Édition du 20 octobre 2020

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Québec

Journée mondiale de l’habitat 2020 : La pandémie expose la gravité de la crise du logement au Québec

La pandémie a aggravé le sort des personnes mal-logées les plus pauvres et mis en lumière les liens étroits et indissociables entre santé et droit au logement. La Journée mondiale de l’Habitat décrétée par l’ONU vise à rappeler le droit fondamental de tous et de toutes à un logement adéquat, que le Québec et le Canada se sont engagés à mettre en œuvre progressivement. Alors que les prochaines vagues de la pandémie pourraient aggraver le sort des personnes mal-logées, il est temps que les gouvernements en fassent une priorité.

Depuis plusieurs années déjà, le FRAPRU parle de crise du logement pour faire écho à la réalité des ménages locataires qui consacrent une part disproportionnée de leur revenu pour se loger ou qui occupent des logements trop petits ou délabrés. Ils étaient 244 000 ménages locataires dans cette situation, au Québec, avant même le déclenchement de la pandémie.

La pénurie de logements la plus importante des 15 dernières années en a ajouté une couche. Un nombre effarant de ménages locataires n’ont pas trouvé un nouveau bail à signer le 1er juillet et ils sont encore des dizaines dans la même situation, trois mois plus tard. Les mesures de confinement ont aussi rendu plus précaires la situation des personnes vivant de l’itinérance cachée. Déjà, avant la diminution du nombre de places entraînées par les mesures de sécurité sanitaire, les refuges de plusieurs villes faisaient état de débordements exceptionnels. Les campements de sans abri se multiplient dans plusieurs quartiers de Montréal, à Gatineau et dans d’autres villes.

La construction de logements a pourtant battu des records ces dernières années. Mais les promoteurs immobiliers construisent des condos et du locatif trop chers et trop petits pour les familles. Dans les logements déjà construits, l’absence de contrôle obligatoire des loyers occasionne une augmentation dépassant l’inflation. La spéculation immobilière participe également à cette crise du logement. Parce que les lois et règlements protègent mal les locataires, les stratagèmes utilisés pour se débarrasser des moins rentables d’entre eux et elles, comme les rénovictions, prennent de l’ampleur et provoquent la perte de logements qui étaient encore abordables.

Le filet social est clairement insuffisant en matière de logement social. Quand survient une perte de revenu, une éviction ou des situations de violence conjugale qui appellent à une solution immédiate, il faut attendre des mois, voire des années, pour y avoir accès, en raison de l’insuffisance de logements publics (HLM), coopératifs et sans but lucratif d’habitation.

Également sans alternative, les locataires forcés de déménager ou ne parvenant plus à payer leur loyer trop cher, se retrouvent contraints de quitter leurs milieux de vie. D’autres se retrouvent dans des logements insalubres, inadaptés, dans des situations de très grande précarité, voire sans logis.

Pourtant, le mal-logement a de graves conséquences sur la santé physique et mentale, de même que sur le développement des enfants, encore plus en période de confinement prolongé. Cela doit nous interpeller de toute urgence, alors que la fin de certaines prestations d’urgence et la crise économique qui se dessine, augmenteront le nombre de personnes à risque d’être évincés parce qu’incapables de payer leurs loyers trop chers.

Le désintérêt des gouvernements qui se succèdent a grandement contribué à la crise actuelle. L’abandon par le fédéral des programmes de développement, il y a 25 ans, a privé le Québec de 80 000 nouveaux logements sociaux. Il se retire maintenant de ses obligations en ne soutenant pas adéquatement la rénovation de ceux qu’il a financés dans le passé ; ce qui a déjà mené au placardage de 300 HLM à Montréal. Les sommes actuellement prévues pour le développement sociaux dans sa stratégie sur le logement sont largement insuffisantes, malgré la bonification promise dans son dernier discours du Trône.

Du côté de Québec, les choses ne sont guère plus reluisantes. Pendant plus d’une décennie, le programme AccèsLogis a été sous-financé ; des programmations entières n’ont jamais sorties de terre. La Coalition avenir Québec avait promis en campagne électorale de corriger la situation ; pourtant, deux ans plus tard, à peine 2200 logements sociaux ont été livrés sur les 15 000 annoncés. Maintenant que le gouvernement Legault peut compter sur des sommes supplémentaires du fédéral, il n’a plus de raisons de procrastiner. Il n’y a pas que le FRAPRU et les autres groupes communautaires du milieu de l’habitation qui le demandent : à l’initiative de l’Association des groupes de ressources techniques du Québec, plus d’une centaine de municipalités ont adopté à ce jour des résolutions en ce sens.

À court terme, vu l’absence de solutions pour ceux et celles qui y vivent, le démantèlement des campements de fortune serait inadmissible. En attendant de pouvoir leur offrir des logements permanents, il faut à tout le moins des lits d’urgence en nombre suffisant, rendre moins restrictif l’accès à l’aide d’urgence destinée aux ménages sans logis et requérir des immeubles vacants pour y loger les personnes sans-abri. Pour éviter que la situation ne se détériore davantage, Québec doit aussi remettre en place le moratoire sur les évictions de locataires, tant que durera la pandémie.

Mais il faut voir plus loin et la solution pour sortir définitivement de cette crise est évidente : il faut dès maintenant prévoir les investissements qui permettront d’augmenter significativement la part de logements hors marché privé, en lançant un grand chantier de logements sociaux. Les deux ordres de gouvernement ont les moyens de faire bien mieux et plus. La Colombie-Britannique s’est dotée en 2018 d’un plan de 114 000 logements en 10 ans, dont 25 000 sont déjà réalisés ou en voie de l’être. Pourquoi le Québec ne pourrait-il pas en faire autant ?

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