Édition du 26 mai 2020

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Opinion

La tiède et lente affirmation du Québec

Voici quelques éléments de vécu, ressentis et non pas en provenance d’un quelconque académisme, voulant expliquer selon un certain sens commun pourquoi l’affirmation du Québec est si tiède et lente, mais surtout pas désespérée ou « passée date ».

Le Québec du XXIe siècle est le fruit de l’histoire de la succession de trois empires tout aussi hégémoniques les uns que les autres. Ceux-ci se sont tous construits sur le sang et les corps de ceux qui leur ont permis de survivre en Amérique. Ces trois empires sont évidemment la France, le Royaume-Uni et les États-Unis d’Amérique.

Pour s’affirmer, le Québec doit intégrer et dépasser ces trois éléments fondateurs de son histoire, où selon un point de vue et une formulation freudienne il doit « tuer le père ». Ici la mère, le père et le frère doivent être dépassés.

L’empire français fut surtout littéraire et juridique. Le rayonnement de la langue française jusqu’à la cour de la tsarine Catherine II, la grande, avec sa fréquentation des encyclopédistes est assez éloquent en soit. L’inspiration, l’influence et le rayonnement, encore au XXIe siècle, du Code civil napoléonien l’est tout autant. Chez les Québécois les talents littéraires ne doivent plus rien à la mère patrie et s’affirment clairement. Du point de vue des législations civiles non plus nos preuves ne sont plus à faire et on ne compte plus les domaines où nos productions sont exemplaires et innovatrices.

L’empire sur lequel « le soleil ne se couchait pas » est encore très visible aujourd’hui de par l’existence du Commonwealth. L’hégémonisme de la langue anglaise (son plus petit et commun dénominateur) est aussi évident. Aussi, les prétentions, encore d’actualité, de la « Dame de fer » à l’effet qu’il n’y a pas de société, mais seulement des individus et que le libéralisme au sujet duquel « there is no alternative » (cf. nos Lucides) est d’une évidence de sens commun. Au Québec, il y a déjà longtemps que ces considérations dignes de l’archéologie sont remises en question et que des alternatives sont mises en valeur.

L’Empire hollywoodien, financier, militaire et surtout de « soif pétrolière » de la part des actuels États-Unis d’Amérique est d’une évidence envahissante. L’Empire en déchéance ne cèdera pas facilement sa place prépondérante. Aussi la puissance des empires financiers claniques qu’il a engendrés n’ont, l’un ni les autres, surtout pas intérêt à « céder un pouce de territoire ». Le dépassement de ces derniers ne sera pas facile, mais est déjà bien amorcé. Sur le plan artistique, quand nos voisins veulent vraiment innover ceux-ci font déjà appel à nos plus éminents artistes. Du côté de la finance, même si la concentration des richesses et « le rêve américain » sont d’une priorité bien relative chez les Québécois, quelques-uns d’entre nous y ont depuis des décennies succombés allègrement. Finalement, pour ce qui est des priorités accordées à notre complexe militaro-industriel, les nombreuses démonstrations plus pacifistes qu’agressives parsèment tout le XXe siècle de démonstrations à cet effet.

La difficulté, la lenteur et la tiédeur de l’affirmation du Québec s’expliquent par les difficultés que représente le dépassement de ces trois empires. Le Québec commence à se tailler une place de choix parmi les grandes nations du monde. Les précurseurs, que sont toujours les artistes, de par leurs sensibilités, le démontrent de plus en plus éloquemment partout sur la planète. Aussi la force de la diplomatie québécoise fut aussi éloquemment évidente lors du cheminement, jusqu’à son adoption par l’Organisation des nations unies, du document sur le respect de la diversité culturelle.

Alors, si la tendance se maintient et si le temps le permet, le Québec innovateur et original prendra bientôt sa place dans le concert des nations. La tendance est visible par l’accueil chaleureux (senti et non pas raisonné) que reçoivent nos artistes partout sur notre « petite planète bleue ». "Si le temps le permet" fait référence à l’imminente fin de l’humanité qui devient de plus en plus évidente à cause de l’attitude prédatrice des plus ambitieux, avides et rapaces d’entre nous les humains envers notre seule planète. Je ne parle pas de la fin de la planète parce que dans la perspective de quelques nations, dites Premières, pour assurer sa survie la « terre mère » pourrait, dans un avenir prévisible, se débarrasser des humains, légitimement, pour assurer sa propre survie.

La tiédeur et la difficulté de son affirmation tiennent aussi au fait que le Québec est à construire un modèle qui n’existe pas. De nombreux et éminents visiteurs sont venus s’inspirer du modèle québécois. Il suffit d’énumérer les différentes particularités, valeurs et principes qui guident depuis déjà très longtemps l’émergence du Québec pour s’en convaincre.

Renaud Blais, Québec

Écologiste et solidaire

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