Édition du 28 janvier 2020

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Le blogue de Pierre Beaudet

Voter pour le 1 % ?

Les sordides histoires qui s’accumulent sur les partis et les candidats vont avoir marqué cette campagne électorale. Au point où si je n’avais pas de tête, je suivrais les consignes de mon ami Francis Dupuis Déri de ne pas voter. Il se trompe, mais néanmoins, il faut constater qu’il y a quelque chose de pourri dans notre structure dite démocratique.

Comme aux États-Unis, on arrive à un point où les partis traditionnels et les personnalités politiques qui en sont l’émanation proviennent d’un petit monde dans notre monde, celui du 1 %. À ma connaissance, être millionnaire comme Pauline Marois, PKP, François Legault, Gaétan Barrette, Philippe Couillard, cela veut dire qu’ils sont dans le 1 %. Les médias vont dire, « c’est normal. Ce sont des gens compétents ».

Et bien non ce n’est pas normal.

Plus encore, regardez la liste des élu-es à l’Assemblée nationale. Je ne sais pas s’il y a beaucoup de millionnaires dans cela, mais je note qu’une bonne majorité sont hommes/femmes d’affaires, avocat-es, médecins, professeurs. Très loin derrière, viennent des travailleuses sociales, quelques syndicalistes et étudiant-es. Des travailleurs et des travailleuses à bas revenus, il faut oublier cela. Les femmes évidemment sont totalement sous-représentées. N’est-ce pas un peu étrange si on considère la sociologie de la population québécoise ?

Un vieux marxiste non repenti comme moi va dire que cela relève de l’exclusion des classes populaires et de la domination, plus ou moins subtile, d’une couche très mince de privilégiés et de leurs larbins (les « spins »). Encore là si on pêche dans le répertoire socialiste, on comprend que cette domination repose sur des processus de longue durée durant lesquels le 1 % a exproprié la richesse collective et continue de l’accaparer. On constatera également que cette domination repose sur de puissants « appareils idéologiques », qui inculquent, 24 heures par jour et sept jours sur sept, des valeurs rétrogrades. Le message est en gros le même : « acceptez votre subordination. Le 1 % a raison parce qu’il est riche et vous les 99 %, vous n’êtes rien ».

Il arrive que des gens du 1 % soient bien intentionnés, même si, pour devenir riches habituellement, il faut exploiter, mentir, humilier. Il y a des exceptions. Certaines gens du 1 % croient sincèrement qu’ils peuvent « aider » le peuple. Mais qu’ils soient de bonnes personnes ou non ne change pas vraiment à cette structure du pouvoir tordue par la domination de classe. Les couches populaires n’ont pas à attendre de l’« aide » et qu’on le veuille ou non, elles n’ont d’autre choix que de s’organiser pour imposer des changements au 1 %. C’est un peu ce qui est arrivé dans ce qui était la révolution que j’appelle pas-si-tranquille. Plus récemment, c’est ce qui est arrivé avec les Carrés rouges, et qui a terrifié les dominants, toutes tendances confondues.

Bref, le problème avec le 1 %, ce ne sont pas les personnes, mais le système qui génère de la pauvreté et de l’exclusion, système que le 1 % défend toujours becs et ongles. C’est ainsi que des péquistes justifient PKP et ses innombrables batailles pour écraser les travailleurs et les travailleuses de l’Empire Quebecor, tout en plaçant l’argent volé aux gens dans des paradis fiscaux américains. Le PLQ ne donne pas sa place, car depuis 50 ans, c’est devenu le royaume des pantins.

Aujourd’hui, on a la chance de voter pour le 99 % avec Québec Solidaire. Regardez les candidat-es et vous verrez d’où ils /elles viennent. C’est un beau projet, unanimement décrié par les dominants et leurs partis, diabolisé par les médias-poubelles, ignoré (la plupart du temps) par les médias tout court. Malgré ces blocages, des avancées sont possibles. Les partis de gauche arrivent parfois à percer. Ils le font quand ils sont bien appuyés par un peuple qui s’auto-organise, qui s’éduque, qui croit en l’espoir, comme on a vu cela durant le printemps 2012.

Alors on verra le 7 avril si tout cela peut surgir.

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