Édition du 18 janvier 2022

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Québec

Editorial

L’extrême-droite au Québec et dans le monde : faire face et riposter

Donald Trump pourrait être de retour au pouvoir d’ici 2024 aux Etats-Unis. L’extrême-droite connaît une progression fulgurante en France. Elle est au pouvoir dans bien des pays sous différentes formes et à divers degrés d’autoritarisme. Elle a construit sa base sur les cendres d’une gauche réformiste désormais soumise aux impératifs néolibéraux, ayant fait son lit d’une acceptation béate d’un « capitalisme indépassable ». Ici au Québec, la droite identitaire dérive lentement mais sûrement vers les formes les plus rétrogrades du nationalisme autonomiste inspiré d’un duplessisme fantasmé. François Legault souhaite incarner le « cheuf », celui par qui passe la définition de la nation et qui règne sur celle-ci sans partage. Et se développe en parallèle des discours décomplexés islamophobe, antisémite, racistes et anti-féministes qui sont avant-coureurs de l’apparition de partis et d’organisation ouvertement fascistes.

Le fonds de l’air est brun

Il faut l’admettre la classe dominante comme l’a affirmé Warren Buffet, a gagné la récente bataille. Elle a complètement renversé le rapport de force établi lors de la période d’après-guerre et mène l’offensive contre les classes ouvrières et populaires. Des organisations et les partis de masse sociaux-démocrates sensés être les remparts contre les assauts du patronat sont plutôt les complices des politiques qui organisèrent la grande « régression ». Conséquence : un désarroi et une désorientation politique des populations victimes de ces politiques. Aujourd’hui, des individus et mouvements qu’on peut identifier comme étant d’extrême-droite présentent de fausses solutions en identifiant des boucs émissaires comme responsables des maux vécus par la majorité populaire. Ils préparent pourtant la prochaine étape de ces reculs et tentent d’occuper une place dorénavant incontournable sur la scène politique sans que des résistances de masse ne soient en mesure de les arrêter.

Les politiques économiques néolibérales ont été désastreuses pour les classes populaires. Leurs conditions matérielles d’existence se sont détériorées. Leur pouvoir d’achat s’est réduit au fil du temps. Le travail devient de plus en plus précaire. Les organisations censées protéger les intérêts des plus fragiles ont été repoussés sur la défensive et ne parviennent que difficilement à contrer les reculs.

L’extrême-droite à l’offensive

Les premières victimes des politiques d’extrême droite sont les femmes. Et le premier droit à être remis en question est celui de l’avortement. Donald Trump a nommé 3 juges de droite à la cour suprême et on voit que la remise en cause de l’avortement au Mississippi risque de remettre au niveau national le droit de toutes les femmes à avorter. Il en est de même avec Jair Bolsonaro et les gouvernement de droite en Europe de l’Est. La Pologne est aussi dans cette même mouvance misogyne. Mais attaquer les droits des femmes, c’est aussi attaquer les droits des personnes LGBT++. C’est la remise en question de la famille traditionnelle, du rôle de la femme à la maison qui dérange la droite. Les stéréotypes traditionnels sont nécessaires à ces courants pour assurer l’exploitation des femmes par le travail gratuit en tant que ménagères, s’assurer de la servilité des travailleurs et travailleuses et perpétuer leur pouvoir par l’aliénation du sexisme. Avec l’extrême droite, l’appauvrissement des femmes s’accélère et rien n’est entrepris pour contrer les violences faites à leur endroit. Au contraire, les violences permettent d’obliger les femmes à tenir leur rôle de bonne mère de famille. Les gouvernements de droite et d’extrême-droite ne sont pas compatibles avec les droits des femmes.

Les partis assurément fascistes ne constituent pas l’essentiel de l’extrême-droite. Celle-ci est composé de plusieurs mouvances qui peuvent aller des mouvements anti-avortement jusqu’aux nationalistes identitaires en passant par les cohortes de skinheads et les groupes intégristes religieux. Il y a aussi les partis de la droite dure, ceux qui n’adoptent pas le programme complet mais en colportent certains aspects, notamment les discours anti-immigration et/ou islamophobes. La CAQ et les conservateurs canadiens en sont des exemples probants.

Au Québec, une présence bien réelle

Si dans le passé, le fascisme québecois fut d’abord et avant tout antisémite, la nouvelle génération s’abreuve du nationalisme identitaire, du sexisme, de l’islamophobie du racisme et de l’anti-syndicalisme. Il occupe une place beaucoup plus importante que jamais dans l’histoire récente. Si les chemises brunes ne défilent pas au Québec, la circulation des idées de la droite extrême occupe de plus en plus de terrain et se fait à la vitesse grand V. Réseaux sociaux aidants, alimentés par la contribution incontournable du réseau des médias de Québecor, les discours islamophobes, anti-féministes et anti-LGBT et racistes et s’attaquant aux organisations syndicales et populaires, se multiplient pour jeter la confusion et semer la division et la désorientation.

