Édition du 12 février 2019

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Servir les intérêts de qui ?

Lorsque j’ai lu la nouvelle à l’effet qu’un fonctionnaire avait été congédié après avoir fourni des documents à un journaliste de Radio-Canada pour dénoncer une situation qu’il jugeait inacceptable, je me suis dit : encore une fois, c’est un bien mauvais message envoyé aux employé-e-s de la fonction publique qui, témoins d’aberrations et de situations inadmissibles, veulent faire bouger les choses. Sans entrer dans tous les détails de ce cas, il m’apparaît évident que malgré la Loi facilitant la divulgation d’actes répréhensibles dans les organismes publics, entrée en vigueur en mai 2017, les « lanceurs d’alerte » sont loin d’être réellement bien protégés.

À la suite du sit-in des infirmières de l’urgence de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont la semaine dernière, parmi les questions qui m’étaient posées par les représentant-e-s des médias, il y avait souvent celle des représailles. Est-ce que l’employeur allait punir ces infirmières pour le débrayage spontané ? Heureusement, l’employeur de cet hôpital ne les a pas sanctionnées et n’a pas menacé de le faire. Malheureusement, ce n’est pas toujours le cas.

Les professionnelles en soins font face quotidiennement à des événements déplorables, mais les menaces de représailles sont telles qu’elles osent rarement les dénoncer. Le double statut de « professionnelle et salariée » rend le dévoilement encore plus périlleux. Pour empêcher les professionnelles en soins de parler, les employeurs utilisent l’argument du devoir de loyauté dans certains cas, et dans d’autres, ils menacent carrément de déposer une plainte à leur ordre professionnel. C’est ainsi qu’on tente de les garder dans le silence, alors que tout ce qu’elles veulent au fond, c’est avoir les moyens d’offrir des soins de qualité et sécuritaires à la population.

Maintenir les professionnelles en soins dans un tel mutisme, ça sert les intérêts de qui ? Ni le personnel, ni les patient-e-s ne sortent gagnant-e-s d’une telle omertà. Les seuls intérêts que cela sert sont ceux des employeurs et du gouvernement, qui sont les vrais responsables des situations inacceptables sévissant actuellement dans le réseau de la santé.

La longue saga du CHSLD Denis-Benjamin-Viger doit être l’occasion d’une réelle prise de conscience. Les employeurs ne sont pas toujours au service de la population et des professionnelles en soins. Cela aura pris trois ans de démarches individuelles, syndicales et judiciaires, de dénonciations publiques et des dizaines de milliers de dollars pour obliger un employeur à mettre du personnel en quantité suffisante pour répondre aux besoins des patient-e-s et ainsi garantir la qualité des soins.

Le gouvernement actuel doit envoyer un message sans équivoque aux directions d’établissements. Les menaces et la peur pour empêcher les professionnelles en soins de parler ne seront plus des comportements tolérés. Et en passant, les avis disciplinaires, les suspensions ou les congédiements devraient surtout être appliqués à certains décideurs qui sont de toute évidence plus préoccupés par leur image que par l’intérêt public !

Nancy Bédard

Présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ)

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