Édition du 3 décembre 2019

Une tribune libre pour la gauche québécoise en marche

Québec solidaire

Défendre un Québec souverain

Vers une option plausible dans notre contexte géopolitique.

Les partis souverainistes n’ont pas le choix. Ils doivent se pencher à l’occasion sur l’épineuse question de la défense d’un État souverain. La capacité de défendre son projet de société, sa population et son territoire sont des éléments fondamentaux dans la perspective de création d’un nouveau pays.

L’approche pour la défense établie dans les États actuels est la création d’un corps de défense armée spécialisé. On connait pourtant les contraintes qu’un tel choix implique. Un minimum d’autonomie dans la fabrication et l’approvisionnement en armes. La vente et l’exportation pour rentabiliser la production. Le maintien opérationnel des troupes militaires avec les frais logistiques que ça implique. La participation à des Alliance pour combler les déficits dissuasifs associés à une armée conventionnelle de petite ou moyenne envergure. Dans le cas d’un Québec souverain, impossible de parler d’Alliance sérieuse avec le Canada victime de la sécession ; scindé en deux parties distinctes. Devrions-nous parler du maintien des Alliances militaires actuelles ? Cette réalité qui implique présentement la subordination des politiques militaires canadienne au Pentagone, donc la même chose pour le Québec souverain ?

Dans le cas de la défense militaire d’un Québec souverain, la complétion de la capacité militaire passerait à peu près inévitablement par des concessions pour bénéficier de la capacité de dissuasion nucléaire de l’OTAN ou de NORAD. La moindre concession en ce sens serait assez difficile à digérer dans le cas d’un parti politique de gauche.

En ce qui concerne d’autres options militaires, il resterait peut-être l’établissement d’une milice populaire armée. C’est l’option d’armer la population, et d’offrir une formation au combat à tous, afin de pouvoir éventuellement se défendre face à un ennemi armé. On parle ici d’un service militaire obligatoire pour tous. Lorsqu’on connait l’aversion traditionnelle des québécois à la chose militaire, on peut se questionner. Le peu de sympathie envers la chose militaire est reconnu, il a pris racine avec les conscriptions successives derrière les Roi d’Angleterre, et aussi les Roi de France dans la période coloniale. La pente politique vers le militarisme risque de s’avérer raide et glissante pour un parti comme Québec Solidaire. Les mobilisations anti-conscriptions lors des guerres des Boers, de la première guerre Mondiale, et de la seconde guerre Mondiale risquent fort de refaire surface. De plus, insuffler un désir de résistance armée à une population dont l’oppression est encore mal reconnue, ou faiblement ressentie restera un immense défi. L’option semble relever de la pure fantaisie.

La mise en place d’une défense armée risque aussi de poser de sérieux problèmes de faisabilité. Impossible d’envisager la moindre possibilité d’une mise en place avant un référendum, et encore moins lors du processus d’accession à la souveraineté. On ne peut envisager construire cette capacité armée, que suite à l’indépendance et sur la base des infrastructures militaires et des équipements déjà localisés sur le territoire québécois. Le Canada scindé en deux et qui perd sa voie maritime cèdera-t-il une partie de sa capacité militaire à la province sécessionniste ? Pourrons-nous compter sur un important noyau de militaire francophone ? Est-il envisageable de recruter les militaires qui ont déjà portés allégeance à la couronne britannique ? Et auxquels on impose une forme de défense aux antipodes du mode traditionnel auquel ils sont moulés ? Disons que du point de vue d’une faisabilité dans un monde réel, on est ici dans un flou on ne peut plus « artistique » !

L’option armée est difficilement applicable au Québec :

Bref, l’option armée coûte cher. La raison de ce fait est simple, elle repose sur une approche traditionnelle de défense du territoire. Le constat le plus élémentaire de la réalité géographique du Québec suffit à s’en convaincre. Le pays en devenir est un très vaste territoire, entourée d’eau, pénétré par un cours d’eau d’importance névralgique majeur pour l’Amérique du Nord, soit le Fleuve Saint-Laurent. Sa position et sa condition politique stable sont d’une importance stratégique pour la région du monde. La simple protection des frontières d’un si vaste territoire d’une importance si critique impose d’importants investissements dans les trois forces, aériennes, navales et terrestres. On ne peut partager les ressources avec aucun voisin. C’est la totale qui doit être envisagé.

