Édition du 16 juin 2020

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Arts culture et société

Les Black Panthers filmés par Agnès Varda

Notre Voyage autour de nos chambres #68 vous propose de voir, sur la plateforme MK2Curiosity, le film que la cinéaste a réalisé aux États-Unis en 1968 : une plongée dans le mouvement révolutionnaire pour l’émancipation des afro-américains d’une remarquable modernité.

Tiré de Politis.

Depuis les premières semaines du confinement, la plateforme MK2Curiosity, de MK2 et du magazine Troiscouleurs, met chaque semaine un choix de films en ligne et en accès libre. Parmi ceux qui sont proposés actuellement, un documentaire d’Agnès Varda résonne particulièrement avec notre actualité : Black Panthers.

Une commande de la télévision française…

Black Panthers est une commande faite par la télévision française à la cinéaste alors que celle-ci séjournait aux Etats-Unis en 1968 avec Jacques Demy. Elle y réalisera un long, Lions Love, et plusieurs courts-métrages, dont celui-ci. La télévision française, sans doute effrayée et échaudée par ce qui vient de se dérouler en France au mois de mai, ne le diffusera jamais.

Un extrait de One + One

Le film d’Agnès Varda n’a pourtant rien à voir avec les séquences mises en scène avec des militants des Black Panthers par Jean-Luc Godard dans One + One (d’abord intitulé Sympathy for The Devil), réalisé également en 1968, où celui-ci pousse loin la provocation. Black Panthers cherche avant tout à documenter ce mouvement, à comprendre son fonctionnement et ses revendications, quelques mois après la mort de Martin Luther King.

Agnès Varda a filmé un rassemblement des Black Panthers à Oakland, dans la banlieue de San Francisco. Les leaders prennent la parole pour réclamer la libération d’un des leurs, Huey Newton, emprisonné à la suite d’une échauffourée sanglante avec un policier, et dont le procès doit avoir lieu. La cinéaste, et son assistant réalisateur de l’époque, Pascal Thomas, ont même eu droit d’interviewer le détenu Huey Newton.

Le refus du communautarisme

Le film est une plongée dans l’univers du Black Panthers Party. Ce n’est qu’à la toute fin qu’Agnès Varda prend à son compte ses positions révolutionnaires (d’inspiration marxiste-léniniste), transformant sans hésitation son documentaire en film militant. Mais le plus frappant tient à l’extraordinaire modernité du mouvement des Black Panthers. Leur combat contre la politique raciste et la violence des policiers (dénommés les « Pigs », les « cochons », par les militants) refuse le communautarisme ethnique et le repli sur soi. La couleur de peau n’est pas sacralisée et l’alliance avec la gauche blanche est recherchée. Last but not least, les femmes sont des militantes valorisées, qu’avec leur coupe de cheveux afro, revendiquée comme un acte politique, Agnès Varda filme et interroge à loisir. Black Panthers ? Un film de salubrité publique, d’hier et d’aujourd’hui !

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