Édition du 23 février 2021

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Québec

Le PQ au-delà des chefs

La démission de Pierre-Karl Péladeau va certainement changer le paysage politique pour les prochains mois. Certaines personnes y voient un désavantage pour le PQ qui devra diriger ses énergies vers une deuxième course à la chefferie ce qui diminuera, surtout en l’absence de chef, sa présence à l’Assemblée nationale. Mais d’autres, à la direction du Parti québécois, penseront sûrement que ce n’est pas une mauvaise chose. PKP avait joué un rôle utile en permettant au PQ de se refaire une beauté après la défaite cuisante de 2014 et d’éviter comme à l’habitude de faire un bilan sérieux des politiques qui l’ont conduit à un tel désastre.

La course à la chefferie a en effet permis d’écarter le souvenir de ses politiques d’austérité marquées par son obsession du déficit zéro ainsi que sa campagne identitaire sur la charte des valeurs qui a ostracisé les communautés issues de l’immigration, particulièrement les communautés musulmanes. Le PQ a continué de reculer dans les intentions de vote et a atteint dans les mois qui ont suivi l’élection son plus bas taux d’appui historique. PKP en s’affirmant souverainiste a, à ce moment-là ,joué le rôle de sauveur et a permis de rallumer pour un temps la perspective souverainiste que le PQ venait d’éteindre par ses politiques antisociales et son refus d’engager véritablement la bataille sur le terrain de l’indépendance du Québec. Bernard Drainville affirmait en effet lors de la course à la chefferie qu’il n’y aurait pas de référendum possible avant un deuxième mandat.

Mais son peu de charisme et son manque d’expérience politique ainsi que sa situation de conflit d’intérêts en tant qu’actionnaire majoritaire d’un empire médiatique ont causé beaucoup de problèmes à son équipe des communications qui a dû investir beaucoup d’énergies à faire ce qu’on appelle du « damage control » comme en font foi ses déclarations qui ciblaient les immigrants comme danger réel à la réalisation de la souveraineté, « à ce rythme on perdra un comté par année », ses placements off-shore et ses intérêts au sein de Québecor . Plusieurs ont dû regarder avec inquiétude l’arrivée de la campagne électorale sous la gouverne d’un capitaine qui peine à diriger son bateau en eaux calmes.

Son principal apport au PQ aura été l’appel à la convergence des souverainistes, dont l’idée demeurera même après son départ, tel un feu qui couve. Il a réussi le tour de force de lancer l’appel à la convergence, sur la base de réunir les souverainistes, après que son parti ait lui-même sabordé sa perspective référendaire en 2014 dans une stratégie uniquement basée sur la prise du pouvoir, sans même présenter ne serait-ce qu’une ébauche de plan d’accès à la souveraineté, reléguant le tout à plus tard.

La stratégie du PQ a toujours été de se positionner à gauche lorsqu’il est dans l’opposition et de diriger à droite une fois élu. Sa stratégie actuelle va exactement dans ce sens. L’important n’est pas tant de réaliser des ententes avec QS, mais d’en laisser miroiter la possibilité, semant ainsi des illusions auprès de sa base électorale. Au moment des élections, la nécessité de battre Couillard fera le reste. Dans ce sens un certain dommage a déjà été causé à Québec solidaire et persistera malgré son départ. Certains diront même et Michel David l’a affirmé sur les ondes de Radio-Canada, que son départ enlèvera un obstacle à la convergence avec Québec solidaire. Certainnement que QS a trop souvent joué la carte du Péladeau anti social comme obstacle à la convergence. Il n’a pas mis suffisamment l’accent sur la nature néolibérale du PQ et ses offensives antisociales et lui a concédé le rôle de joueur dans la lutte pour la souveraineté, même après l’élection de 2014 où ce parti a délibérément décidé de mettre en péril la possibilité de gagner un référendum avec sa campagne identitaire, dans le seul but de gagner une élection. C’est pourquoi QS doit agir avec plus de clarté surtout si le PQ procède à l’élection d’un ou une candidate considérée comme progressiste.