Il est important de se pencher sur certains chiffres et de les mettre en relation avec les options de défense.

Quelques informations sur les dépenses militaires, et la réalité stratégique de certains états sont d’intérêt pour cette réflexion. Les informations sont basées sur des informations et les chiffres 2018 du SIPRI (Stockolm International Peace Research Institute). Les dépenses militaires doivent toujours être mises en relation avec la population, la superficie de territoire et une certaine réalité stratégique pour avoir un certain sens.

Réalité canadienne :
Politique de défense conventionnelle et mixte ...
(parapluie nucléaire américain, multilatérale ONU et Alliances occidentales, conventionnelles, avec armées de réserve volontaire)

Superficie
10 000 000 de Km2
(défense conventionnelle de frontières impossible donc alliances avec les USA et alliances, équipements désuets et incapacité chronique à remplir les engagements reconnue)

Dépenses militaires directes
21,621 milliards US $ (année 2018)
( le budget officiel ne comprends pas plusieurs composantes dont les anciens combattants, le vaste champs des acquisitions répartis sur plusieurs ministères à vocation économique)

37,060 000 habitants
(option défense par réduction des vulnérabilités, réduction de site névralgiques et populaire plausible)
Menaces militaires plausibles (Russie et États-Unis)

Hypothèse pour la province de Québec
Politique de défense à définir dans le contexte d’accession à la souveraineté......
(peu de possibilité d’Alliances militaires conventionnelle fonctionnelles donc.... seules options Alliance militaire OTAN ? NORAD ? Protection ONU ???)

Superficie :
1 542 056 de km2
(défense conventionnelle des frontières face à une agression pratiquement impossible dans un contexte de construction d’une armée conventionnelle)

8 400 000 habitants
( options alternatives de sécurité et de défense autonome axée sur la réduction des vulnérabilités, protection des sites névralgiques et la résistance populaire, (armée ou pas, plausible ???)

Dépenses militaires directes
Selon une hypothèse conventionnelle un minimum de 15 Milliards US $ ????
Menaces militaires plausibles : Russie, Canada, États-Unis ... (selon les dirigeants en place...)

Il est toujours intéressant de regarder des comparatifs Européens. On voit la variété des options de défense conventionnelles en Europe ; et les choix stratégiques qui la réalité militaire impose. Quelques données utiles donc :

Suède
(politique conventionnelle non-offensive, non alignée, de neutralité et fonctionnement sur la base d’alliances régionales, participation active aux forces conventionnelles multilatérales de l’ONU)

449 964 km2
(approche de défense territoriale conventionnelle via alliance pays nordiques et assistance probable de l’UE à préciser)

9 995 000 habitants
(applique une approche de réduction des vulnérabilités, approche populaire rejetés à cause de la position offensive de proximité des forces Russe)

5,755 milliards US $ (année 2018)
Menace militaire plausible : Russie

Norvège

(politique non-offensive, alignée sur l’occident, reposant sur alliances bi latérales et multilatérales multiples)

307 860 km2
(politique de défense basée sur une combinaison d’engagements multilatéraux, d’alliance comme l’OTAN, régionale et assistance UE à préciser)

5 258 000 hab

7,067 milliards US $ (année 2018)
Menace militaire plausible : Russie

Finlande
(politique conventionnelle non-offensive, non-alignée, fonctionnant sur la base d’ententes militaire sur des missions précises OTAN, UE, ONU....)

338 145 km2
(politique de défense misant fortement sur le non-alignement et une étroite collaboration avec les multiples instances de sécurité, régionale, Européennes et OTAN))

5 522 015 hab
(enjeux de défense critiques car à proximité de la Russie actuellement imprévisible)

3,849 milliards US $ (année 2018)
Menace militaire plausible : Russie

L’avenue de développer une capacité de défense traditionnelle est devenue depuis longtemps irréaliste pour les gouvernements successifs du Canada. Elle repose sur des Alliance pour les petites forces nationales en Europe. Ce ne sera pas plus simple pour un éventuel État souverain du Québec. Le territoire à défendre par des moyens guerriers efficaces est trop vaste et les équipements requis financièrement inaccessible. Une seule flotte de chasseurs fonctionnels dans la réalité stratégique courante neutraliserait les marges financières du nouveau pays pour plusieurs années. Essayons juste d’imaginer une demi-douzaine de programmes d’acquisition de plusieurs milliards de dollars chacun pour un système de défense crédible comblant les besoins de trois forces opérationnelles (aérienne, terrestre et maritime). Le Canada avec un budget officiel dépassant annuellement les 20 milliards a depuis longtemps démontré son incapacité en ce sens. C’est sans compter la mise en œuvre de la nouvelle structure administrative de défense et l’émergence des préoccupantes et coûteuses attaques informatiques. Allons-nous miser sur le recyclage d’équipements militaires de puissances intermédiaires pour faire semblant de remplir des engagements irréalistes ?

