Édition du 16 juin 2020

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Québec

La réalité des deux nations : toujours d’actualité

Le point de vue de Pierre Élliot Trudeau, celui d’un Canada multiculturel formé de diverses minorités, le tout soudé par la Charte des droits et libertés, aurait-il triomphé ? On pourrait le croire puisque tant de gens et de groupe invoquent la dite charte qui leur semble aller de soit et faire partie intégrante de l’identité canadienne.

Cette impression est d’autant plus prégnante avec l’accroissement du nationalisme indépendantiste québécois qui fut la bête noire de Pierre Élliot Trudeau et du Parti libéral du Canada de la fin des années 1960 au début de la décennie1980, c’est-à-dire à une époque où le mouvement souverainiste avait le vent dans les voiles et où l’avenir paraissait lui appartenir.

Aujourd’hui, trente huit ans après le psychodrame appelé « Rapatriement de la constitution » et vingt ans après une nouvelle défaite référendaire (octobre 1995), le Parti Québécois n’est plus que l’ombre de ce qu’il fut ; la seule autre formation souverainiste est Québec Solidaire, mais elle est plutôt marginale et son avenir incertain. Le courant indépendantiste ne rencontre presque plus d’écho dans la société.

Le contraste est donc frappant entre la période 1967-1980 et celle de maintenant mais il n’est ainsi entier qu’une analyse sommaire pourrait le laisser penser.

Après tout, un ancien souverainiste (mais peut-être y adhère-t-il encore en secret, qui sait ?) occupe le pouvoir à Québec. Son parti la Coalition Avenir Québec est une formation nationaliste autonomiste mais non indépendantiste, ce qui semble correspondre aux vœux d’une majorité de l’électorat : aller chercher plus de pouvoir pour le Québec, en ajoutant une présence sur le plan international dans ses champs de compétence, mais sans quitter la fédération canadienne.

Bref, le nationalisme québécois n’est pas mort. Bien au contraire un bon nombre de Québécois et Québécoises souhaitent aussi corriger les injustices de ce qu’on nomme « la nouvelle constitution », celle de 1982 parce que, dans sa formulation même, elle gomme l’identité québécoise. Rappelons pour mémoire que, jusqu’à maintenant, aucun gouvernement québécois, quelle que soit sa couleur politique, n’a consenti à la signer. Il y manque donc un élément essentiel. Le Québec n’y est présent qu’en tant que province comme les autres, circonstances aggravantes, ce qui correspond bien à l’idéologie canadianniste de Pierre Élliot Trudeau : pour la modifier, l’unanimité des provinces est requise, ce qui explique l’échec de l’entente du Lac Meech.

Conclusion : on ne peut déduire de la victoire de Pierre Élliot Trudeau en 1982 que l’idéologie canadianniste a balayé le nationalisme québécois, Celui-ci décline sur divers tons et il n’a pas dit son dernier mot, si on peut s’exprimer ainsi. La récente déroute électorale du parti Libéral du Québec, dirigé par Philippe Couillard en 2018, réactionnaire sur le plan social mais aussi très fédéraliste, le prouve bien.

La nationalisme québécois qu’il soit d’obédience autonomiste ou indépendantiste, n’a pas fini de causer des maux de tête périodiques à la classe politique fédérale anglophone ou francophone. Il exprime la vitalité du peuple ; ce dont témoigne même paradoxalement le « nationalisme Trudeaulien », cette facette très québécoise de regarder le Canada comme un grand pays uni où anglophones et francophones fonctionneraient (ou devraient agir) sur un pied d’égalité.

Il reste de ces contradictions de l’histoire qui tournent à l‘ironie plutôt qu’à la tragédie.

Jean François Delisle

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