Il est temps de procéder à une analyse en profondeur de ce qu’a représenté le PQ et tenir un bilan réel des conséquences de son emprise sur le mouvement ouvrier qui a entraîné ses luttes dans des défaites successives. Il est temps d’arrêter de croire que le chef ou la cheffe peut changer le cours de l’histoire de ce parti pour en faire un parti au service de la population.

Le projet social du PQ, qui se révèle à chaque fois qu’il est au pouvoir, est en contradiction avec les intérêts de la population. Malgré ses grands appels à la souveraineté, son histoire est marquée par des confrontations antisociales : lois spéciales drastiques et baisses de salaire de 20% dans le secteur public dans les années ’80, déficit zéro et déstructuration du système public à la fin des années ’90 et retour du déficit zéro et coupures dans l’aide sociale en 2012-2013, défense des accords de libre-échange qui menacent nos services publics, ouverture au passage des pipelines de l’ouest canadien et à l’exploitation pétrolière sur Anticosti et dans le golfe Saint-Laurent. Pas étonnant que l’idée de souveraineté qui lui a été associée batte de l’aile.

Depuis 20 ans, il a tout fait pour éviter de défendre clairement la souveraineté et de lutter concrètement pour l’indépendance du Québec. En 1998, en 2003, en 2007, en 2008, en 2012, en 2014, pas une fois, le PQ n’a fait de l’indépendance l’enjeu des élections. La direction Marois avec sa perspective de gouvernance souverainiste et son rejet aux calendes grecques de la perspective de la tenue d’un référendum a démontré une pusillanimité qui a découragé les souverainistes. L’indécision structurelle de ce parti qui refuse d’organiser la confrontation avec Ottawa et l’élite fédéraliste a construit le parti de l’abstention et a désorienté le mouvement indépendantiste. Pour en sortir, c’est sa prétention à diriger le mouvement indépendantiste qu’il faut radicalement remettre en cause pour relancer ce dernier.

On ne pourra réaliser la souveraineté à froid, sans une mobilisation sociale. On ne pourra rompre avec l’État canadien, poser un geste aussi important sans que la population se mobilise en y voyant la défense et la réalisation de ses intérêts propres. C’est précisément la voie dans laquelle le PQ refuse et refusera toujours de s’engager. Se lier aux luttes sociales et travailler à leur victoire, c’est faire le choix de lutter contre l’oligarchie qui dirige le Québec et que défend le PQ.

Il est plus que temps maintenant que Québec solidaire s’affirme comme le seul parti qui peut actuellement changer cette société, comme le seul parti qui se lie aux luttes d’émancipation sociale et qui, conséquemment, peut rallier la population à un projet de souveraineté. Il est plus que temps de cesser de tergiverser et de laisser planer les illusions semées par le PQ. Il est temps maintenant de mettre fin aux fausses convergences et de quitter le Oui Québec qui n’est plus en réalité un organisme de la société civile qui vise à rassembler les mouvements sociaux sur la base d’un projet de société souverainiste. Il vise avant tout à pousser QS vers le PQ en vue de la prochaine campagne électorale, c’est ce qu’on peut voir nettement en consultant ses publications. Ce faisant, il désamorce l’espoir de donner un débouché et un projet politiques à la population en lutte pour la justice, l’égalité et l’indépendance.

André Frappier

Militant impliqué dans la solidarité avec le peuple Chilien contre le coup d’état de 1973, son parcours syndical au STTP et à la FTQ durant 35 ans a été marqué par la nécessaire solidarité internationale. Il est impliqué dans la gauche québécoise et canadienne et milite au sein de Québec solidaire depuis sa création. Co-auteur du Printemps des carrés rouges pubié en 2013, il fait partie du comité de rédaction de Presse-toi à gauche et signe une chronique dans la revue Canadian Dimension.

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