On doit, et c’est une évidence, investir dans une protection mieux adaptée à la capacité et à la réalité de la société québécoise. La notion de défense basée sur un corps armé professionnel est de plus en plus remise en question. Tous les pays d’Europe misent maintenant sur les spécialités, le partage des compétences et la complémentarité. On parle continuellement dans les alliances de défense mutuelles, d’interdépendance militaire et d’interopérabilité des équipements. Malheureusement, pour le Québec, les véritables menaces lors d’une acquisition de souveraineté sont : une superpuissance voisine face à laquelle la défense militaire est futile ; et le Canada, le pays même que notre peuple scindera en deux parties. Il est très difficile d’entrevoir des ententes de complémentarité, ou une alliance militaire avec ces opposants aux aspirations nationales de la société québécoise. Pour se défendre, la société québécoise ne devra compter que sur elle-même, et sa population et possiblement des appuis de la communauté internationale. En tout cas, c’est une certitude pour une période de consolidation du projet d’un nouvel État.

Voir la dissuasion autrement :
Une composante essentielle de la défense est la dissuasion. Les organisations militaires de petit pays, et de pays intermédiaires ont depuis longtemps « lancé la serviette » en ce qui concerne la possibilité de construire une force militaire conventionnelle crédible, capable d’intimider une ennemi de façon à neutraliser tout désire d’agression. Cette notion de dissuasion est importante ici, elle vise à éviter les conflits armés. Si on arrive à développer un mode de défense crédible et adapté à la réalité de notre société, capable de démontrer la futilité d’une tentative de prise de contrôle à d’éventuels ennemis, l’objectif est atteint. 

Actuellement les armées reconnaissent l’échec de la dissuasion militaire conventionnelle. Ils misent de plus en plus sur des association avec des pays ayant acquis la capacité de dissuasion nucléaire. Une forme de dissuasion qui menace de tout détruire, même la société que l’on veut protéger (OTAN, NORAD). On parle d’un équilibre de la terreur. La logique, l’adversaire n’attaquera jamais car une attaque entraînerait sa propre destruction. On omet de souligner les nombreux dangers de conflits accidentels. La dissuasion par les armes est d’autant plus une faillite lorsqu’elle repose sur la menace de tout détruire.

Pour un État souverain en devenir ; quel est l’utilité d’investir dans une force de dissuasion militaire conventionnelle, lorsque celle-ci est reconnue comme désuète ? La question suivante devient : Y’a-t-il d’autre façon que l’intimidation pour s’assurer de démontrer à nos voisins la futilité de conduire une agression ? En arrivant à démontrer à nos voisins qu’ils ne peuvent tirer le moindre avantage à prendre le contrôle de notre société et notre économie ? Pourrais-t-on y arriver ?

Défense civile non-violente ; une relecture des principes de la Défense.

Peut-on se défendre autrement ? Les éléments d’histoire et la compréhension des luttes populaires nous permettent maintenant de répondre affirmativement à une telle question. Les luttes citoyennes, très souvent improvisées, ont menées à d’importantes transformations politiques au cours des dernières décennies. La mobilisation populaire de masse, l’application de mécanismes de non-coopération et la résistance populaire, se sont révélés comme de puissantes forces de contrainte politique. Les transformations ont pris diverses formes telles que : des coups d’état avortés, des régimes dictatoriaux renversés, la répression populaire neutralisée et des gouvernements indésirables qui ont abdiqués ou ont été évincés. On peut facilement réécrire la chute de l’empire soviétique en lien avec les mouvements de masses populaires en Europe de l’Est. Entre 1953 en Allemagne de l’Est, le Printemps de Prague en 1968, le mouvement Solidarnosc des années 80 en Pologne et l’ouverture de la frontière Austro-Hongroise de 1990 se sont construit d’imposants mouvements populaires derrière le « rideau de fer ». La puissante force politique que représentent les mobilisations populaires de masses a, dans plusieurs de ces cas, fait ses preuves et est dorénavant un fait politique avéré.

