Édition du 24 mai 2022

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Canada

Le Canada devrait dépenser moins, pas plus, pour ses forces militaires

Ceux et celles qui profitent de la guerre et des ventes d’armes veulent nous faire croire que notre sécurité dépend de l’augmentation des dépenses militaires. Mais, pour la plupart des Canadien.ne.s, c’est le contraire qui est vrai. En plus d’une pandémie, nos menaces à la sécurité sont écologiques, sociales et économiques. L’expansion de ce qui est déjà le plus grand ministère du gouvernement fédéral ne peut nous protéger des ces crises. Plutôt le contraire.

L’autrice est Directrice de l’Institut canadien de politique étrangère

Les forces armées du Canada comptent 125,000 soldats, réservistes et autres membres du personnel. L’armée gère le plus grand portefeuille d’infrastructures du gouvernement fédéral, couvrant une masse terrestre égale à la moitié de la Suisse.

Des déchets chimiques aux munitions explosives, ses opérations ont marqué les paysages à travers le pays. Bien qu’on en parle peu, le ministère de la Défense nationale est également responsable d’un pourcentage stupéfiant de 59% des émissions de gaz à effet de serre du gouvernement fédéral.

Ces forces armées nuisibles à l’environnement reçoivent 15 fois les ressources publiques allouées à l’agence fédérale Environnement et Changement climatique. Sur la scène mondiale, le Canada représente 1,1 % des dépenses militaires internationales, bien qu’il compte moins de 0,5 % de la population mondiale. Il n’y a que 12 pays qui dépensent plus que le Canada pour leurs forces armées.

Dans le cadre des deux plus importants achats publics jamais réalisés par le gouvernement fédéral, Ottawa prévoit de dépenser $100 milliards – $350 milliards de dollars sur leur cycle de vie – pour 88 nouveaux avions de combat et 15 navires de combat de surface. Ces avions de combat porteront chacun 18,000 livres de munitions destructrices. Les navires de guerre, dotés de radars à la fine pointe de la technologie, permettront aux responsables américain.e.s de lancer des missiles « canadiens », dont des missiles de croisière Tomahawk capables d’atteindre des cibles à 1,700 kilomètres.

Les navires de la marine canadienne militarisent les mers. La semaine dernière, un navire de la marine canadienne a été dépêché dans la mer Noire, qui borde la Russie. De manière provocatrice, des frégates canadiennes ont récemment rejoint des navires de guerre américains traversant la mer de Chine méridionale et le détroit de Taiwan. Des navires de guerre canadiens patrouillent régulièrement en mer du Nord, en Méditerranée et dans les Caraïbes.

Pour aider la force maritime mondiale du Canada, de petites bases ont été établies au Koweït, en Jamaïque et au Sénégal. Ottawa a également négocié pour mettre en place quatre autres « nénuphars » à Singapour, en Allemagne, en Tanzanie et en Corée du Sud dans le cadre d’un effort visant à « projeter la puissance de combat » sous la direction du Pentagone.

Bien qu’elles ne soient pas officiellement en guerre, les Forces canadiennes participent actuellement à quelque deux douzaines de missions internationales. Des centaines de soldat.e.s canadien.ne.s sont en Irak ainsi qu’en Lettonie et en Ukraine, deux pays frontaliers de la Russie. Un plus petit nombre de soldat.e.s aide une force de sécurité palestinienne qui aide à faire respecter l’occupation israélienne de la Cisjordanie, et d’autres font partie d’une mission qui remonte au début des années 1950 à la guerre de Corée.

N’oublions pas qu’au cours des trois dernières décennies, des dizaines de milliers de Canadien.ne.s ont été déployé.e.s pour combattre en Irak, en Serbie, en Afghanistan et en Libye.

A qui servaient ces guerres ? Pas ceux des travailleurs et des travailleuses canadien.ne.s.

Trente ans plus tard, les combats se poursuivent en Irak, tandis que les tensions ethniques couvent au Kosovo. Les bombardements de l’OTAN sur la Libye en 2011 ont conduit à des marchés d’esclaves et à une guerre civile en cours. En Afghanistan, les talibans nouvellement dominants semblent modérés par rapport à ISIS-K.

Les forces canadiennes ont également causé des dommages importants à certains endroits en tirant à peine un coup de feu. En 2004, par exemple, 30 commandos canadiens de la Force opérationnelle interarmées ont « sécurisé » l’aéroport de Port-au-Prince la nuit où les Marines américains ont exilé en République centrafricaine le président de gauche élu d’Haïti, Jean-Bertrand Aristide, Par la suite, 500 soldat.e.s canadien.n.es ont protégé le nouveau gouvernement haïtien, installé par des forces étrangères, pendant six mois, alors qu’il réprimait le mouvement démocratique.

Six ans plus tard, lorsqu’un tremblement de terre dévastateur a tué des dizaines de milliers de personnes en Haïti, le Canada n’a pas envoyé ses équipes lourdes de recherche et de sauvetage en milieu urbain. Au lieu de cela, il a envoyé 2,000 soldat.e.s, qui pour la plupart ont fait la police d’une population traumatisée.

L’armée canadienne n’est pas conçue pour défendre notre pays contre un agresseur étranger, et encore moins pour protéger les citoyen.ne.s contre des problèmes de sécurité urgents, comme une pandémie qui bouleverse la vie, ou une dégradation du climat qui ne cesse de s’aggraver. Elle est structurée pour aider les objectifs impérialistes du gouvernement américain.

Peu de nations possèdent des navires de guerre capables de lancer des missiles à 1,700 kilomètres. La Nouvelle-Zélande, homologue canadien des « Five Eyes » (alliance du renseignement comprenant l’Australie, le Canada, la Nouvelle-Zélande, le Royaume-Uni et les États-Unis), son partenaire commercial nord-américain, le Mexique, et son allié européen, l’Irlande, n’ont pas d’avions de chasse opérationnels. Trente pays, dont le Costa Rica, le Panama et l’Islande, n’ont même pas d’armée.

Mettons nos priorités au clair. Nous avons besoin de moins, et non de plus, de dépenses militaires.

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