Édition du 26 mai 2020

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Québec

Budget 2019-2020 du gouvernement Legault : vert du côté pile, noir du côté face

Montréal, le 10 mars 2020 - Vingt-deux groupes citoyens pour le climat et des acteurs du secteur de l’éducation unissent leurs voix pour déplorer que malgré des marges de manoeuvre records, le budget 2019-2020 de François Legault ne soit pas à la hauteur des besoins engendrés par l’urgence climatique et marque le maintien de plusieurs orientations gouvernementales qui feront augmenter et non diminuer les émissions de gaz à effet de serre (GES) du Québec.

« François Legault nous propose un budget vert du côté pile, mais noir du côté face, estime Carole Dupuis du Mouvement écocitoyen UNEplanète. Notre crainte, c’est que la Politique-cadre d’électrification et de lutte contre les changements climatiques, à venir bientôt, témoigne des mêmes contradictions en mettant de l’avant tout un train de mesures mais sans avoir l’ambition nécessaire ni s’attaquer à plusieurs des principales sources d’émission de GES. La décennie qui commence déterminera si on réussira ou non à endiguer l’emballement climatique : on n’a plus le temps d’avancer moins vite qu’on le pourrait. »

Tout en soulignant que le budget 2019-2020 annonce certaines mesures porteuses, y compris le début d’un rattrapage en matière de transport collectif, les groupes regrettent que les modélisations du gouvernement se fondent sur une cible trop faible de réduction des émissions de GES (-37,5 % en 2030 par rapport à 1990) et sur l’évolution hypothétique des technologies plutôt que sur le respect des capacités de la nature. Ils estiment aussi que l’effet de ces investissements sera mitigé et insuffisant en l’absence de signaux financiers tout aussi forts pour décourager la consommation d’énergies fossiles, notamment l’auto solo et les voitures à essence.

Selon eux, un budget cohérent visant la réduction des GES aurait exclu toute dépense d’investissement dans l’extension du réseau autoroutier, ce qui n’est pas le cas. Il aurait certes prévu l’électrification du parc automobile gouvernemental et maintenu les mesures incitatives à l’achat de véhicules électriques, mais surtout inclus un malus vraiment dissuasif à l’immatriculation de véhicules à essence, surtout les camionnettes et les VUS. Il aurait annoncé la fin des investissements dans le développement des aéroports régionaux et affecté des sommes substantielles au covoiturage ainsi qu’au transport interurbain terrestre.

Selon les groupes, un budget cohérent aurait aussi mis fin à toute subvention à la consommation et au développement des énergies fossiles, un autre sujet dont il n’a pas été question dans le discours du budget. En matière de chauffage des bâtiments, il aurait prévu des sommes conséquentes pour électrifier non seulement les nouveaux bâtiments publics et les bâtiments chauffés au mazout, mais bien tous les bâtiments publics et privés actuellement chauffés au gaz naturel.

Les groupes se réjouissent d’apprendre qu’un montant d’environ 830 000 $ par an, pendant trois ans, soit prévu pour financer une campagne de sensibilisation et d’éducation sur la transition énergétique. Les signataires déplorent toutefois que le budget ne semble pas prévoir le financement du vaste exercice de dialogue social et de planification territoriale qui serait indispensable pour engager la population dans l’élaboration et le déploiement des virages à opérer dans un contexte d’urgence climatique et d’effondrement de la biodiversité. « Les acteurs des milieux de l’éducation croient essentiel que le Québec se dote d’une réelle stratégie intersectorielle d’éducation et de dialogue social pour aborder la crise environnementale », souligne à ce sujet Laurence Brière, professeure associée au Centr’ERE.

Globalement, les groupes considèrent que malgré certains progrès, le budget 2020-2021 maintient le Québec dans un modèle dépassé, ancré dans l’illusion de la croissance infinie, alors que l’urgence climatique nous donne l’occasion de façonner un nouveau projet de société carboneutre, plus résiliente et plus juste. Pour eux, l’expression « Plus de richesse, moins de GES » mise de l’avant par le Premier Ministre manque de sensibilité pour les jeunes car elle réduit la transition à un projet de développement économique.

« La richesse, pour nous, c’est la possibilité d’un avenir où les générations montantes et futures auront une vie décente, à l’abri des crises alimentaires, des pénuries d’eau et des conflits sociaux qui nous attendent sur une Terre plus chaude de 3 ou 4 degrés. C’est aussi faire notre part pour empêcher que les peuples des pays du Sud ainsi que les Premiers peuples, qui ont peu ou pas contribué à la crise climatique, souffrent encore davantage. Le budget 2020-2021 ne nous amène pas dans cette direction, mais vise plutôt à nous permettre d’accaparer, autrement, toujours plus de richesse matérielle au détriment de la Planète et des populations vulnérables. Nous ne nous reconnaissons pas dans cette vision et nous réclamons mieux du gouvernement du Québec », affirme Maude Prud’homme, déléguée à la transition énergétique du Réseau québécois des groupes écologistes.