La réflexion est en cours sur de nouvelles bases sur lesquelles pourrait s’appuyer une défense. On parle d’un mode de défense basée sur la mobilisation et la préparation de la population à la résistance civile non-violente. Si des groupes peu organisés ont été capable avec succès de mobiliser une puissante force politique en insufflant de façon assez spontanée une inspiration de résistance à des populations, de nouvelles questions se posent. Est-il possible d’organiser une telle éventualité ? La vision est de faire en sorte que l’esprit de résistance soit insufflé à l’avance, que les moyens de résistance soient préalablement mis en place, que les points névralgiques de la société soient identifiés, analysée et organisés afin de minimiser leur vulnérabilité. Bref on parle d’établir un système de défense différent ; une défense basés sur la mise en place des conditions optimales pour favoriser la résistance et la non-coopération des citoyens. Le défi serait de convaincre un adversaire que toute agression entraînera un bourbier politique à long terme.

Le but est de faire en sorte que les défis à un envahisseur soient connus et si imposants, qu’il se retrouverait pratiquement dans l’obligation de mettre un militaire derrière chaque citoyen pour espérer pouvoir obtenir une quelconque collaboration. Institutionnaliser une culture de la non-coopération. Ainsi le principe d’une « dissuasion civile » a émergé.

Principe :
Le principe est simple. Dans un système politique, tout pouvoir s’appuie sur des assises précises. Les piliers du pouvoir sont légaux, le législatif. Il repose aussi sur une puissance économique il lui faut une administration publique pour appliquer ses décisions et des forces de maintien de l’ordre pour contraindre les citoyens à obéir. Tout pouvoir a donc besoin d’une collaboration institutionnelle pour se maintenir en place. Imaginons une stratégie où au moment de l’invasion, un immense jeu de chaise musicale se joue, et tous les citoyens se positionnent dans des fonctions pour lesquelles ils sont parfaitement incompétents. Pour un certain temps, il devient impossible de tirer avantage de cette société.

Le principe de base de ce mode de défense devient donc de raffiner les moyens de non-coopération de la population, afin d’optimiser les possibilités que chacun puisse contribuer à corroder tout pouvoir illégitime voulant se mettre en place. Déjà dans de nombreux conflit civils, et de façon plus souvent qu’autrement improvisé, les citoyens ont démontrés la puissance de la mobilisation populaire.

Le défi est de comprendre et analyser les mécanismes capables de favoriser, ou d’optimiser tant le désire de résistance que la capacité réelle sur le terrain. Une société dont les fondements sont établis sur des principes d’équité, de respect et de justice stimulera le désire de résistance des populations. Une société dont les sources d’approvisionnements en ressources élémentaires tel que : l’énergie, l’eau, les aliments et les services de santé ne sont pas vulnérables aura une plus grande capacité de résistance. Le renforcement des affinités communautaire et du sentiment d’appartenance de tous contribuera à rendre ces communautés moins faciles à infiltrer. Toute une gamme de consignes et de comportements peuvent être planifiés, organisés et diffusés. La nécessité résistance civile doit devenir une évidence pour les milieux.

Ces mesures de précaution deviendront fondamentales lors de la mise en place des moyens d’action, des tactiques et des stratégies visant à soutirer la coopération aux adversaires.

Les vulnérabilités
Le niveau de militarisation d’une société n’est pas un indicateur de son niveau de sécurité, mais plutôt un indicateur de son niveau de vulnérabilité. 

Plus une société est centralisée au niveau de ses infrastructures de base, plus elle est vulnérable. Plus la société se sent vulnérable, plus elle aura tendance à pencher du côté d’un militarisme abusif. Le système économique capitaliste globalisé en est un parfait exemple. On doit protéger les approvisionnements énergétiques hyper-vulnérables. L’approvisionnement se fait en grande partie par d’immenses super-pétroliers qui sillonnent lentement les océans pour approvisionner les marchés. Cette évidente réalité impose des systèmes de réaction militaire rapide couvrant la planète. Il en est de même pour les approvisionnements en nourriture des populations. Ces marchandises font dans de nombreux, des milliers de kilomètres en cargo avant d’atteindre nos assiettes. Nous sommes de plus en plus nombreux à reconnaître l’absurdité de cette réalité, mais stratégiquement, protéger ces approvisionnements est un défi.

