néocolonial constitue une occasion historique pour les masses haïtiennes de construire un État populaire qui rompt avec la tradition d’apartheid socioéconomique. Plusieurs centaines de jeunes ont déjà payé le prix du sang pour défendre cet idéal. Il n’est pas question de capituler devant la violence de l’ennemi et encore moins de compromettre cet objectif dans des ententes réformistes.

Maintenant, il s’agit de construire des organisations autonomes afin de continuer la lutte de transformation sociale, d’exiger des réformes réelles dans l’intérêt des masses populaires, de renforcer la conscience de classe parmi les opprimés, de créer des espaces de discussion et de réflexion afin de mener à bien le combat idéologique. 

Pour l’avenir, ces mesures sont essentielles, et, cela, quelle que soit la forme des gouvernements actuels et futures. Seule l’autonomie des organisations populaires garantit la continuation des revendications.

Le peuple haïtien, malgré la misère la plus abjecte qu’on lui fait subir, a atteint une grande maturité politique et idéologique. Il sait désormais que la faim qu’on lui inflige, la destruction de sa famille, la mort prématurée de ses enfants, les conditions bestiales de son existence, les massacres qu’il subit ; tout cela est le résultat d’un système socio-économique et politique construit dans l’intérêt d’une infirme minorité et des puissances impérialistes.

Il est donc, plus que jamais, fondamental d’appuyer les organisations autonomes des classes populaires haïtiennes dans leurs luttes pour éradiquer l’ordre bourgeois et néocolonial.

Nous profitons également pour exprimer notre solidarité inconditionnelle aux peuples latino-américains qui résistent aux mesures néolibérales instituées par le FMI et les organisations internationales au service de l’impérialisme.

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