ANNEXE - Principales attentes des groupes signataires par rapport à la future Politique-cadre d’électrification et de lutte contre les changements climatiques

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Signataires

Action Climat Outaouais, Réal Lalande
Action Environnement Basses-Laurentides Lucie Massé
Alerte Pétrole Rive-Sud, Marie Samson et Monique Hains
Alternatives Bécancour, François Poisson
Centr’ERE, UQAM, Laurence Brière, professeure associée
Coalition climat Montréal, Jean-François Boisvert
Coalition Éducation-Environnement-Écocitoyenneté, Hugue Asselin
Comité Vigilance Hydrocarbures des municipalités de la MRC de Maskinongé, Pierre Foisy
Comité vigilance hydrocarbures MRC L’Assomption, Louise Morand
CVH (Comité Vigilance Hydrocarbures) Lavaltrie, Guy Boudreau
Équipe de la DUC (Déclaration d’Urgence Climatique), Normand Beaudet
Extinction Rebellion Ville de Québec, Anne Rufiange
Goldboro, parlons-en !, Alexandre Ouellet
GROUVIDHAM, Sylvie Berthaud
La Planète s’invite au Parlement , François Geoffroy
Lotbinière en transition, Irène Dupuis
Marc Brullemans, biophysicien
MCT (Mobilisation climat Trois-Rivières), Joyce Renaud
Mobilisation Environnement Ahuntsic-Cartierville , Bruno Detuncq
Mouvement écocitoyen UNEplanète, Carole Dupuis
Regroupement vigilance hydrocarbure des Chenaux, Gaétan Lebel
Réseau québécois des groupes écologistes, Maude Prud’homme
SOS Territoire, Guillaume Girard
Transition Capitale-Nationale, Michel Côté

ANNEXE - Principales attentes des groupes signataires par rapport à la future Politique-cadre d’électrification et de lutte contre les changements climatiques 1.Un budget carbone et une loi climat obligeant l’atteinte d’objectifs cohérents avec le plafonnement du réchauffement planétaire à 1,5 degré par rapport à l’ère pré-industrielle ;
2.Une véritable responsabilité gouvernementale par rapport à la loi climat et à sa mise en oeuvre à toutes les étapes ;
3.Une campagne massive d’information, d’éducation et de dialogue social sur la crise climatique et l’effondrement de la biodiversité ainsi que sur les virages à opérer pour les juguler ;
4.Des orientations assurant la progressivité des mesures fiscales et réglementaires à adopter, la protection des travailleuses et travailleurs touchés ainsi que le respect des droits de la personne, y compris ceux des peuples autochtones, ceux des populations touchées par des projets extractifs en lien avec l’électrification et ceux des réfugié.e.s climatiques ;
5.La mise en place de politiques économiques et énergétiques renforçant la résilience de nos collectivités, assurant la protection des écosystèmes et menant à une réduction substantielle, à la source, de la demande en matières et en énergie ;
6.Dans le respect du principe de subsidiarité, un soutien significatif à la mise en place de démarches territoriales rassemblant les acteurs du milieu, y compris les citoyen.ne.s, afin de planifier et déployer une transition juste vers des collectivités zéro émission nette ;
7.La fin des investissements publics dans les énergies fossiles et le bannissement immédiat de tout nouveau projet menant à la consommation d’énergies fossiles, notamment les infrastructures autoroutières et aéroportuaires, l’aménagement de stations de ravitaillement au gaz naturel, l’extension du réseau de gaz naturel et le projet GNL Québec ;
8.Une sortie planifiée de la consommation de gaz fossile, notamment pour le chauffage des bâtiments ;
9.Le rejet définitif des forages pétroliers et gaziers sur le territoire québécois ;
10.Une politique industrielle menant à la décarbonation du chauffage et des procédés ;
11.Une politique nationale d’aménagement des territoires et de l’urbanisme durable ;
12.Des mesures fortes pour l’abandon progressif des voitures à essence et de l’auto solo : dates limites pour la vente et la circulation de voitures à essence ; malus conséquent, d’ici là, sur les véhicules à essence, surtout les plus énergivores ; interdiction des publicités sur les VUS et les camionnettes ;
13.Un plan de sortie des modèles agricoles et forestiers actuels et de mise en place de modèles compatibles avec les capacités biophysiques du territoire ;
14.Un vaste chantier de protection et de régénération des sols et des forêts ;
15.Un plan ambitieux d’écologisation de l’alimentation et d’autosuffisance alimentaire.

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