Les chocs climatiques de plus en plus destructeurs forcent les populations à chercher la sécurité ailleurs. Notre système économique nous force dorénavant à nous protéger des migrations de population. Les négligences économiques ont hypothéquées la qualité de notre eau potable. Cette réalité rend des millions de personne profondément dépendants d’immenses centrales de purification extrêmement vulnérables. Dans ce genre de système ce qui compte, ce sont les bas coûts. Peu importe les modes d’approvisionnements, tout devient un enjeu de sécurité. Le fait que de nombreuses communautés se sentent profondément vulnérables n’est pas un hasard.

Réduction des vulnérabilités :
En préparation à une défense civile non-violente, une analyse des points névralgique de la société québécoise devra être établit. Une fois ces nœuds critiques de la société identifiés, il faut voir les moyens à mettre en œuvre pour réduire la vulnérabilité de ces sites essentiels au fonctionnement de la société, à la résistance et à la résilience de la population. Ce sont les éléments de base pour rendre difficile toute prise de contrôle de façon à tirer des bénéfices d’une occupation.

Fait particulièrement intéressant ici. Il y a une corrélation importante entre les nœuds névralgique à protéger en situation de conflit, et les nœuds névralgiques dont on doit assurer la résilience en situation de chocs climatiques. Il devient donc nécessaire de protéger les sources d’eau potable afin de les garder aussi pures que possible afin d’en assurer l’accès partout et en tout temps. La production énergétique qui est critique au Québec en période de grands froids, et autant dorénavant en période de canicule est incroyablement vulnérable. On est beaucoup trop dépendant envers de l’approvisionnement en gaz et en pétrole trans-océanique. Nous devons impérativement réduire notre dépendance envers les combustibles fossiles importés. Autrement cette réalité risque de nous couter très cher en cas de sinistre ou d’agression. Pour sa survivance, la population de la province est fortement dépendante envers nos grands barrages qui sont faciles à neutraliser. Pour accroître rapidement les niveaux de sécurité on doit décentraliser les moyens d’approvisionnement énergétique qui sont essentiels au quotidien des gens. Nous devons accroître les mesures capables de réduire l’impact de coupures en situation de crise. Les lieux d’action en ce qui concerne la réduction des vulnérabilités sont multiples. 

Il est question ici d’une réorganisation assez complète de notre système économique. Nous devons miser sur les moyens d’approvisionnements, de production et de transformation de proximité et à l’année pour les besoin et produits nécessaires à la subsistance des populations. Le but est de minimiser l’intensité de la crise tant en situation de conflit, qu’en situation de choc climatique.

Invasion économique :
Fait important à retenir. Nous n’avons pas besoin d’attendre l’accession à l’indépendance pour préparer la défense d’un Québec souverain. En fait, la préparation est en cours. On voit poindre les mesures de décentralisation des approvisionnements en ressources et de résilience communautaire dans les mouvements citoyens de lutte aux enjeux climatiques. Il est intéressant de souligner que les menaces d’aléas climatiques vont forcer la décentralisation des approvisionnements. La mobilisation contre l’invasion du territoire Québécois par les promoteurs des hydrocarbures est en cours et bien active au Québec. Ces campagnes bien actuelles mettent en évidence d’importantes composantes d’un éventuel système de défense basé sur la mobilisation de la population civile. 

Les comités citoyens s’organisent, développent des stratégies d’occupation du territoire et réfléchissent sur la réduction de la vulnérabilité de leur communauté aux aléas climatiques. On retrouve les composantes de base sur lesquelles se construit une politique alternative de défense. Tout ce travail est présentement piloté par des organismes composés de bénévoles et n’est actuellement pas le fruit d’une planification tactique et stratégique structuré. Il est le fruit d’une inspiration citoyenne. 

Une organisation de défense civile doit miser sur cette capacité de mobilisation. Le travail d’identification des menaces et des sites névralgiques doit être structuré et planifié. La transition des communautés vers une capacité résilience raisonnable doit être organisée. Finalement la population doit comprendre les principes et les mécanismes de l’action directe non-violente, y être formé et mettre en pratique ces moyens d’action dans les luttes sociales et économiques en cours.