Les idéologues de la droite extrême ont été en mesure de déplacer le curseur de ce qui est acceptable dans les discours sur l’espace publique. Ils et elles revendiquent le droit de se dire raciste ou masculiniste. Cette droite dure et décomplexée ouvre ainsi la porte à un positionnement de la droite traditionnelle comme plus « raisonnable » et lui permet de se servir de la droite dure comme repoussoir et épouvantail comme le font si bien Emanuel Macron en France ou Justin Trudeau ici au Canada. L ‘omniprésence de ce type de discours pose les bases de la constitution d’un pôle attractif de masse pour qui veut former un parti et des organisations d’extrême-droite au Québec.

De plus la question de l’identité québécoise vient renforcer ce discours. La québécitude pure laine a été reprise avec enthousiasme par la droite et l’extrême-droite pour nourrir son islamophobie. Dès l’origine de ce concept, l’ouverture, la tolérance et la diversité culturelle ont été remplacées par un mythe entretenu d’abord par l’Église catholique afin de garder le peuple sous son contrôle puis par le PQ et la CAQ pour conserver leur électorat. On l’a vu avec la « Charte des valeurs » du PQ et maintenant avec la loi 21 de François Legault. L’idéologie nationaliste se teinte de plus en plus d’idéologies droitières. C’est une conséquence des défaites référendaires de 1980 et 1995. Depuis ces échecs, le PQ n’a cessé de dériver vers la droite apportant une nouvelle couche de confusion dans l’esprit des gens qui croyaient encore ce parti d’obédience « social-démocrate ». Il fut complice de l’arnaque entourant les accommodements raisonnable, une fabrication montée de toutes pièces par les chroniqueurs et récupéré par la CAQ, ce qui a mené à l’adoption de la discriminatoire loi 21.

La campagne de construction du bloc de la droite extrême

Les hurleurs de cette propagande d’extrême-droite ne manquent pas. Des chroniqueurs de Québecor à des radio d’extrême-droite de Radio Nord Communication aux politiciens comme Maxime Bernier ou Eric Duhaime et leurs collaborateur.trice.s contribuent tous et toutes à la construction de ce discours et à son acceptabilité dans l’espace public. Il faut comprendre les effets du matraquage des discours de ces prétendus intellectuel.le.s spécialistes du détournement de la réalité pour en faire des outils de propagande haineuse, de cette industrie qui rentabilise la démagogie et le mensonge. Les radio poubelles à Québec, Jeff Fillion émule d’André Arthur en tête ont été les porte-voix de ces discours haineux et racistes.

Et maintenant la crise sanitaire a fait apparaître une autre forme de discours droitiers : le courant complotiste. Influencé par des idéologies américaines, ces complotistes se mobilisent, manifestent au nom de leur liberté individuelle sans penser à la communauté et à leur insertion dans une société. Les droits individuels sont mis à l’honneur au dépends des droits collectifs. La droite et l’extrême droite ne pouvait faire mieux comme propagande. Certes il faut dénoncer les mesures autoritaires de Legault et son fonctionnement unilatéral au mépris de la vie parlementaire. Certes il faut dénoncer les trusts pharmaceutiques pour leur surprofits mais il faut aussi insister sur la nécessité de se faire vacciner et de prendre soin de nos communautés avec une approche collective de la lutte à la pandémie.

On fait quoi ?

À l’échelle d’un média comme PTAG, notre contribution sera modeste. Nous offrons une plate-forme afin de répliquer coup pour coup aux démagogues. Nous pouvons ainsi rétablir des faits, expliquer les phénomènes socio-économiques qui font que plusieurs pensent que la société les a abandonné. Nous pouvons remettre sur les rails dans nos organisations populaires la lutte contre ces hurleurs politiques qui contribuent au désarroi des classes populaires. Nous pouvons contribuer à rebâtir les réseaux d’aide et d’entraide communautaire et remettre la solidarité à l’ordre du jour. Plus globalement, il faut rétablir un rapport de force en faveur des classes populaires. Il faut remobiliser nos organisations de base et redonner goût à la lutte. Il faut appuyer des grèves comme celles des éducatrices en garderie, les actions du communautaire, les mobilisations du mouvement des femmes. Seule l’unité militante et sociale remettra à l’ordre du jour les mobilisations citoyennes, seules à même de renverser le rapport de force en faveur des classes populaire.

Les premiers pas

PTAG veut donc apporter sa modeste contribution à ce combat. Comme média, il est possible de contribuer à déconstruire le discours de l’extrême-droite. Trop souvent, ces hurleurs expriment leurs idées sans que ne réagisse la gauche et ses représentant.e.s. Nous devons opérer un tournant à ce chapitre. Nous faisons appel à tous ceux et toutes celles qui souhaiteraient collaborer à un comité qui prendrait en charge cette responsabilité dont les modalités de fonctionnement demeurent à déterminer par les personnes qui en feront parties. PTAG se donne comme priorité de participer à cette bataille contre les discours haineux d’ici et d’ailleurs. Communiquez votre intérêt en nous faisant parvenir une courte lettre avec les formes que pourrait prendre votre contribution (rédaction, traduction, correction, reportages vidéos, table-rondes, etc.) au redaction@pressegauche.org

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