Édition du 24 novembre 2020

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Canada

Critique de la politique étrangère canadienne et efficacité de nos luttes sociales

Aujourd’hui au Canada, il faut se poser de sérieuses questions quand on lutte contre l’injustice raciale, pour la justice climatique, pour les droits migratoires ou pour la justice sociale en général et qu’on n’a aucune idée de ce qu’est l’Initiative d’Ottawa pour Haïti, le Core group, le Groupe de Lima ou un plan d’ajustement structurel du FMI. En quoi est-il si important pour des antiracistes, des écologistes, des féministes ou pour tout.e défenseur.e des droits humains qui se respecte de se préoccuper de la politique étrangère du Canada en Haïti, en Amérique latine et ailleurs ?

C’est indispensable car localement, ce que nous faisons ou pas est lié à ce que nous comprenons ou pas de notre monde. « Penser globalement et agir localement » est devenu un slogan parmi tant d’autres alors que cela aurait pu être une devise internationaliste pour le 21e siècle.

Malheureusement, lorsque nos seules sources d’information sont les grands médias occidentaux, il est difficile de comprendre ou même de vraiment s’intéresser aux nouvelles internationales. C’est ainsi que de la lutte pour la souveraineté à la lutte pour l’environnement en passant par les luttes anticapitalistes ou contre le patriarcat, des jeunes et moins jeunes pourtant très politisés en sont arrivé.e.s à s’impliquer dans leurs cercles militants respectifs sans particulièrement se soucier des liens entre la défense de leur cause et la politique étrangère du Canada.

Il faut dire que l’incapacité à bâtir une convergence des luttes ou à faire preuve d’une solidarité résolument internationaliste est liée à la désinformation médiatique. Les grands médias occidentaux nous ont rapporté des fausses nouvelles concernant les guerres d’agression de l’OTAN ou des États-Unis qui ont toutes été appuyées par le gouvernement du Canada. Qu’il s’agisse de la fausse histoire des bébés retirés des incubateurs au Koweit, des fausses armes de destruction massive en Iraq ou des faux mercenaires africains en Libye, la classe médiatique occidentale a contribué à nous offrir une vision biaisée et déformée du monde.

Mais les médias ne sont pas les seuls à nous jeter de la poudre aux yeux. Dans un article portant sur le scandale de corruption de l’ONG WE dans lequel est présentement empêtré le gouvernement Trudeau, Yves Engler attire notre attention sur le fait que le vrai scandale réside dans la tendance de telles ONG à diriger les jeunes vers des actions politiques inefficaces en leur inculquant une vision étroite de ce que signifie faire le bien dans le monde. En matière d’inefficacité, l’ONGisation de la résistance, la manipulation médiatique et notre propre tendance en tant que militant.e.s à nous complaire dans nos certitudes sans jamais apprendre de nos erreurs sont à blâmer.

Il y a inefficacité dans nos actions politiques lorsqu’on participe massivement à une manifestation contre le racisme systémique à Montréal sans dénoncer le fait que la Canada ait participé en 2004 au Coup d’état suivi d’une mise en tutelle déguisée d’Haiti et formé la police répressive qui tire aujourd’hui encore sur des manifestant.e.s noir.e.s en Haïti. La lutte que nous menons pour la libération de toutes les femmes est vouée à l’échec si on dénonce les violences sexuelles ici sans mentionner les agressions sexuelles et l’exploitation sexuelle dont se rendent coupables des touristes, des coopérants ou de soi-disant « humanitaires » québécois et canadiens en Haïti, en République dominicaine et ailleurs. Nos ruelles vertes et nos jardins urbains sont des coups d’épées dans l’eau quand des compagnies canadiennes subventionnées par nos fonds publics vont en Afrique, en Amérique latine et dans les Caraïbes s’accaparer de terres agricoles dont les paysans ont été chassés pour laisser place à des sweatshops, des zones franches et des mines à ciel ouvert.

Il est urgent de développer une conscience politique internationaliste pour renforcer nos mouvements sociaux. Quelle que soit la cause pour laquelle nous militons aujourd’hui au Canada, nous avons la responsabilité de faire preuve de cohérence en critiquant les abus de pouvoir auxquels s’adonne le Canada à travers sa politique étrangère. C’est dans cette perspective que Solidarité Québec-Haïti en appelle à une attention toute particulière à ce que fait le Canada en terre haïtienne. Ce qui est en jeu ici tout comme là-bas, c’est la souveraineté populaire.

Jennie-Laure Sully, membre de Solidarité Québec - Haïti

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