Édition du 26 mai 2020

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Environnement

Le climat, l’Alberta et les feux de forêt

Nora Loreto et Sarah Beuhler,
europe-solidaire.org, 9 mai 2016,
Traduction, Alexandra Cyr,

Ne laissons pas l’incendie de Fort-McMurray devenir un tonique réconfortant pour l’industrie pétrolière et gazière. Elle savait que cela surviendrait.
Impossible d’y échapper : l’émotion qui monte à chaque image de ces feux en Alberta qui arrive sur l’écran vient occuper la plus petite partie de votre cerveau qui est encore disponible et vous va droit au cœur.

Spécialement quand on se rend compte que 90,000 personnes fuient une ville canadienne parce que l’urgence climatique s’impose. Et les travailleurs-euses, ceux et celles qui ont tout perdu, les autres dont ce n’est pas le cas mais qui dorment sur des lits de camps.

Les travailleurs-euses qui ont l’habitude d’aller et venir par avion et qui sont retourné partout en Colombie-Britannique surtout sur l’ile de Vancouver en se demandant s’ils pourront retrouver leur travail. Et tous ceux et celles de partout au Canada qui l’ont traversé pour rejoindre l’Alberta dans la forêt boréale tous les 10, 20 ou 30 jours.
Est-ce que Fort McMurray restera une zone sacrifiée ou sera-t-elle reconstruite ? Est-ce le signal du canari dans notre écosystème ? Que nous apportera encore cet été 2016 ?

Je me rappelle du temps où j’ai travaillé au Yukon avec des hommes qui sont devenus de très bons amis. Je me rappelle ceux qui formaient la première équipe contre le feu. Nous étions transportés-es par hélicoptère dans les zones attaquées par l’incendie. Je devais cuisiner pour 500 personnes ou 10 selon l’ampleur et l’urgence des autres départs de feu. Nous étions dans l’excitation d’entendre deux fois par jour les dernières infos sur l’ampleur de l’incendie, la météo, les vents, le degré d’humidité etc. Tout ça nous submergeait.

Je me rappelle, tout-à-coup, quelque chose que j’avais oublié : à Langara, j’ai étudié les sciences environnementales pendant un an et demi. Un de nos passes temps était d’extrapoler, à partir des prédictions quant aux effets des changements climatiques sur les prairies. Leur position continentale faisait que tout y empirerait, que les étés y seraient de plus en plus chauds et secs. Les risques de feux augmenteraient. Les incendies de forêt, qui normalement se passent à la température tout juste nécessaire pour que les coques des graines de la forêt boréale ouvrent et qu’elle se régénère, au contraire la chaleur dégagée par les incendies extrêmes carboniseraient les graines et auraient des impacts impossibles à prévoir sur cette forêt boréale. C’est pourtant une des dernières meilleures façons que la terre possède pour transformer le dioxyde de carbone en oxygène.

Nous savions que ça allait arriver. Les pétrolières et gazières les savaient aussi. Ce que nous ignorions c’était sa vitesse et à quel point ce serait bouleversant. Nous sommes en colère contre les dirigeants-es de ces entreprises et leurs actionnaires. Leur seule préoccupation est le profit.

Nous somme en colère contre un système qui offre de bons emplois bien payés pour les régions en récession à condition que ceux et celles qui les veulent quittent leur foyers pour rejoindre une ville champignon destinée à se transformer en ruines. Nous sommes en colère parce que la vie de ces gens n’a jamais été aussi importante que le produit qu’ils extraient du sol. Nous sommes en colère parce qu’il aura fallu ce désastre pour faire la preuve des dangers liés à notre dépendance au pétrole. Et contre nos politiciens-nes et les compagnies qui jouent à la roulette avec la terre, l’air et les eaux pour les profits de quelques uns-es.

Il est peut-être temps de remettre les choses en place.

Nous n’allons pas laisser cette mauvaise expérience se transformer en grand réconfort pour l’industrie pétrolière et gazière. Elle est sur le point de se débarrasser de presque tous ses employés-es. C’est pour cette force ouvrière qu’il faut se battre pas pour le profit des actionnaires des compagnies.

Il est temps que nous nous remettions à la lutte contre les changements climatiques. Je m’en suis éloignée mais il vient un moment où on ne peut plus s’asseoir tranquillement. C’est tellement écrasant de nous voir glisser petit à petit dans la zone rouge du climat. Nous cherchons à nous donner un sens de normalité en rabotant les contours de notre prise de conscience.

Ça nous submerge. Nous y pouvons quelque chose. Oui, les deux en même temps.

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