Il est important de réaliser que l’éducation à la lutte non-violente, et la conduite de ces mobilisation c’est en fait, la mise en œuvre de la politique de défense d’un Québec souverain. La résistance à Énergie Est et au projet de GazoduQ font donc parti des apprentissages à la résistance.

Accession à l’indépendance
Il est d’autant plus intéressant de constater que la défense populaire non-violente peut devenir le mode d’accession à la souveraineté. Le cas de la Catalogne est un exemple probant de la façon dont la population s’y est prise pour contrer la main mise de l’Espagne. On a pu observer l’utilisation de multiples moyens de mobilisation et de résistance inspirés de l’action directe non-violente et des principes de non-coopération. Pour l’essentiel, ces moyens d’actions étaient le fruit d’une certaine improvisation.

On pouvait sentir qu’un nombre assez important des dirigeants catalans avaient une connaissance et une expérience élémentaire de l’action directe non-violente. Un certain nombre de moyens d’action particulièrement créatifs ont été conduits. Dans une société où la capacité de défense n’était pas organisée en fonction de la résistance populaire et vivant dans un système économique caractérisé par les mêmes vulnérabilités que chez nous ; il y a dans ce cas de lutte pour la souveraineté un effort exemplaire duquel il faut apprendre.

Les apprentissages à tirer de cette lutte sont nombreux. Jusqu’à quel point les principes et pratiques de la non-violence sont-ils connus des dirigeants de la mobilisation catalane ? La formation à l’action directe citoyenne, et la mise en place des moyens de diffusion de consignes aux militants ont elles été au cœur de la lutte ? La société catalane a-t-elle développée une forme d’autonomie économique, une capacité particulière de résilience sociale et communautaire ? Quels étaient le niveau de formation et le niveau de maîtrise des tactiques de lutte de la population ? Comment a-t-on structuré les modes de communication alternatifs ? La lutte a-t-elle une direction, un gouvernement clandestin ?

Bref il serait très pertinent de savoir où en était la préparation de la société lors du déclanchement de la lutte pour l’indépendance.

Missions internationales
L’intervention militaire internationale est une faillite. On intervient dans les affaires d’un État avec la force militaire sous deux conditions. La situation est si grave et désespérée qu’elle le justifie ; ou la situation de crise devient une menace à la paix pour des pays voisins qui exigent une action militaire internationale concertée et offensive. Bref, pour agir avec la force militaire, nous ne devons plus avoir le choix. À ce stade, on parle plus souvent qu’autrement de missions d’imposition ou de rétablissement de la paix.

Pourtant, de nombreux acteurs de la scène internationale reconnaissant que les mesures qui ont de véritables chances de fonctionner, ce sont les actions préventives. La communauté internationale doit miser sur une présence citoyenne, une forme d’accompagnement dès l’émergence d’abus, afin de protéger les citoyens engagés. Ainsi le terrain devient familier pour des ressources compétentes reconnues et familières avec le terrain. Ainsi tout est en place pour une détection avancée de préconditions pouvant mener à des guerres, des exactions et même des génocides. Aucune de ces actions ne nécessite la présence d’une force étatique, encore moins la présence d’armes et d’une armée. On est pourtant en plein cœur de la prévention des conflits armés.

La présence d’organisations citoyennes d’accompagnement préventif auprès des acteurs progressistes dans une société se fait déjà depuis des décennies par des organismes de solidarités, avec très peu de ressources, et souvent sur une base bénévole. La dissuasion citoyenne des agressions et des répressions fonctionne. Elle a à maintes reprises été mise à l’épreuve. Les voies à suivre dans l’intervention internationale sont la détection avancée des conditions qui risquent de faire dégénérer des confrontations en crises. On doit voir à stabiliser la situation politique de communautés, et voir à la mise en oeuvre de mécanismes de protection de populations civiles avant l’émergence de factions armées et de guerres civiles. On ne parle plus de responsabilité de protéger ici, une fonction éminemment militaire. On parle de responsabilité de prévenir. Une notion politique qui émerge, et dans laquelle à peu près aucune ressource internationale n’est présentement investie. Il y a un espace important à occuper sur la scène internationale pour un Québec souverain.

