Édition du 19 octobre 2021

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Québec

Québec solidaire doit se donner une cible de 65% de réduction des émissions de GES

Dans son projet de plateforme présenté à son 15e congrès qui se tiendra du 19 au 21 novembre prochain, il est proposé que pour lutter contre les changements climatiques, "Québec solidaire s’engage à adopter une Loi sur le climat pour réduire d’au moins 45% les gaz à effet de serre par rapport au niveau de 1990, d’ici 2030, en vue d’atteindre la carboneutralité en 2050." Ce proposition est en deçà des nécessités posées par l’urgence climatique. C’est pourquoi, il nous semble nécessaire de fixer la cible à au moins 65%. Nous voulons ici expliquer rapidement les fondements d’une telle position.

1. La plupart des pays capitalistes avancés ont une cible supérieure au 45% proposé.

• Les 27 pays de l’Union européenne ont fixé une cible d’« au moins 55% » d’ici 2030 afin d’atteindre la neutralité carbone. Même si cette cible est « nette » puisqu’elle inclut les « puits de carbone » naturels comme les forêts et les sols dans le calcul des émissions. [1]
• À l’ouverture du Sommet international sur le climat, Joe Biden a annoncé son intention de réduire les GES des États-Unis à 50% d’ici 2030, par rapport au niveau de 2005. [2]
• Le gouvernement Trudeau a annoncé en avril dernier à ce même Sommet international une réduction de 40 à 45% des émissions de gaz à effets (GES) d’ici 2030. L’année de référence pour le calcul est 2005. La précédente cible était de 30%. [3] "Mais il n’a pas voulu limiter la croissance du secteur pétrolier et gazier, qui est un poids lourd pour le bilan carbone canadien, soit 26% des émissions. (Ibid) Pire, les émissions ont augmenté chaque année entre 2016 et 2019. [4]
• Le gouvernement du Québec a gardé l’objectif d’une baisse de 37,5% entre 1990 et 2030 établi par le gouvernement Couillard. Le gouvernement Legault a reconnu que le PEV ne pourrait permettre d’atteindre que la moitié de cet objectif. [5]

2. La cible fixée par ces différents pays et le Québec est moins ambitieuse que ce qu’exige la science du climat.

Pour le GIEC, il n’y a absolument rien qui peut remplacer les réductions immédiates de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. [6] Les grandes ONG environnementales (Greenpeace, Réseau action climat, parle d’au moins 60% d’ici 2030 par rapport à 2005.

3. Le capital fossile freine des deux pieds les initiatives concrètes pour atteindre des cibles ambitieuses

Le capital fossile (les entreprises pétrolières et gazières), les industries qui en dépendent (industrie automobile, plus généralement de transport et d’armement) cherche à bloquer les cibles élevées et les politiques qui permettraient d’atteindre de telles cibles. « Cette transition va entraîner des pertes pour les activités économiques dans les industries polluantes et pour les investisseurs financiers qui portent les actifs de ces entreprises. C’est ainsi que d’énormes réserves fossiles ne seront jamais brûlées. Ces actifs abandonnés ou échoués » (standed assets) seront dévalorisés, créant des pertes financières très élevées. L’importance de ces pertes est liée à l’objectif climatique recherché. Plus les cibles sur la hausse de températures acceptables sont exigeantes, plus ressources fossiles deviendront « échouées » et donc non utilisées. … Or pour un objectif de hausse de la température moyenne de 2 degrés C sur la planète, au moins la moitié des ressources fossiles doit être abandonnée, pour un objectif de 1,5 degré C, c’est plus de 80%. » [7] C’est pourquoi le capital fossile et ses alliés vont freiner des deux pieds la transition vers une économie bas carbone.

4. Il s’agit d’une surenchère sur la hauteur des cibles, mais d’une compréhension de la radicalité des moyens qui devront être mis en oeuvre devant l’urgence climatique

Il ne s’agit pas de faire de la surenchère au niveau de la hauteur des cibles. L’ensemble des gouvernements néolibéraux posent la carboneutralité pour 2050, mais se donnent peu de moyens pour y parvenir. Jusqu’ici aucune des cibles fixées par ces gouvernements n’a été atteinte. La hauteur des cibles doit indiquer la radicalité des moyens qui doivent être envisagés, mais il est certain que fixer des objectifs faibles signifie viser des actions faibles qui ne seront pas à la hauteur des défis qui sont devant nos sociétés.

Même si la COP26 (à Glasgow, en novembre), décidait d’appliquer les engagements pris jusqu’ici par les différents signataires de l’Accord de Paris, l’augmentation des températures dépasseraient les 2 degrés et l’humanité devrait affronter de terribles perspectives.

Le plafond fixé à Paris serait dépassé, l’acidification et la désoxygénation des océans continueront d’augmenter avec des conséquences négatives sur la vie marine... Selon le rapport spécial 1,5°C du GIEC, atteindre zéro émissions nettes de CO2 en 2050 nécessite de réduire les émissions mondiales de 59% avant 2030 (65% dans les pays capitalistes développés, vu leur responsabilité historique) . [8]

5. Une véritable bifurcation des modes de production, de consommation et de distribution de la richesse est nécessaire

Pour faire face à la crise climatique, il faut enclencher au plus tôt une véritable révolution des modes de production (de l’énergie, des transports, en agriculture…), des modes de consommation et d’échange et la distribution plus égalitaire de la richesse sociale afin de prendre en compte la transition climatique dans une conception intégrée écologie/environnement. Cela implique :
• L’accélération de la fin de l’utilisation des sources d’énergies non renouvelables ;
• la primauté et la généralisation des énergies renouvelables sous contrôle public ;
• le dépérissement de l’autosolo comme moyen de transport privilégié et le transport public collectif et gratuit comme moyen principal de mobilité ;
• la multiplication des initiatives visant l’économie d’énergie dans le domaine bâti (dans les secteurs industriel, commercial, institutionnel et résidentiel) ;
• la transformation d’une agriculture industrielle agro-exportatrice vers une agriculture écologique de proximité ;
• la fin de l’obsolescence planifiée et l’obligation de la durabilité et de la qualité des produits industriels ;
• le développement de l ‘économie des circuits courts et la relocalisation d’urgence des productions essentielles (médicaments, vaccins, alimentation et ensemble des productions liées à la transition).
• la sobriété dans l’utilisation des ressources ce qui passe par l’élimination des productions inutiles et la rupture avec la surconsommation et une publicité qui cherche essentiellement à l’entretenir.

Ce sont là des axes de bifurcation vers une société bas carbone qui fonde une cible ambitieuse de réduction des GES

6. Une responsabilité historique dans le basculement du climat à assumer

Une cible de 65% de réduction des émissions de GES tient compte de la responsabilité historique des anciens pays industrialisés. Les réductions à l’échelle du Québec doivent aussi comprendre le soutien apporté aux pays du Sud pour réduire leurs émissions de GES.

Bernard Rioux

Militant socialiste depuis le début des années 70, il a été impliqué dans le processus d’unification de la gauche politique. Il a participé à la fondation du Parti de la démocratie socialiste et à celle de l’Union des Forces progressistes. Militant de Québec solidaire, il participe au collectif de Gauche socialiste où il a été longtemps responsable de son site, lagauche.com (maintenant la gauche.ca). Il est un membre fondateur de Presse-toi à gauche.

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