Édition du 24 mars 2020

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Le blogue de Donald Cuccioletta : « La Gauche américaine en 2020 - Stratégies et perspectives »

Le débat est lancé au sein de la gauche : ‘Que faire ? » de la campagne de Bernie Sanders

Plus nous avançons dans la période des primaires et plus nous constatons que Joe Biden détient une avance confortable sur Bernie Sanders. Avec les sept cents soixante et onze « super délégués » qui voteront surement pour lui, BIden sera le candidat du Parti démocrate pour le 3 novembre contre Donald Trump. Sanders semble vouloir rester dans la course pour continuer à promouvoir sa « révolution politique » et dédendre l’idée d’un système santé universel pour les États-Unis.

Nous avons été témoins, durant le dernier débat Biden/Sanders, que l’Idée du programme de santé universel continue à faire son chemin au sein de la population américaine. En réaction à la pandémie de la COVID-19, Sanders a fait valoir l’idée l’importance d’avoir un tel programme. Biden à répondu que ça couterait trop cher et ça ne fonctionne pas, ce qui a démontré que le Parti démocrate et Joe Biden ne veulent pas implanter un programme de santé universel pour la population américaine. Il a toutefois mentionné que, s’il gagnait la nomination, il joindrait une colistière à son équipe. Cela constitue sans doute un petit clin d’œil à la sénatrice Elizabeth Warren, qui pourrait contrebalancer les positions de droite de Biden avec une position centriste et progressiste sur les questions sociales. Ceci montre bien que les idées de Sanders trouvent un écho dans la population.

Bien que nous devions reconnaître que Sanders ne gagnera pas la nomination, la force principale de sa campagne réside dans son discours. Un discours qui se répand et qui convainc plusieurs personnes de la pertinence d’une politique progressiste et qui dans une certaine mesure, permet une ouverture pour la politique socialiste tournée vers l’avenir. Les percées du discours de Sanders et le soutien des candidates et candidats qui se présentent aux différents paliers de la structure gouvernementale des États-Unis ont contribué à mettre sur la place publique l’idée du socialisme. Cet exemple nous montre que la participation des candidates et des candidats socialistes à une élection même bourgeoise ouvre une fenêtre d’opportunité pour avancer non seulement un programme pragmatique, mais aussi un discours d’éducation populaire pour la classe ouvrière.

Ainsi, la campagne de Bernie Sanders est à la croisée des chemins. Certains croient non seulement que Sanders doit continuer, mais qu’il peut vaincre Joe Biden. En somme, la position de l’électoralisme a aussi envahi la gauche radicale. Les débats en cours entrainent une division entre la gauche progressiste (sociale démocratie) et la gauche radicale.

Ceci est une situation qui est toute à fait normale au sein de la gauche, surtout quand celle-ci existe au sein d’une coalition issue de la gauche dite pluraliste. L’idée stratégique et la lutte menée par les forces de la gauche même radicale pour la participation aux élections nous accompagnent depuis plusieurs décennies. Ce débat a traversé l’ensemble de l’histoire de la gauche à toutes les élections. La question de fond a toujours été : est-ce que nous devons y participer et si oui, comment et pour quelle raison ?

Faut-il participer aux élections avec l’espoir de gagner ou y participer pour avancer les idées de la gauche et développer l’éducation populaire au sein de la classe ouvrière. C’est la question que se pose au sein du débat qui vient de s’enclencher entre la gauche progressiste et la gauche radicale. Ce débat est un exemple classique de la division entre la sociale démocratie (l’électoralisme) et l’utilisation des élections pour faire avancer l’idéologie du socialisme (la gauche radicale).

La situation que vit Sanders présentement a fait éclater cette confrontation idéologique, parmi les forces qui se disent de gauche aux États-Unis. Cette discussion n’aurait pas eu lieu au coeur des primaires si Sanders avait encore une chance de gagner contre Biden. À moins qu’une catastrophe tome sur la campagne de Biden nous devons nous rendre à l’évidence que Sanders ne gagnerait pas.
La situation à laquelle la gauche américaine fait face est réelle et normale. C’est un débat que la gauche progressiste et la gauche radicale devaient avoir suit à la campagne des primaires et même après la campagne présidentielle. Mais ce type de débat serait aussi nécessaire si, dans les futures campagnes présidentielles, la gauche proposait une candidate ou un candidat qui se dirait socialiste et se présenterait dans les primaires du Parti démocrate.

L’autre question qui vient de se poser, et qui est peut-être une des plus importantes à moyen terme est la suivante : est-ce que la gauche progressiste ou la gauche radicale est en mesure d’envisager, en profitant de la remarquable renaissance de l’idée du socialiste, la fondation d’un véritable parti socialiste aux États-Unis. Cette question est sans doute un peu prématurée, étant donné la réalité actuelle du mouvement socialiste américaine.

Par contre, il semble qu’il y ait certains militants et certaines militantes qui sont prêts et prêtes à discuter cette idée, même si les conditions démontrent qu’il y a encore beaucoup de faiblesses dans la structure du mouvement. Les suces sont récents, et surtout l’ancrage des idées socialistes reste encore fragile dans la classe ouvrière sans véritable emprise. La question mérite toutefois d’être posée, ne serait-ce que pour suivre et évaluer le développement du mouvement socialiste aux Etats-Unis.

Avec Sanders en 2016 et aujourd’hui en 2020 il y a une effervescence américaine pour le socialisme, mais ceci reste encore fragile, peu d‘enracinée. Il faut faire attention puisque l’enthousiasme, important certes, peut mener à de faux espoir s‘il ne dispose pas d’une assise dans la réalité concrète. L’élection de 2016 avec le succès de Sanders et du mouvement socialiste en général a créé un bon et solide départ pour ce sentir préparé.e.s pour 2020, mais maintenant une analyse de la situation concrète devient fondamentale, sinon le mouvement socialiste américain s’en tiendra au niveau de l’enthousiasme et de l’espoir.

Toutes les questions qui ont commencé à surgir dans cette période des primaires où la droite du Parti démocrate a consolidé ses forces, a parvenue à isoler la candidature de Sanders, mais pas son discours, force la gauche progressiste et la gauche radicale a faire une analyse en profondeur, de 2016 et de 2020, pour continuer la lutte d’une façon conséquente, solidifier les résultats positifs, structuré l’enracinement et surtout élargir le socialisme aux États-Unis par la lutte des classes.

Beaucoup de questions, beaucoup de débats, beaucoup d’analyses demeurent à faire au sein de la gauche américaine. La lutte continue/Lotta continua.

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