Missions nationales :
Nous savons tous que les militaires jouent un rôle important dans les contextes de crises ou les ressources provinciales se retrouvent débordées. Nous devons reconnaître à prime abord, qu’il n’est pas nécessaire d’avoir recours à des Forces armées pour l’essentiel des missions courantes d’assistance aux populations civiles et aux communautés en détresse suite à des catastrophes naturelles. Nous parlons ici de mission d’assistance aux pouvoirs provinciaux souvent en lien avec des aléas climatiques : inondations, crise du verglas, feux de forêts ; et bien entendu l’important travail de recherche et de sauvetage compte tenu de l’immense étendue de nos territoires. Souvent les missions d’assistance sont utilisées politiquement pour justifier les dépenses militaires et l’existence même de l’armée. Le recours à l’armée n’est pourtant relatif qu’à deux faits principaux : la grande disponibilité d’une imposante main d’œuvre formé et rapidement mobilisable ; et l’imposante capacité logistique des unités militaires. 

Le cœur de la formation des militaires c’est la formation au combat. C’est de se retrouver en situation de guerre. De survivre dans des circonstances, où, si on ne tue pas, on risque d’être tué. L’essentiel des coûteux équipements militaires vient avec la puissance de feux, les équipements de détection et de communication et le blindage indispensables aux contextes de guerre.

Lorsqu’on parle des missions de recherche et de sauvetage ; et des autres missions d’assistance aux autorités civiles ; ces fonctions ne nécessitent pas de formation militaire et aucun équipement de combat. Toutes les formes d’assistance aux autorités civiles en situation de désastre nécessitent des capacités de déploiement, et des ressources humaines ; mais pas d’armes. Le développement d’une capacité de résistance populaire n’exclue donc pas le développement de la capacité logistique de soutien aux corvées d’envergure ; et de mobilisation de la société civile en situation d’urgence humanitaire. La même logique s’applique pour l’intervention dans le cadre des catastrophes humanitaires outre-mer. 

 L’adoption d’une politique de défense civile non-violente met-elle les militaires au chômage ?

Non, en fait c’est très loin d’être le cas. La capacité de mobilisation rapide et massive d’effectifs compétents est indispensable dans des plans de résilience aux aléas climatique. Cette capacité nécessite une expertise logistique, des compétences en gestion de déploiements et le regroupement des équipements indispensables. Seuls les équipements seront différents.

La mise en place d’une telle politique de défense nécessitera la production d’inventaire de sites névralgiques, l’évaluation des points de vulnérabilité de ces sites et la mise en œuvre de mesure de réduction de ces vulnérabilité ; ou de la dépendance de communautés envers ces sites névralgiques. Tous les mécanismes de réduction de la vulnérabilité de nos approvisionnements en biens fondamentaux demanderont une expertise dans l’appréciation des enjeux de sécurité. Une planification de la réorganisation de ces installations devra être conduite.

Les scénarios les plus plausibles d’agression ou de déstabilisation économique et politique de la société québécoise devront être évalués ; et la population devra être formée aux principes et techniques de non-coopération et de résistance à un pouvoir illégitime. Ce travail implique la mise en place d’imposants plans de mesures d’urgences qui incluront les mesures de résilience sociale capable d’assurer la résistance et la lutte des populations. On parle aussi de développement de mécanismes clandestins de communication et de direction de la résistance.

Ces forces de paix auront aussi l’importante fonction d’appuyer la diplomatie préventive qui sera mise en œuvre afin de positionner les initiatives d’accompagnement préventif et de détection avancée des crises internationales. Nous ne sommes pas dans une dynamique d’abolition des fonctions de défense, mais dans une redéfinition complète de leurs assises et de leur déploiement.

Nous parlons donc d’une redéfinition de la notion de défense et de lutte politique. En fait il est question ici d’appliquer des forces de contrainte politique, mais autrement.

Normand Beaudet
Membre fondateur du Centre de ressources sur la non-violence
Spécialiste des questions de paix et de sécurité.
Membre de l’équipe de la Déclaration d’Urgence Climatique.
Participant au comité de réflexion sur la défense non-violente de Québec Solidaire.

Normand Beaudet

L’auteur est fondateur du Centre de ressources sur la non-violence et
propriétaire d’une entreprise de consultation en informatique.

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