Édition du 27 septembre 2022

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Élections québécoises 2022

Crise du logement : quand les partis courtisent la classe moyenne

Soyons honnêtes. La crise du logement fait parler d’elle parce qu’elle affecte maintenant la classe moyenne et non plus seulement les ménages à faible revenu. Le politique s’est emparé de cette question pour gagner des votes et servir les désirs et ambitions du marché privé.

16 septembre 2022 | REGROUPEMENT DES COMITÉS LOGEMENT
https://pivot.quebec/2022/09/16/crise-du-logement-quand-les-partis-courtisent-la-classe-moyenne/

Plutôt que de reconnaître l’ampleur du problème, les débats électoraux passent sous silence les droits des locataires. On assiste à la multiplication des initiatives d’accès à la propriété et de construction de logements « abordables » pour chercher à séduire une certaine « classe moyenne », comme si la vision néolibérale ayant provoqué la crise pouvait nous en sortir.

Rien n’est plus faux, car sans un volet social et des dispositions législatives pour contrôler les loyers, assurer la protection des droits des locataires et freiner la spéculation immobilière, la solution politique demeurera inefficace.

Le logement abordable… pour qui ?

La CAQ a ouvert le bal des promesses électorales en matière de logement cet été, avec la plus petite programmation de logements sociaux jamais annoncée au Québec.

Ce régime minceur masque toutefois un virage radical qui, sans le dire ouvertement, opère un détournement du financement du logement social en faveur de la production de logements « abordables », dont la définition reste plus que confuse, mais dont on sait qu’elle écarte totalement de l’équation les ménages à plus faible revenu.

Peut-être par conviction idéologique, mais sûrement par souci opportuniste en période électorale, le financement public destiné à loger les ménages démunis est détourné pour faciliter l’accès des classes moyennes à des propriétés ou à des logements locatifs supposément abordables, dont le prix de vente ou le loyer élevé permettent de satisfaire les folles demandes de la spéculation foncière.
En deux mots : le logement « abordable » prend la place du logement social pour ouvrir la porte du financement public au secteur privé, faire suivre ce financement dans les filets de la spéculation immobilière et promettre des logements accessibles aux ménages de la classe moyenne.

D’un côté, la spéculation immobilière reçoit la manne publique ; de l’autre, les droits des locataires restent lettre morte.

Le financement public destiné à loger les ménages démunis est détourné pour faciliter l’accès des classes moyennes à des propriétés ou à des logements locatifs supposément abordables.

Face à la multiplication des hausses de loyer abusives, des rénos-évictions, de la location à court terme propulsée par Airbnb et autres multinationales du genre, des logements insalubres, des intimidations et du harcèlement quotidiens que vivent les locataires, la CAQ fait servilement le jeu des lobbies immobiliers et des associations de propriétaires, et nie tous ces problèmes.
Rien à voir, circulez.

Le logement détourné de sa fonction d’habiter

Le problème est que le discours électoral des autres partis en lice s’inspire en tout ou en partie de la recette caquiste. Tout se passe comme si la période électorale n’avait pas d’autre but que de promettre la lune aux ménages de la classe moyenne.

En fait, les partis qui affrontent la CAQ sont des plus inventifs dans leurs promesses favorisant l’accès à la propriété. On va jusqu’à proposer d’abolir les règlements et lois qui réussissent à freiner un tant soit peu la pauvreté résidentielle !

Soyons clairs : chaque logement « abordable » promis et construit prendra la place d’un logement social. Avouons que c’est fâchant pour quiconque croit dans la justice sociale.

Pour équilibrer les choses un peu, plusieurs partis promettent un vaste chantier de logements sociaux, mais aucun ne propose de répondre directement aux 200 000 ménages locataires du Québec qui consacrent plus de 50 % de leurs revenus au paiement du loyer chaque mois.

Certains partis reprennent la demande historique du RCLALQ* d’instaurer un registre des loyers pour en finir avec les hausses abusives entre déménagements de locataires. Seul Québec solidaire promet un contrôle des loyers universel, une meilleure protection contre les rénos-évictions, ainsi que des mesures pour contrer l’insalubrité des logements et la prolifération des locations à court terme.
Mais il est tout de même inquiétant de constater que ces dernières mesures ne sont pas mises de l’avant, contrairement aux propositions axées sur l’accès à la propriété, en mode « grande séduction » de la classe moyenne.
Et pourtant, les changements législatifs pour une meilleure protection des locataires ne coûteraient presque rien aux contribuables et seraient diablement plus efficaces pour mettre un frein sérieux et permanent à la spéculation immobilière que les mesures qui encouragent l’accès à la propriété. Quelles sont-elles ?

– Instaurer un registre des loyers (qui existe ailleurs dans le monde) ;
– Décréter un plafonnement des hausses de loyer (comme en Ontario) ;
– En attendant ces mesures, décréter un gel des loyers et l’interdiction des expulsions pour non-paiement de loyer (comme en Écosse) ;
– Interdire les plateformes d’hébergement touristique (Airbnb, etc.)
– Instaurer un contrôle et un suivi obligatoire de tous les projets de travaux, de reprise et de transformation des logements (agrandissement, subdivision, changement d’affectation) ;
– Adopter un code provincial de salubrité, de sécurité et d’entretien des logements.
Pourquoi ignorer ces solutions pourtant bien connues ? Serait-ce que les solutions législatives, si elles ne coûtent à peu près rien à l’État, mettent à mal les profits des spéculateurs, investisseurs ou sociétés immobilières qui accaparent une part chaque jour plus grande du parc locatif ?

Le fait demeure qu’aucun parti en lice dans la campagne électorale québécoise ne se positionne clairement contre la transformation du logement en outil d’investissement à court terme, qui est pourtant au cœur de la crise actuelle. C’est plus que déplorable.

Les comités logement et associations de locataires du Québec, ainsi que les locataires lésé·es, n’ont pas de voix dans les débats électoraux de cette campagne.

Il est tout de même fâchant que la pire crise du logement de l’histoire récente du Québec soit instrumentalisée pour gruger des votes. Il nous reste la rue pour crier notre indignation… espérons que cette fois, le message soit entendu.

Martin Blanchard et Cédric Dussault, porte-paroles du Regroupement des comités logement et associations de locataires du Québec (RCLALQ)

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